Publié le 18/05/2015 à 00:00 / Jura Agricole

POINT DE VUE

Dans la nuit du 2 au 3 mai, le dysfonctionnement d’un distributeur automatique de concentrés a provoqué la mort par acidose d’un troupeau de 80 vaches laitières. Aussitôt, certains commentateurs ont désigné l’agriculture industrielle responsable.

Cette ignorance dont se nourrissent les manipulateurs d’opinions

La perte accidentelle d'un troupeau de 80 vaches laitières est évidemment dramatique et nos pensées vont d'abord à ce couple d'éleveurs de la Loire dont le troupeau a été victime d'un incident technique à l'origine de cette terrible perte. Le risque d'acidose ou de météorisation hante depuis toujours les éleveurs et il est navrant de constater qu'une fois encore l'agriculture moderne est mise en cause par certains médias ou dans les réseaux sociaux pour expliquer, sinon justifier, ce tragique fait divers.

On lit sur Internet : «quand donnera-t-on de l'herbe aux vaches?». Pourtant, il suffit d'avoir côtoyé l'agriculture pour savoir que l'ingestion de riches céréales ou de trop d'herbe peut causer la mort des ruminants.
Nos grands-pères redoutaient déjà de voir au printemps les vaches paître dans le carré de trèfle ou de luzerne et nous enjoignaient d'aller sans ménagement les sortir d'un pré qui pouvait se révéler mortel. En effet, en cette saison printanière, le risque de la météorisation est à son comble et la vigilance des bergers d'alors l'était aussi. De toute éternité, tous les ruminants, sont exposés à cet accident et même les animaux sauvages, comme les chevreuils, en sont parfois victimes. La modernité de l'agriculture n'a rien à voir avec ce phénomène biologique naturel qui provoque la mort de l'animal par asphyxie en raison de la compression de ses poumons par son appareil digestif gonflé.

Le risque était tellement présent dans l'esprit des éleveurs qu'en 1840, le couteau Laguiole est muni d'un poinçon, un trocart, qui permettait au paysan de percer le flanc des vaches ou des moutons pour en expulser le gaz surabondant.
Le fait divers qui s'est produit dans la Loire est dû à une acidose. Un autre accident alimentaire dû à un brutal déséquilibre du pH provoqués par l'ingestion de produits riches comme les céréales. Cet accident a suscité de nombreuses réactions sur Internet pour aussitôt et sans modération condamner «une agriculture industrielle qui fait consommer aux vaches des produits toxiques».

À vouloir cantonner les agriculteurs dans des pratiques et des conditions de travail d'un autre âge, en utilisant les médias généralistes pour promouvoir les principes d'une économie décroissante, une minorité, par idéologie, a condamné la modernité de l'agriculture et fabriqué une opinion publique manipulée et d'une l'affligeante ignorance comme en attestent les réactions des internautes (voir encadré). Nous pensons au désarroi de cette famille d'éleveurs de la Loire et n'ajoutons pas à leur peine l'injure de les considérer comme de dangereux industriels de l'agriculture dont les pratiques auraient conduit à faire consommer à leurs animaux «des aliments toxiques !».

Ce n'était pourtant que de banales céréales enrichies de tourteaux de colza et de soja. Rien d'autre que des produits naturels.

 

Serge Berra

Quand les réseaux sociaux s’en mêlent...✓


Dans un article publié le 4 mai 2015 sur le site Internet du Figaro, le journaliste raconte l’accident alimentaire qui s’est produit dans une ferme laitière de la Loire. Il rapporte pour conclure son article que «les animaux (...) ont ingéré de l’herbe contaminée». Cette fausse information a provoqué une série de commentaires d’internautes sur le site du journal. Morceaux choisis :
«Les consommateurs s’interrogent...» Le 05/05/2015 à 07:44
«D’où l’importance de cesser ces usines (ou fermes) robotisées ! Laissons les paître à leur guise dans les près !». Le 05/05/2015 à 03:30
«C’est quoi ce complément alimentaire, nous aimerions bien savoir, car nous buvons ensuite le lait de ces vaches, nous mangeons aussi la viande, donc nous ingérons nous-même ces compléments alimentaires. Quand tout cela va-t-il cesser ?». Le 04/05/2015 à 22:11
«Maintenant je sais d’où viennent mes maux de ventre après avoir bu du bon lait de ferme»... » Le 04/05/2015 à 22:03
«Ça nous donne une idée de la non-toxicité de ce complément alimentaire. Une vache meurt rarement d’un trop-plein d’herbe». Le 04/05/2015 à 21:54.