Publié le 05/11/2015 à 00:00 / Jura Agricole

ELEVAGE

La maîtrise des facteurs de stress permet d'aborder sereinement la production hivernale : adaptation de la ration, qualité de l'ambiance sanitaire des bâtiments et maîtrise du parasitisme...

Rentrée à l'étable

Les premiers froids, conjugués à la diminution de la photopériode, sonnent le glas de la pousse automnale de l'herbe. Cet automne 2015, ensoleillé, doux et relativement sec jusqu'à la première décade de novembre, aura permis une belle prolongation de la saison de pâturage. Les génisses sont généralement les animaux qui rentrent le plus tardivement, mais cela ne doit pas être exagéré. On constate souvent des retards de croissance sur des génisses qui sont rentrées tard à l'automne, régulièrement plus chargées en parasites. La solution pour profiter de l'herbe au maximum et garder les génisses dehors est l'apport de foin ou d'enrubannage au râtelier. Un complément en céréales (1 à 2 kg en fonction des besoins) et en minéraux est judicieux. Quand la saison avance on va privilégier les parcelles les plus portantes, mieux exposées et plus abritées.


Soigner le logement


La qualité du logement qui accueillera le troupeau a dû être anticipée par des mesures simples : nettoyage, paillage, aération... D'après les études conduites par l'Institut de l'Elevage, un des principaux facteurs de risques des mammites dites « d'environnement » correspond au niveau de contaminations des litières par certains germes comme les coliformes et les streptocoques. Pour se multiplier, ces différentes bactéries ont besoin d'air, de températures optimales (37° à 40°C) et d'humidité. Ces conditions se retrouvent fréquemment dans les aires paillées des stabulations et sont favorisées par un paillage accru ou des durées d'accumulation des litières trop importantes.
Pour contenir le niveau de contamination, il faut maintenir la température à des valeurs inférieures à 30°C en surface des litières soit 40°C à 10 cm de profondeur. Un simple thermomètre à sonde permet de mesurer ces données et d'optimiser ainsi les apports de paille et la fréquence du curage. L'hygiène de couchage est un facteur clef de la qualité du lait, comme l'a montré une étude réalisée dans les Pays-de-la-Loire par les chercheurs de l'Ecole vétérinaire de Nantes. Un paillage insuffisant peut multiplier les risques de mammite par deux ou trois ! Il faut donc utiliser de la paille de bonne qualité, pailler régulièrement et en quantité suffisante (6 kg de paille par jour et par vache). Le saupoudrage avec du superphosphate permet de réduire la charge bactérienne de la litière.


Préparer la flore ruminale


Rentrée en étable rime aussi avec transition alimentaire. L'été bien arrosé a permis de constituer des stocks de fourrage importants en volume, tant en foins qu'en maïs ensilage. La flore du rumen devra bien s'adapter, sous peine de désordres métaboliques, à une ration à base de fourrages conservés (foin, ensilages...), relativement pauvres en eau par rapport à l'alimentation herbagère de l'automne. C'est d'autant plus crucial que dans nombre de situations, la rentrée à l'étable coïncide avec les mises-bas et donc les débuts de lactations. Cette adaptation sera facilitée, si c'est possible, par une transition en douceur, avec des plages de pâturage dans les parcelles accessibles à la faveur des derniers beaux jours de l'automne, de manière à ne pas déstabiliser trop brutalement la flore du rumen. Dans le cas contraire, la digestion serait moins efficace et les performances de production seraient affectées. De plus, les désordres métaboliques ont souvent une incidence sur la fertilité des animaux. Il faudra donc veiller à respecter des périodes de transition alimentaire lors du passage d'une ration à base d'herbe associée à l'ensilage d'herbe à une ration à base d'ensilage de maïs. L'apport trop important de maïs, sans transition, peut entraîner une acidose et les problèmes suivants : chute d'appétit, chute de production, voire acétonémie, déplacement de la caillette, retard d'involution utérine... La transition doit se faire idéalement sur deux semaines avec un apport de tampon, ou à défaut, du bicarbonate de sodium (attention carbonate de calcium = calcium uniquement). On peut ainsi parvenir à une ration de base de fourrage classiquement composée de 2/3 de maïs d'ensilage et d'1/3 d'herbe (en kg de matière sèche). La bonne rumination des animaux et l'aspect des bouses (pas trop liquides et avec peu de grains) sont des signes de la bonne qualité de l'alimentation, au même titre que les critères de production : quantité de lait, taux protéiques et butyreux satisfaisants.

 


La rentrée à l'étable constitue aussi un moment favorable pour contrôler la santé des animaux et réaliser les traitements nécessaires. Car après une saison de pâture, les ruminants hébergent des parasites dans l'intestin et des larves en vie ralentie dans la paroi de la caillette. Un traitement automnal pourra également couvrir les parasites externes de l'hiver. Il prendra le relais du traitement réalisé au printemps.


AC