Publié le 27/10/2015 à 00:00 / Jura Agricole

ARBORICULTURE/

La Belle Fille de Salins est l'une des 15 variétés de pommes à cueillir dans les Vergers de Sellières dès la mi-octobre. Une variété locale remise au goût du jour et prétexte à de fructueuses collaborations entre Bertrand Gaulliard, pépiniériste-horticulteur à Tourmont et Denis Pisella, producteur de fruits à Sellières. Rencontre.

La Belle fille de Salins, une miss 100% Jura

«L'association des Croqueurs de pommes a fait un travail remarquable. Sans eux, certaines variétés anciennes ou locales, comme la Belle fille de Salins, seraient tombées aux oubliettes. J'en greffe une quarantaine par an. Une petite pomme à chair presque rose, légèrement striée, de bonne conservation. Elle fleurit tard, ce qui la rend moins sensible aux gelées tardives», explique Bertrand Gaulliard, pépiniériste à Tourmont, près de Poligny. Il a démarré la production de la variété Belle fille de Salins en 2013 à la demande de Denis Pisella, producteur à Sellières.

Le pépiniériste a créé son entreprise il y a 15 ans, après une école d'ingénieur agricole et des études en production horticole et pépinière. Son premier projet, qui était de s'installer sur une ferme en viande et cultures, s'est transformé en 1 ha de pépinières et 1 000 m² de serre. Les serres de Chazeau sont spécialisées dans trois domaines : horticulture, pépinière et plantation.

Les 400 petits pommiers Belle fille de Salins destinés aux vergers de Sellières ont été produits selon la méthode de greffe en fente sur des porte-greffes de Reinette grise, ce qui a permis de gagner une année avant la mise en production. La qualité du porte-greffe est importante car elle conditionne la vigueur de l'arbre par la suite.

 

 

«La greffe en fente n'est pas la technique que j'utilise habituellement. Je pratique plutôt la greffe d'été en écusson sur mes propres porte-greffe, en tenant compte du calendrier lunaire.» Bertrand Gaulliard propose différentes sortes d'arbres fruitiers, entre 10 et 15 variétés pour chaque espèce, pommes, poires, cerisiers et prunes. Son activité concerne aussi la vente de fleurs, d'arbustes d'ornement et de plants de légumes, produits en pots et vendus sur place. Pour le greffage, le pépiniériste travaille aussi à la commande, le client lui apporte le greffon.
A l'avenir, Bertrand Chazeau devrait déménager son activité sur une parcelle de 3 ha qu'il a achetée.

 

La concurrence des jardiniers amateurs

 

«L'activité de pépiniériste est difficile. Nous sommes sur des cycles longs. Qui peut dire ce que sera la demande d'arbres fruitiers dans 10 ans ? Après la crise de 2008, nous avons vu des familles réinvestir leur jardin, nous avons vendu davantage d'arbres fruitiers et de plants de légumes. La campagne publicitaire "Manger 5 fruits et légumes par jour" a également eu un impact positif. Mais nous sentons un fléchissement des ventes depuis 2 ans. L'entretien du potager et deux étés pluvieux ont dû décourager ces nouveaux jardiniers qui cherchaient à faire quelques économies.»
Bertrand Gaulliard évoque un problème de plus en plus répandu : la concurrence des jardiniers amateurs qui vendent leurs plants en quantité. «C'est peut-être encore à cause de la crise ou d'une mode passagère, mais cela représente un préjudice pour les professionnels. Les horticulteurs-pépiniéristes sont contrôlés tous les ans et nous disposons d'un passeport phytosanitaire. Si certaines maladies apparaissent, nous sommes tenus de détruite les plants. Nous avons même une traçabilité obligatoire sur certaines plantes, jusque chez le client. Les ventes non encadrées peuvent propager des maladies et des parasites indésirables. La nature nous rappelle qu'il faut être vigilant et les alertes sont nombreuses en ce moment : maladie du buis et du fresne en forêt, Esca et flavescence dorée en vigne, cynips du chataîgner, maladie du chêne en Italie...»

 

La mutation de l'horticulture

 

Pour ne pas rester isoler professionnellement, Bertrand Gaulliard est adhérent du syndicat national FNPHP* et de la FDSEA du Jura. «Nous sommes peu nombreux dans le Jura et j'apprécie de pouvoir rejoindre les agriculteurs de mon canton pour me tenir au courant des autres productions. Je peux aussi apporter mon expérience. Pépiniériste-horticulteur est une activité à part entière, qui n'est pas de la diversification, et qui peut aller de la production à la vente directe. L'horticulture a été gagnée plus tôt que l'agriculture par l'industrialisation du métier avec des structures de plus en plus grosses et des cahiers des charges de plus en plus précis pour répondre aux marchés. Ce qui se passe en horticulture arrive 15 ou 20 ans après en agriculture.»
C'est également au niveau local que le pépiniériste de Tourmont trouve sa clientèle. Ce choix de la proximité s'est concrétisé jusque dans le partenariat avec Denis Pisella et la production d'une pomme 100% Jura, du producteur au consommateur.

 

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