Publié le 21/03/2018 à 00:00 / Jura Agricole

Audit d'exploitation

Une bonne connaissance des coûts de production permet d'identifier les leviers d'amélioration du revenu et d'explorer des pistes techniques correspondantes.

Des coûts de production mieux connus !

Germain Bilat, producteur de lait standard en Gaec avec son père et son oncle en Haute-Saône, sur la commune d'Oiselay-et-Gratechaux, a bénéficié d'un audit d'exploitation, dans le cadre des mesures d'urgence adoptées par la Région Bourgogne-Franche-Comté face à la crise des prix agricoles. C'est sur cette exploitation que Marie-Guite Dufay, la présidente de Région, s'est rendue afin de promouvoir le plan régional pour le développement agricole. « A ce jour, 350 demandes d'audits ont été reçues à la Région, soit plus de la moitié du programme de cette action régionale programmée sur trois ans ». L'intervention de la Région réside dans la prise en charge de 70 % des audits (jusqu'à un plafond de 1 500 €). « Tout agriculteur peut bénéficier du dispositif, qui lui permet de recourir à des experts pour établir un diagnostic des performances et économiques de son exploitation : cela n'est pas réservé aux exploitations en très grande difficulté ! » a souligné la présidente.


Un diagnostic ouvert à nous


Au Gaec de la vieille tuilerie, c'est la chambre d'agriculture de Haute-Saône qui a apporté son expertise, faisant ressortir des coûts de production bien supérieurs à ceux qu'imaginait l'exploitant. En cause, une disponibilité du foncier structurellement insuffisante, qui précarise l'autonomie fourragère. « Quand je me suis installé, il y avait un an et demi d'avance de stock de fourrages... Après deux années climatiques difficiles, il ne reste plus rien ! », témoigne Germain Bilat. Les contraintes pédo-climatiques impactent à la fois la productivité fourragère et les coûts de bâtiment. « Nous sommes dans un secteur séchant, très vallonné, sur des marnes. Ces sols sont plutôt un atout pour la qualité du foin : dans une année où la pluie est là au bon moment, tous les dix jours, c'est du bonheur. Mais en cas de sécheresse, c'est la catastrophe... Nous avons dû repasser à l'ensilage maïs, avec les coûts de concentrés en face. Et si nous voulons agrandir le bâtiment, les coûts de terrassement sont très importants. »
Suite à l'audit, Germain Bilat a exploré la piste de la culture de méteils, ces mélanges de céréales-protéagineux qui permettent de produire un concentré de production riche en protéines, et d'abaisser ainsi la facture d'aliments. Le lait, vendu à la fromagerie Milleret, est relativement bien valorisé, grâce à sa bonne qualité, mais le revenu de l'atelier laitier ne permet pas de faire complètement face aux charges de structure, et notamment au remboursement des annuités du jeune agriculteur. « Pourquoi ne passez-vous pas au bio ? », s'interroge Marie-Guite Dufay ? « On y pense, effectivement, c'est une question depuis mon installation... mais la fin des aides au maintien ne nous encourage pas à faire le pas ! », rétorque Germain Bilat. D'autant que le cahier des charges de l'agriculture biologique, qui interdit le recours aux engrais de synthèse, ne va pas dans le sens d'une amélioration de la productivité prairiale...


Aléas climatiques et économiques


L'élevage de génisses destinées à l'exportation, ainsi que de bœufs, le passage de la culture de l'orge fourragère à celle de maïs-épi sont aussi mis en œuvre au Gaec de la vieille Tuilerie pour compenser les difficultés de l'atelier laitier. « Pour améliorer l'autonomie fourragère, n'avez-vous pas envisagé de réduire le cheptel ? », interroge Sophie Fonquernie, vice-présidente du conseil régional, en charge de l'agriculture. « A trois associés, nous sommes déjà limite sur le revenu... on ne fait déjà pas notre quota historique ! », répond Germain Bilat.
En arrière-plan des difficultés structurelles de l'élevage se profilent des questions plus larges, géopolitiques. « Si Milleret ne peut pas nous payer plus notre lait, c'est aussi parce qu'il est en concurrence avec des entreprises comme Lactalis, qui payent moins bien », analyse l'éleveur. « Il y a actuellement au niveau de l'Europe d'énormes stocks de poudre de lait qui pèsent sur les cours, explique Sylvain Marmier, vice président du Crédit agricole : ce sont les excédents produits par les éleveurs laitiers irlandais, dont les coûts de production sont très faibles (200 €/t), car leurs charges de structure sont très basses (production de lait à l'herbe, pas de bâtiments, main-d'oeuvre pluri-active). A la fin des quotas, ces éleveurs ont produit plus que les besoins du marché... »
Gérald Pichot, président des JA de Haute-Saône, pointe pour sa part l'importance des coûts de reprise, qui grèvent le revenu des agriculteurs récemment installés, compte-tenu de la taille grandissante des exploitations. « Il faut distinguer la valeur vénale d'une exploitation et sa valeur économique. Un audit de transmission serait nécessaire pour permettre une transmission dans les meilleures conditions. » Et Frédéric Perrot, président de la FRSEA, de souligner pour sa part la précarité des exploitations laitières dans des bassins de collecte en voie de désertification. « Un acheteur peut très bien décider de cesser de ramasser le lait, s'il estime que les frais de collecte du lait sont trop élevés, compte-tenu d'une densité laitière trop faible sur un territoire. »


AC