Publié le 04/11/2015 à 00:00 / Jura Agricole

TENDANCES ALIMENTAIRES

Autrefois réservés aux personnes intolérantes ou allergiques, les aliments sans gluten ou sans lactose séduisent d'autres consommateurs. Cette tendance se développe, les gammes de produits se diversifient, et de nouveaux marchés sont en pleine expansion. Les producteurs et les industries agroalimentaires doivent s'adapter pour en profiter.

Le nouveau régime de l'industrie agroalimentaire

Il n'y a pas que le régime alimentaire des populations des pays en voie de développement qui évolue très rapidement. De nouvelles tendances de consommation prennent rapidement de l'ampleur dans les pays occidentaux. L'impact médiatique peut rendre très populaire une forme de régime alimentaire en quelques années. C'est par exemple le cas du développement des aliments sans gluten ou sans lactose, sans lien avec une allergie alimentaire.
Portées par certaines personnalités médiatiques, ces formes de régime ont, dans l'imaginaire collectif, des vertus diverses : bien-être, meilleure santé, perte de poids, protection de l'environnement, etc. Même si la controverse scientifique bat son plein, certains consommateurs ont fait leur choix et cherchent à exclure certains produits de leur alimentation. Au départ, les diètes sans gluten ou sans lactose sont une réponse à de vraies allergies alimentaires. Ainsi, la maladie de coeliaque ou intolérance au gluten provoque une destruction des parois de l'intestin grêle entraînant une incapacité à l'assimilation des certains nutriments et divers maux : migraines, fatigue, problèmes de peau, prise de poids, sommeil agité, etc. pouvant devenir assez graves.
Elle concerne environ 1 à 2 % des Français, dont seulement 20 à 30 % sont diagnostiqués selon l'association des intolérants au gluten. La seule façon d'y remédier aujourd'hui est d'évincer totalement le gluten de l'alimentation.


Le marketing amplifie la tendance


Ce terreau d'allergies alimentaires est donc bien réel mais minoritaire. Une étude du Conseil européen de l'information sur l'alimentation indique qu'en France, les allergies alimentaires concernent 3,4 % des adultes et 6 à 8 % des enfants. Environ 2 à 3 % des nourrissons sont allergiques aux protéines de lait (lactose) et 1 à 2 % des enfants au blanc d'oeuf. Cependant, environ un tiers des consommateurs européens pensent être allergiques à au moins une substance alimentaire, d'où une croissance rapide de la consommation des produits destinés aux intolérants, alimentée par les déclarations de certains « people ». Seuls 8 à 12 % de ces produits sont achetés par de vrais intolérants. Selon Research & Markets, le marché mondial des produits sans gluten devrait atteindre 6,84 milliards de dollars d'ici 2019, soit une croissance de 10,2 % par an.

En France, les différents cabinets d'études (Xerfi et Biolinéaires) évoquent un marché des produits pour intolérants compris entre 60 à 100 millions d'euros avec une croissance de 20 à 30 % par an. Entre 2009 et 2014, le nombre de produits lancés dans le monde sans gluten à tripler, dont 35 à 40 % des lancements concernent l'Europe de l'Ouest, selon Nutrimarketing.

 


Sur le marché du sans lactose, les boissons végétales riches en calcium à base de soja, riz, amande, froment, etc. existent depuis vingt ans. Depuis quelques années, les gammes s'enrichissent et les rayons s'étoffent : boisson de chanvre, mélange amande/riz, aromatisée au cacao, à la vanille, 1 200 boissons végétales sont recensées, soit 70 % de plus qu'il y a cinq ans. Cette tendance devrait se renforcer, plusieurs instituts d'études de marché indiquent que la croissance mondiale des boissons végétales se poursuivrait au moins jusqu'en 2018 avec un taux supérieur à 18 % par an.


Saisir les opportunités


Ces tendances pourraient menacer le développement de certaines filières agricoles à terme. Par exemple, pour le lait, en 2003, les Français consommaient en moyenne 61 litres de lait liquide contre 54 en 2013, soit un recul de 11,5 % en dix ans. La tendance se poursuit en 2014, avec un recul des ventes du marché du lait en GMS de 2,9 %. Alors pour répondre aux tendances des consommateurs, les acteurs de la filière lait développent des laits spécifiques : sans lactose, vitaminés ou aromatisés. Là, les ventes progressent de 4,5 % entre 2014 et 2015 selon le magazine LSA.

Dans le cas du gluten, ce sont les cultures des blés tendres et durs qui pourraient être impactées. Heureusement, les alternatives au blé peuvent également être cultivées sous nos latitudes par les mêmes agriculteurs : maïs, soja, châtaignes, sarrasin, pois chiche, etc. Aussi, le flexitarisme des consommateurs va obliger les industries agroalimentaires à s'adapter très vite aux nouvelles
tendances pour capter ses nouveaux marchés. Les agriculteurs devront en faire autant s'ils veulent produire pour ces marchés en expansion. 


CP