Publié le 23/04/2015 à 00:00 / Jura Agricole

PROSPECTIVE LAIT

CERFrance a réalisé une étude prospective 2015-2016 sur le marché du lait de vache. Michel Faurie (chef de projet références régionales) a présenté les résultats de cette étude à Tournon-sur-Rhône.

Une épargne de précaution pour faire face à la volatilité des cours

Avec plus de 15 000 dossiers suivis au niveau de la région Rhône-Alpes, CERFrance dispose de solides références sur la trésorerie des exploitations, et notamment en élevage laitier. Une fois mutualisées, elles forment une base de données précieuse pour dessiner l'état de santé et les points de fragilité des exploitations, ainsi que les pistes d'amélioration en vue de la sortie des quotas.
«Notre objectif est de produire de la référence économique, d'anticiper les évolutions, de faire de la prospective pour au final, améliorer le conseil à nos adhérents», résume Michel Faurie.


Marge d'orientation


Pour cela, les experts se reposent sur des indicateurs clefs de la comptabilité comme la marge d'orientation. Elle correspond à l'argent qui reste disponible pour préparer l'avenir, après avoir payé
toutes les charges, dont les annuités et la rémunération de l'exploitant, évaluée pour les besoins de l'étude à 1,5 Smic. Sur la base de l'échantillon retenu par l'entreprise, cette marge d'orientation moyenne a été évaluée à 17 euros les 1000 litres. Mais vu la volatilité des cours et les secousses sévères dont sont victimes les charges, on comprend que cette marge est très sensible à la conjoncture. Elle dépend aussi beaucoup de l'étape de la carrière. Un jeune qui vient de s'installer ou une exploitation qui s'agrandit peine à avoir une marge d'orientation satisfaisante car les investissements récents pèsent dans la trésorerie. «Et nous sommes partis sur une rémunération de 1,5 Smic. Pour une exploitation de moins de 200 000 litres de quotas, il est difficile de dégager ce salaire», concède Michel Faurie. Les exploitations qui s'en sortent le mieux sont situées entre 300 000 et 400 000 litres, avec un bon rendement laitier (+ de 5 000
litres/ha).


Éclaircie sur les prix au second semestre ?


La prospective dans le monde du lait est un exercice périlleux. Michel Faurie note quand même quelques signes encourageants dans la dynamique de production mondiale qui pourraient se traduire par une hausse des cours. Citons pêle-mêle : la sécheresse en Nouvelle-Zélande, le ralentissement de la production en Europe du Nord, le marché du beurre et de la poudre en progression de 30 % depuis janvier, la baisse de l'euro et le dynamisme retrouvé des importations chinoises.
Mais à côté de cela, il existe toujours des incertitudes sur les aides Pac ou sur le contexte géopolitique mondial. «Et puis quelles seront les conséquences de la fin des quotas ? s'interroge-t-il.
L'ouverture des robinets ou une hausse maîtrisée de la production ? On nous annonce + 1 %, c'est à confirmer. Néanmoins, sans être euphoriques, nous sommes plus optimistes qu'il y a trois mois. On peut espérer une hausse des cours du lait au second semestre.»


L'art du pilotage en conjoncture instable


Cet espoir n'empêche en rien la difficulté de piloter la trésorerie d'une exploitation en conjoncture instable. Le bon sens invite chacun à mettre en place une épargne de précaution pour répondre à la volatilité des cours. «Il faudra plutôt privilégier l'épargne à l'achat de nouveau matériel», prévient l'expert-comptable. Par le passé, certains éleveurs investissaient lourd dans le matériel, notamment pour des raisons fiscales, et se retrouvent parfois suréquipés. «Chacun achète son enrubanneur, est-ce bien utile ?» s'interroge un éleveur. La mécanisation représente 30 % du coût de production. C'est avec l'alimentation, l'un des postes de dépenses à maîtriser.
«Analysez aussi vos dépenses de carburant. Elles vont parfois du simple au double d'une exploitation à l'autre», relève Michel Faurie. D'autres possibilités méritent d'être étudiées comme l'externalisation de certains travaux ou l'allongement de la durée de remboursement des emprunts. Côté « recettes », il invitait enfin les producteurs à optimiser leurs surfaces et bâtiments. «Ce sont parfois ces 10 % de lait produits en plus qui peuvent faire la différence dans une trésorerie.»