Publié le 23/06/2015 à 00:00 / Jura Agricole

ASSEMBLÉE NATIONALE

La mission parlementaire sur les maladies du bois de la vigne, dont Jean-Marie Sermier est le co-rapporteur, était en déplacement la semaine dernière dans le Jura. L'impact économique de ces maladies est non négligeable.

Vignes : une mission sur la maladie du bois

 

La députée PS Catherine Quéré et le député-maire UMP Jean-Marie Sermier, représentants d'une commission parlementaire sur les maladies du bois de la vigne, étaient dans le Jura en mai dernier. Ils ont rencontré plusieurs professionnels de la viticulture jurassienne. Il a notamment été question de l'esca, une maladie qui touche 13% du vignoble en France, mais également de l'eutypiose et de la flavescence dorée. Leur rapport, ordonné par la commission développement durable de l'Assemblée Nationale, doit être rendu le 8 juillet.

 

Trousseau et savagnin

 

Accueillie à Arbois, la mission comptait également dans ses rangs Jean-Pierre Camby, directeur adjoint du service de l'économie de l'Assemblée Nationale et Laurent Bourguignat, attaché parlementaire. Le mercredi soir une première rencontre avec les présidents de la société de viticulture, du CIVJ, de l'AOC Arbois, de la fruitière vinicole d'Arbois et le directeur de la Fredon de Franche-Comté, a permis de mesurer l'importance de ces maladies dans le vignoble. Sur les trois cépages le plus sensibles à l'esca, deux sont présents dans le Jura : le trousseau et le savagnin. Le 3ème cépage étant l'ugni blanc, que l'on retrouve dans la région de Cognac. Le lendemain, la mission est partie visiter des parcelles dans le secteur de la vigne de Pasteur, le manque de pieds sur les rangs est bien visibles. Certains pieds ont été remplacés mais l'opération est compliquée et nécessitent l'utilisation d'une mini-pelle et d'une protection spéciale du jeune cep au moment du desherbage, pour un coût de 10 euros par pied remplacé.
«Une poussée d'esca peut arrriver dans une jeune vigne à partir de 15 ans, et diminuer à partir de l'âge de 25 ans sans que l'on sache si cela vient d'une résistance ou de la période de plantation. Les viticulteurs que nous avons rencontré ont le sentiment qu'il existe un lien avec le matériel génétique. Les pépiniéristes travaillent dans ce sens et les chercheurs tentent d'identifier les cépages résistants pour les croiser par exemple avec du savagnin, de manière naturelle, sans dénaturer le génome», indique Jean-Marie Sermier. Le recépage, qui consiste à couper le pied à 10 cm du sol pour qu'il reparte, est pratiqué en Charentes. Une technique de lutte qui donne des résultats mais qui corerspond à des stocks à rotation très longue comme le cognac.

 

100 000 bouteilles par an

 

Les quelques chiffres donnés par Joël Morin, président de la fruitère vinicole d'Arbois, donnent l'ampleur de l'impact économique de ces maladies du bois qui, heureusement, ne touchent pas la qualité du vin. Sur les 12 000 hectolitres que produit la fruitière en moyenne par an (sur 270 ha), la perte due à l'esca est de 500 à 1 000 hectolitres. «Un manque à gagner pour tout le monde, y compris pour l'Etat...». Dans le Jura, on estime que 20% du vignoble est touché par l'esca avec un rythme de croissance de la maladie de 3% par an, compensé partiellement par des replantations. «Des marchés s'ouvrent et nous sommes dans l'incapacité de concourrir, ajoute le président de la fuitière. Avec 2 ou 3% de production en moins et 3-4 mauvaises années comme nous avons vécu, cela risque de casser l'esprit d'entreprendre». Une note positive en 2015 avec les bonnes conditions climatiques à la floraison qui devraient redonner le sourire aux vignerons.

 

Moyens de lutte

 

Contenue jusqu'au début des années 2000 par l'usage de l'arsénite de soude, l'esca se développe à nouveau faute de produit phytosanitaire efficace, avec un taux de croissance en France de 0,5 à 1% des surfaces par an. Pour les vignerons jurassiens, pas question de demander à reutiliser de l'arsenite. «On ne peut revenir en arrière et nous refusons deprendre des risques pour la santé, sans oublier la mauvaise image auprès du consommateurs», estime Joël Morin.
La mission parlementaire a recueilli l'avis de chercheurs de l'INRA, du CNRS, de l'université et de l'institut du vin et de la vigne. Elle fera des propositions au gouvernement pour lutter contre ces maladies dont on ne connait pas le vecteur.
Après cette étape jurassienne, la mission parementaire s'est rendue en Bourgogne. Ces différentes visites dans les vignobles de France ont été complétées par une incursion en Hongrie car il ne faut pas oublier la dimension européenne du fléau. La Fance a d'ailleurs demandé l'inscription des maladies du bois de la vigne au programme de travail de la commision européenne.


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