Publié le 26/02/2015 à 00:00 / Jura Agricole

Robotisation de la traite

Les associés du Gaec du Prés l'Enfroy, en Haute-Saône, ont intégré la robotisation de la traite à leur projet d'exploitation. Leur choix s'est porté sur le MIone de GEA, un robot multi-stalles dont le fonctionnement s'apparente à celui d'une salle de traite.

Presque comme en salle de traite

Le Gaec du Prés l'Enfroy, situé sur la commune de la Villedieu-en-Fontenette, en Haute-Saône, est né en 2013 du regroupement de plusieurs exploitations, motivé par la rationalisation du travail. La structure compte 470 ha, dont la moitié en herbe. «L'aspect social est important, explique Cyril Luzet, l'un des quatre associés : c'est plus sécurisant d'être à quatre.» Un bâtiment d'élevage dédié aux 120 vaches laitières a donc été édifié, tandis que les anciens bâtiments étaient reconvertis pour les génisses ou le matériel. «Nous avons volontairement construit plus grand, avec 150 places couchées, de manière à pouvoir augmenter progressivement l'effectif, ainsi que la production laitière.» Dans ce secteur vallonné de la Haute-Saône, la pérennité de la collecte laitière semble assurée, compte tenu du nombre important de structures de taille importante, dans un petit rayon géographique.


Un contexte rassurant


«Ca fait partie des éléments qui nous ont décidé à investir dans cet outil», poursuit Cyril Luzet. L'automatisation de la traite a fait partie intégrante du projet de Gaec. «Nous voulions simplifier le travail quotidien, en gagnant en souplesse, que ce soit pour les récoltes ou bien le temps libre et la vie de famille...» Le choix des associés s'est porté le robot multi-stalle MIone, avec trois boxes, pour de multiples raisons. «Nous étions tous en salle de traite Westfallia, ce qui fait que nous connaissions bien cette technologie de traite, ainsi que les différents éléments. D'autre part le côté modulaire de ce système, qui peut évoluer dans le temps en fonction du développement du troupeau laitier nous a aussi intéressé. Il y a aussi un aspect pratique, c'est l'accès physique facile aux vaches, un peu comme ce dont nous avions l'habitude au niveau du quai de notre salle de traite : c'est juste le bras mécanique qui remplace le trayeur, mais sinon tout est identique. Dans le pire des cas, un homme peut remplacer le bras, ce qui évite de différer la traite des vaches en attendant de trouver une solution. Enfin la proximité du concessionnaire nous rassure en cas de problème éventuel !», relate Paul Levrey, également associé du Gaec. «La plate-forme logistique de la maison-mère est à Dijon, à une heure et demie de route d'ici : 98% des pièces y sont en stock», complète Aurélien Thenadey, concessionnaire GEA à Faverney.
Autre volet qui a séduit les associés, le sanitaire. «Le nettoyage séparé de chaque trayon dans son gobelet trayeur est un des avantages essentiel du concept, poursuit le concessionnaire : en effet, cela supprime le risque de contamination croisée. De plus, si le lait d'un quartier est anormal (détecté par la conductivité et la colorimétrie), celui-ci est prélevé et séparé du lait normal.»


Un début prometteur


Le robot est en fonctionnement depuis cet automne, et donne satisfaction aux éleveurs, notamment pour la persistance laitière, et avec une distribution plus rationnelle du concentré de production (auparavant apporté à l'auge). «Finalement, les plus grosses difficultés d'adaptation que nous avons rencontrées avec les vaches concernent le logement, avec le passage aux logettes, notamment pour celles qui venaient d'une étable entravée... mais l'apprentissage du robot a été rapide – une semaine intense - et n'a pas entrainé de réformes.»

Outre la traite, le robot possède de nombreuses fonctionnalités qui simplifient la vie quotidienne des éleveurs. Ainsi le système de portes d'accès et de sorties de l'aire d'attente du robot permet de ventiler les animaux dans différents parties du bâtiment d'élevage : retour en stabulation avec le reste du troupeau par exemple, mais aussi en cas de besoin isolement dans un boxe sanitaire ou pour l'insémination artificielle. C'est aussi un précieux auxiliaire dans le domaine de la reproduction. «Le collier d'identification est équipé d'un détecteur d'activité, qui transmet ses données à l'ordinateur à chaque passage du portique de l'aire d'attente, note Cyril : de cette manière nous recevons des alertes quand les vaches sont probablement en chaleur, ce qui nous permet de programmer plus efficacement le passage de l'inséminateur.» A contrario, une sous-activité déclenche aussi l'envoi d'une alerte, ce qui permet aux éleveurs d'intervenir précocement quand une vache présente un problème.
Prochaine étape, au printemps prochain, la mise en place du pâturage. «C'est quelque chose qui nous tient à cœur, poursuit Cyril Luzet. Nous avons autour du bâtiment des parcelles qui s'y prêtent. Nous voudrions y faire pâturer les vaches en fin de lactation, à la fois pour des raisons de santé, pour qu'elles bénéficient du soleil et du plein air, et pour abaisser le coût global de l'alimentation. De plus pour cette catégorie de vaches, les visites au robot s'espacent davantage.»


Un nouveau métier


Reste qu'avec quelques mois de recul, les associés portent un nouveau regard sur le métier d'éleveur laitier. «Il nous a fallu apprendre à soigner le robot ! plaisante Cyril, plutôt à l'aise avec le sujet, de par sa formation originelle dans le domaine de la maintenance industrielle. C'est intéressant, mais c'est un nouveau métier. Cela dit, sur le plan de la conception, c'est simple. Mis à part le bras robotisé, tous les éléments sont interchangeables d'un box à un autre, ce qui permet de repérer assez facilement les pannes.» 

Un audit organisé par GEA a permis d'identifier les points à améliorer dans le fonctionnement quotidien. «Nous avons mis en place un suivi plus rigoureux des consommables, explique Paul : c'est un volet sur lequel il peut y avoir des dérives, et des surcoûts. L'auditeur nous a aussi conseillé de recalibrer plus souvent le capteur qui mesure la quantité d'aliment concentré distribué dans le robot.» 

Côté astreinte, chaque associé assume à tour de rôle la possibilité d'être tiré du lit par une alerte du robot en cas de dysfonctionnement : «Ca m'est arrivé pas plus tard que cette nuit, à 3 h 30 du matin, raconte Cyril : ce n'était pas grand-chose, une porte bloquée... Heureusement nous avons la possibilité de filtrer les évènements qui déclenchent une alerte nocturne en fonction de leur gravité !»


Alexandre Coronel