Publié le 28/02/2015 à 00:00 / Jura Agricole

Maires ruraux

Le président national des maires ruraux de France, Vanik Berbérian, redoute une réforme territoriale qui néglige les territoires ruraux.

« Ces territoires ruraux qu'on ne regarde plus ! »

Les élections départementales du 22 et 29 mars s'organisent autour de cantons élargis. Ce nouveau découpage ne préfigure-t-il pas les contours des futures communautés de communes ?

Vanik Berbérian : «Ce n'est pas dit par les pouvoirs publics. Mais chacun voit bien que la volonté politique est d'installer dans le paysage territorial des collectivités locales qui dépassent et se substituent aux communes. J'observe cependant que certains de ces nouveaux cantons correspondent à un découpage baroque avec des bassins de vie coupés en deux, parfois en trois, et des formes en banane sans cohérence géographique.»

Le président des maires ruraux que vous êtes reste-t-il hostile à cette réforme territoriale et au renforcement des communautés de communes ?
V.B. : «Nous n'avons jamais été hostiles aux communautés de communes et les maires ruraux sont les premiers à pratiquer, par volonté ou par nécessité, la mutualisation de services entre communes. Dans ce domaine, notre règle est simple : faisons à plusieurs ce que nous faisons mal tout seul ! En revanche, ce que nous contestons c'est, qu'à terme, la commune soit dissoute dans l'intercommunalité. Avant de réformer notre organisation territoriale, il fallait se poser la question de quel aménagement du territoire nous voulons ? Ce qui n'a pas été fait car, le seul facteur pris en compte par les pouvoirs publics, c'est le critère démographique avec l'application de seuils de populations qui conduisent toujours à privilégier la collectivité territoriale supérieure jusqu'à créer des super-régions à douze départements !»

Vous restez opposé à la suppression des départements dont on dit qu'ils pourraient être conservés après 2020 dans les seuls territoires ruraux. C'est une avancée. Non ?
V.B. : «Tout le monde est d'accord pour reconnaître que le département est un échelon de proximité d'autant plus nécessaire que seront créées des régions immenses. Ensuite, c'est une question de compétences et si nous sommes d'accord pour supprimer la compétence générale (1) pour clarifier le rôle de chacun, en revanche, nous pensons que la nature de la compétence doit décider du niveau où elle doit être gérée. Prenez l'entretien des routes : il est absurde de le confier aux régions. Quelle connaissance aura demain les services à Dijon ou à Lyon du besoin d'entretien d'une route qui permet d'accéder à un hameau du Jura ou du Diois ? En revanche, il est cohérent que la recherche ou les grands investissements structurants soient gérés à l'échelle d'une grande région.»

Vous déplorez que la dotation générale de fonctionnement versée aux communes rurales soit, par habitant, inférieure de moitié à celle que perçoivent les communes urbaines. Mais vous avez obtenu des assurances du gouvernement sur ce rééquilibrage. Non ?
V.B. «C'est une grande victoire de l'action conduite par notre association des maires ruraux de France que d'avoir enfin obtenu de l'État qu'il reconnaisse insupportable qu'un habitant de la campagne compte pour la moitié d'un habitant d'une ville ! Mais rien n'est arrêté et les élus des grandes villes font valoir la diminution de la contribution de l'État aux collectivités pour s'opposer à ce rééquilibrage. Nous demandons à l'État de rester ferme et d'envoyer un signal de justice aux territoires ruraux.»

Les sondages montrent une forte poussée de l'extrême droite dans les territoires ruraux. Comment expliquez-vous cette tendance ?
V.B : «Nous observons à la campagne comme partout ailleurs une perte de confiance des citoyens à l'égard des élus en général. S'ajoute à ce constat, dans le milieu rural, le sentiment d'être oublié, abandonné, déclassé. Ce qui m'inquiète c'est de constater qu'on est passé d'un vote de protestation pour dénoncer ce déclassement dont se sentent victimes les ruraux à un vote d'adhésion aux idées extrêmes.»

 

Propos recueillis par Serge Berra