Publié le 24/05/2017 à 00:00 / Jura Agricole

CAHIER DES CHARGES DU COMTE

Depuis le début de l'année, Fdsea et Ja du Jura et du Doubs planchent sur la révision du cahier des charges du comté. Les propositions portées par la Fdsea/Ja s'appuient sur un travail de synthèse résultant d'un groupe de 70 agriculteurs qui s'est réuni tout l'hiver.

Les propositions FDSEA et JA

Pourquoi la FDSEA et  Jeunes Agriculteurs font des propositions pour réviser le cahier des charges du comté ?

 

Le principal objectif de Fdsea/Ja est que les producteurs du département vivent de leur métier grâce à des prix rémunérateurs sur des exploitations viables, vivables et transmissibles, le tout dans le cadre d'une croissance durable. La conjoncture économique de la filière comté est favorable actuellement grâce à une gestion rigoureuse de l'offre et de la demande mais également grâce à la typicité du comté et des pratiques des éleveurs par rapport aux autres produits concurrentiels. Fdsea/Ja voient la réécriture du cahier des charges comme une opportunité de réaffirmer aux yeux de tous ce qui fait la force du comté, et par conséquent de maintenir un prix du lait rémunérateur.
Par ailleurs, Fdsea/Ja souhaitent que les producteurs soient écoutés et entendus car ils constituent le socle de la réussite de la filière et sont les premiers concernés par la révision du cahier des charges. L'hétérogénéité du territoire de l'AOP (plaine, plateaux, montagne) et de son terroir font la richesse de ce fromage. Fdsea et Ja du Jura portent ce message au sein du Cigc de manière à renforcer des principes fondamentaux de production comme le pâturage tout en maintenant les particularités des systèmes d'exploitation liées aux terroirs et aux climats.
Enfin, Fdsea/Ja souhaitent que les moyens de contrôles soient plus performants de manière à sanctionner durement les quelques exploitations faisant l'objet de dérives avérées, et par conséquent de protéger les éleveurs et la filière en se prévenant de dérives néfastes pouvant entrainer un discrédit sur le produit. La réouverture du cahier des charges est donc l'occasion de renforcer les contrôles et de mieux encadrer certaines pratiques comme l'affouragement en vert.


Quelles sont les propositions de la FDSEA et des JA du Jura ?


Fdsea/Ja se sont appuyés sur le planning de réflexion du Cigc de manière à pouvoir faire des propositions constructives, allant dans le sens de la réflexion engagée par l'interprofession tout en affirmant la volonté des producteurs.


1. Pâturage : La Fdsea a la volonté de réaffirmer que le pâturage des animaux constitue le socle de base pour produire du comté et que l'herbe pâturée et le foin restent les produits fondamentaux de l'alimentation des animaux. En complément des dispositions actuelles sur les surfaces fourragères / UGB, il est proposé d'écrire dans le cahier des charges une surface minimum de pâturage/VL de 50 ares dans un rayon de 1.5 km autour des points de traite. Concernant les surfaces fourragères« autres que les foins- regains et pâtures », la Fdsea propose de globaliser l'approche sur ces fourrages avec la mise en place d'un plafonnement à 20% de la surface fourragère pour les prairies ensemencées depuis moins de 5 ans avec une seule légumineuse, pure ou associée avec une seule graminée, et pour les urfaces semées en maïs fourrage, sorgho fourrager, betteraves (fourragères ou autres).

 

2. Affouragement en vert : La possibilité d'affourager les vaches laitières à partir d'herbe ou de maïs en vert est permise actuellement dans le cahier des charges pour permettre de maintenir la production de lait sur des périodes de pénuries d'herbe dans les pâtures. Cette mesure a été mise en place pour répondre à des situations subies par les éleveurs comme les invasions de nuisibles (campagnols), les structurations parcellaires et surtout les conditions climatiques. Les situations de pénurie d'eau ne vont d'ailleurs pas s'arranger dans les années à venir à cause du réchauffement climatique. Par conséquent, Fdsea/Ja du Jura proposent de maintenir la possibilité d'affourager en vert avec de l'herbe, du maïs ou du sorgho. Cependant, au regard de certaines dérives où l'affouragement en vert est conduit de manière systématique toute l'année, il semble indispensable d'encadrer les pratiques d'affouragement en vert. D'après les courbes de croissance de l'herbe moyenne quinquennale sur la zone AOP, la date du 1er juin est reconnue par l'institut de l'élevage comme étant la date à partir de laquelle la pousse de l'herbe baisse rapidement en zone de plaine. D'autres dates plus tardives ont été avancées au CIGC mais Fdsea/Ja se battront pour défendre cette date du 1er juin à partir de laquelle l'affouragement en vert serait autorisé. Il est également proposé de limiter la durée d'affouragement à 100 jours /an avec le déclenchement de périodes minimales de 10 jours. Ces périodes d'affouragement devront être déclarées par l'agriculteur préalablement au CIGC pour permettre de contrôler cette mesure. Il est proposé de faire une procédure simple via l'outil informatique synest par exemple. Enfin, Fdsea/Ja réaffirment que l'affouragement en vert doit être limité à 1 repas/jour.

 

3. Taille des exploitations : Fdsea/Ja sont favorables au maintien d'exploitations viables, vivables et transmissibles dans la filière AOP comté. Ils sont également attachés au maintien d'ateliers de transformation nombreux sur le territoire, gage de partage de la valeur ajoutée entre les différents maillons de la filière. Ils ne souhaitent pas voir demain des « usines à lait » dans la filière comté et garder de nombreux chefs d'exploitations maîtres de leurs décisions et garant de certains savoir-faire. C'est pourquoi Fdsea/Ja proposent d'inscrire dans le cahier des charges un ou plusieurs critères limitatifs sur la taille des exploitations en lait AOP comté, permettant de prévenir des agrandissements excessifs dans la décennie à venir sans chercher à exclure des producteurs de la filière dès à présent. Il est proposé de fixer une taille maximale d'exploitation à 1.5 millions de litres de lait. La Fdsea et Ja proposent également qu'une réflexion soit menée concernant le statut du producteur de lait AOP dans le cahier des charges afin d'y inscrire les savoir-faire des producteurs et de limiter certaines pratiques visant à externaliser une majeure partie des travaux de l'exploitation. Enfin, Fdsea/Ja sont en cours de réflexion concernant la limitation de la production laitière à l'actif mais souhaitent expertiser les risques d'exclusions de producteurs ainsi que les avantages et les inconvénients de ce critère avant d'arrêter une position définitive sur le sujet.

Ces propositions sont en débat actuellement au CIGC qui devra faire des arbitrages avec les positions des autres syndicats et des autres collèges de l'interprofession (FDCL, affineurs). Les autres points du cahier des charges seront travaillés par les sections lait Fdsea/Ja du Jura et du Doubs d'ici l'hiver prochain et seront mises en débat au CIGC pour l'écriture finale du futur cahier des charges en 2018.


PE Brunet