Publié le 11/02/2016 à 00:00 / Jura Agricole

Elevage allaitant

L'efficacité économique de l'élevage allaitant est foncièrement liée aux résultats de reproduction. De nombreux facteurs sont de nature à favoriser la fécondité des femelles, en particulier l'alimentation au cours des deux mois qui précèdent le vêlage et des deux mois suivants.

Reproduction :  mettre toutes les chances de son côté

L'analyse des résultats technico-économiques des élevages allaitants participant au programme de contrôle de performance « bovins croissance » fait apparaître d'importantes disparités d'une exploitation à une autre. Ainsi, pour le quart des élevages les plus performants en matière de reproduction, on compte en moyenne six veaux de plus par an, avec quatre vaches en moins ! (données 2013, 3 662 élevages suivis). «Cette différence s'explique notamment par un intervalle vêlage – vêlage plus réduit, une moindre mortalité des veaux et une politique de réforme plus stricte des animaux improductifs. Le diagnostic précoce de gestation est un facteur de progrès très important.», analyse Christophe Lecomte, directeur de France Conseil Élevage.


Marges de progrès


Le groupage des vêlage permet aussi de progresser à la fois sur l'intervalle entre vêlages, la mortalité et les performances de croissance : «On observe un gain de GMQ de 129 g/jour dans les élevages qui groupent 90 % des vêlages par rapport à ceux qui en groupent moins de 60 %. Cela se traduit par un produit supplémentaire de 3 100 € sur une année, à l'échelle d'un troupeau charolais de 65 mères, sans parler des autres gains (2 250 € par l'abaissement de la mortalité de trois points et demi et 1 020 € en gagnant 17 jours sur l'IVV), ainsi qu'en termes de temps de travail (-30%).»
Premier axe de travail, lutter contre l'infécondité du troupeau. Pour cela, il faut vérifier si elle est le fait de l'ensemble des vaches ou si elle découle d'une situation hétérogène. Cela passe par l'identification des femelles pénalisant la fécondité globale du troupeau et la recherche de leurs caractéristiques communes. La période du vêlage peut les singulariser par rapport aux autres : si les vaches à mauvaise fécondité ont mis bas, en général après la date moyenne du lot considéré, les causes sont plus vraisemblablement pathologiques (infertilité). En revanche si elles ont vêlé tôt, les causes les plus probables sont zootechniques : mise à la reproduction des premières vêlées tardive par rapport au vêlage, déficits alimentaires prolongés à la fin de la gestation ou au début de la lactation.


Observation et réactivité


Dans un deuxième temps, l'objectif est de faire le constat d'infécondité au moment même de la dégradation des performances de reproduction, c'est à dire lorsque l'on s'aperçoit que moins de vaches risquent d'être fécondées dans les délais souhaitables. Cela passe à la fois par une observation rigoureuse et attentive des manifestations d'infécondité et par une grande réactivité de l'éleveur. L'appréciation de l'état d'engraissement aux différents stades physiologiques de la vache, l'observation des chaleurs, la détection de toute anomalie, une attention toute particulière au taureau lors de monte naturelle... constituent les éléments de base permettant une gestion adéquate de la reproduction du troupeau. Le premier élément de réussite incontournable s'avère donc être la qualité du suivi quotidien de l'éleveur que rien ne peut remplacer. Les enregistrements, bilans et analyses permettent de préciser les facteurs de risques propres à chaque troupeau et aident à orienter l'observation mais ne sont que postérieurs aux événements.
Second axe, une réaction rapide et adéquate : lors de détection d'un facteur de déséquilibre (problèmes alimentaires, difficultés au vêlage, retours en chaleurs...), l'action corrective demande à être rapide sous peine de détérioration des performances de reproduction. Plus l'action corrective sera longue à être mise en place, moins son efficacité sera rapide.


Soigner l'alimentation autour du vêlage


Dans l'approche de l'alimentation de la vache allaitante, deux éléments complémentaires sont à prendre en considération. Le premier est général. Il concerne le délai d'action de toute modification alimentaire. Globalement, un délai de deux mois est à prendre en compte entre l'apport ou le retrait d'un nutriment et son plein effet sur l'animal. Toute complémentation ne sera donc pleinement active que deux mois plus tard, l'impact de toute carence ne sera visible totalement qu'après le même délai. Cela implique également qu'un apport spécifique aux périodes où les besoins sont supérieurs devra débuter deux mois avant. Le deuxième est inhérent à la vache allaitante. Sa période de forts besoins se situe en fin de gestation et début de lactation (pour permettre une lactation suffisante et une fertilité correcte). La conjonction de ces deux éléments détermine la période où il faudra concentrer le suivi de l'alimentation de la vache allaitante, à savoir de deux mois avant à deux mois après le vêlage.
Étant donné l'évolution des périodes de vêlages dans certains élevages, cela demande une adaptation de l'alimentation en fonction de ces modifications en prenant en compte les particularités de saison : composition de la ration en matière de taux de matière sèche et de fibres, de densité et de type d'énergie ou d'azote, d'apports de macroéléments ou d'oligoéléments... Les vaches allaitantes ont des besoins en minéraux majeurs relativement limités. Quelle que soit la qualité de l'herbe et qu'il s'agisse de prairie naturelle ou temporaire, les teneurs en P et Ca sont suffisantes pour une vache allaitante. Il n'y a donc pas à se préoccuper de complémentation phosphocalcique au pâturage. Parmi les fourrages, de nombreuses graminées conduisent à des apports insuffisants, la situation étant un peu meilleure pour les fourrages issus de prairies permanentes. Les légumineuses sont mieux pourvues en calcium, phosphore et magnésium. Par contre, pour le sodium (sel), la complémentation est nécessaire pour tous les bovins, toute l'année. Pour les oligoéléments, le risque de carence est élevé dans la plupart des situations, une complémentation est donc nécessaire. Il faut aussi tenir compte d'un élément qui interfère sur le métabolisme : les infestations parasitaires, en particulier, la fasciolose (grande douve), en cas de pâturage sur des prairies humides à l'automne.


Contrôler l'involution utérine


Il est nécessaire, avant la mise à la reproduction (un mois à un mois et demi après le vêlage) de faire un contrôle de l'utérus, notamment de son involution, sur les vaches ayant eu un vêlage difficile ou une pathologie post-partum. Les catégories de vaches à contrôler seront modulées en fonction de l'analyse du bilan de reproduction. Ce contrôle a pour but de détecter et de traiter suffisamment tôt les endométrites et simultanément de vérifier l'activité ovarienne. Il est conseillé l'intervention systématique, les pathologies utérines post-partum étant partiellement détectées par l'éleveur. Le contrôle, réalisé par un vétérinaire, se pratique en une à deux interventions regroupant les femelles en fonction de leur date de vêlage.


AC