Publié le 22/10/2015 à 00:00 / Jura Agricole

UN DIMANCHE A LA CHASSE

Pour permettre à tous de découvrir la chasse de l’intérieur, la Fédération nationale des chasseurs a organisé dimanche 18 octobre une journée où des accompagnateurs se joignent aux chasseurs. Reportage avec les chasseurs de Couzon-au-Mont-d’Or dans le Rhône.

Dans les coulisses d’une battue aux sangliers

Il est 7h30, le brouillard donne une teinte laiteuse au soleil qui se lève. En tant qu'invité de la société de chasse de Couzon-au-Mont-d'Or lors de la journée «Un dimanche à la chasse», je rejoins Alain Berton, un chasseur de la commune qui m'emmène à la «cabane», le lieu de regroupement des chasseurs niché dans les monts d'Or. Sur cette commune aux portes de Lyon, le domaine de chasse s'étend sur 250 ha de vallon et de montagne, avec principalement des forêts et quelques prairies et champs cultivés. Ici, le recul de l'agriculture oblige les chasseurs à entretenir certaines prairies avec un tracteur et un girobroyeur pour éviter que la forêt avance. «On fait également quelques cultures à gibier pour éviter que les animaux aillent dans les champs des éleveurs des environs», indique Alain.


La convivialité et la nature

 


Au programme de la journée : battue aux sangliers. Après un petit café, le groupe de chasseurs s'est étoffé. Une dizaine d'entre eux se prépare, certains partent aux petits gibiers, d'autres
«faire les pieds». J'accompagne Laurent Balsalobre, 56 ans, président de la société de chasse de Couzon et chef d'entreprise. À l'aide d'un chien, nous allons essayer d'identifier où se situent les sangliers pour pouvoir lancer la battue de l'après-midi.

En chemin, Laurent parle de sa passion : «J'aime le contact avec la nature que nous avons. Pour trouver les gibiers, il faut très bien connaître son territoire, le parcourir régulièrement. Et puis, nous avons vraiment un bon groupe, on met l'accent sur la convivialité, on veille au trop d'alcool.» On sent également un profond attachement et respect pour son chien, Algo, que nous suivons dans les creux et bosses des monts d'Or.
Malgré la présence de nombreuses maisons à proximité de la zone de chasse, Laurent juge que la cohabitation se passe plutôt bien. «Il y a parfois des accrochages, mais nous prenons le temps d'expliquer, nous offrons du gibier aux gens qui subissent des dégâts. Les jeunes du groupe ont ouvert un compte facebook et nous devons être exemplaires pour que l'on ne puisse rien nous reprocher.»

Après deux heures et demie de marche, nous revenons à la cabane sans avoir trouvé de traces fraîches. La pyrale a décimé la plupart des buis, privant les sangliers de nombreuses zones abritées d'où une modification profonde de leurs habitudes. Laurent apprend que les chasseurs de la commune voisine de Saint-Romain-au-Mont-d'Or ont détecté des sangliers dans un épais taillis. La battue aura donc lieu avec les chasseurs voisins.


Organisation de la chasse


Après un repas partagé avec une dizaine de chasseurs, la cabane devient le QG de l'organisation de la battue. Il y est 13h30, Gilbert, le président des chasseurs de Saint-Romain réunit la vingtaine de participants et rappelle les règles de sécurité avant de distribuer les postes entre les différents chasseurs. Je pars avec Gilbert qui va ainsi placer trois chasseurs à différents postes avant de s'installer. Les regards des promeneurs sont plutôt froids sur notre petit groupe. «On sent qu'ils ne nous aiment pas», lâche Pierre, 17 ans, dans sa première année de permis de chasse.
Une fois en place, le début de la battue est annoncé. Pendant trois heures, je vais suivre le déroulement de la chasse aux côtés de Gilbert simplement aux bruits : les jappements des chiens lorsqu'ils mènent le sanglier, les grelots s'approchant ou s'éloignant, les grognements du sanglier traqué par la meute, les coups de feu, les cornes des chasseurs pour annoncer ce qui se passe. Au final, neuf balles ont été tirées et deux sangliers ont été abattus. La fin de la battue est sonnée.
Pierre est encore sous le coup de l'émotion après avoir tiré et manqué deux fois un sanglier à quelques mètres de lui. De retour à la cabane après avoir bagué les deux bêtes, les chasseurs
débriefent et partagent leur vécu. Pour Gérard, également venu découvrir la chasse lors de l'opération «Un dimanche à la chasse», ce fut un grand plaisir. «Je n'ai jamais chassé, mais mon père était chasseur. J'ai passé un bon moment, j'ai tout entendu même si je n'ai rien vu, c'était super. Maintenant que je suis à la retraite, je vais peut-être me lancer.» Comme après toute chasse, les honneurs sont rendus aux sangliers. Et après la séance photos, les deux présidents se lancent dans la découpe des animaux et le partage de la viande.


Camille Peyrache