Publié le 24/02/2016 à 00:00 / Jura Agricole

FDSEA DU JURA

En pleine tourmente agricole, les adhérents de la FDSEA du Jura a pu échanger avec Xavier Beulin, président de la FNSEA, venu à Dole le 19 février, à l'occasion de la 71ème assemblée générale du syndicat jurassien.

Xavier Beulin veut un engagement fort

 

Avec la crise actuelle, 2016 s'annonce difficile pour un grand nombre de filières agricoles. Des manifestations de colère secouent la France depuis plusieurs semaines. Les agriculteurs protestent contre la chute des prix de leurs productions. A Dole, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a d'abord voulu évoquer cette situation. «Face à la colère et au désarroi des agriculteurs en difficultés, le marqueur principal des prochaines semaines sera la remontée des prix», prévient le représentant national. Il pointe au passage une lacune de la profession agricole : le manque de statut réel de l'agriculteur, du moins pour ceux qui ne sont pas en sociétés. «Les difficultés actuelles ne laissent pas d'autres solutions pour certains agriculteurs que le dépôt de bilan, ce qui est grave en agriculture. Parfois tout y passe, y compris les biens personnels. Des cellules existent dans les départements pour les agriculteurs en difficultés, il est de notre devoir de les accompagner

 

Une Europe qui régule les marchés


Xavier Beulin a rappelé les sujets sur lesquels la FNSEA et JA sont en négociation et en action. «L'ambiance générale que nous traversons depuis un an est le reflet d'une crise profonde et durable. De nombreux équilibres sont remis en cause sur lesquels nous devons agir.». Et de situer les différents niveaux de responsabilités.
«Premièrement l'Europe, qui est bancale et qui n'assume plus son rôle historique d'orientation et d'amortisseur de crise, le marché devant être le seul régulateur. Or cela ne marche pas. Nous en avons l'exemple avec la fin des quotas. Au niveau communautaire la pression est forte. Au titre des mécanismes d'amortisseurs de crise, nous avons demandé pour la production laitière le relèvement du prix d'intervention. Nous demandons aussi que l'Europe puisse réutiliser le mécanisme de restitution par une aide à l'export.». Une Europe qui régule le marché et le niveau de prix à l'intérieur de ses frontières ne fait pas l'unanimité parmi les États membres. La visite du commissaire européen Phil Hogan le 25 février à Paris sera peut-être l'occasion d'annoncer de nouvelles mesures sur la régulation de la production. Il est aussi question d'un plan de stockage européen pour désengorger le marché du porc et du lait.
«Si on fait du stockage privé par exemple pour le porc, on repousse seulement la crise. Le mieux serait un vide sanitaire général de quelques semaines dans tous les pays gros producteurs», estime Xavier Beulin.
La FNSEA demande aussi à l'Europe une information claire sur l'origine des produits. «Il faudrait rendre possible l'étiquetage de tous nos produits, notamment les produits transformés. En France nous avons des coûts de revient qui sont plus importants, nous nous exposons à des importations de produits européens. Il ne s'agit pas de nous barricader derrière nos frontières mais de donner une information, le consommateur fera le choix
Troisième demande faite à Bruxelles : sortir enfin de l'embargo russe. « L'agriculture et l'alimentation sont les seuls secteurs impactés par la rétorsion de la Russie. Les effets vont se resentir à long terme. Il est facile de perdre un marché en un jour, le regagner prendra plus de temps. Nous devons être pugnaces pour demander à l'Europe de véritables compensations sur les conséquences de cet embargo. »

 

Diminution de 10 % des cotisations sociales


La FNSEA et les JA ont été reçu par le Premier ministre le mercredi 17 février. Après cette rencontre, Manuel Valls a fait plusieurs annonces. L'année blanche bancaire obtenue pour 2015 pourra être prorogée jusqu'au 30 juin 2016. «Nous considérons que l'année blanche bancaire est un point très important. Nous avons demandé que le mode de calcul soit simple afin que tous les agriculteurs en difficulté puissent y accéder. A chacun de trouver avec son banquier quel est le meilleur usage de cette année blanche.»
Le Premier ministre a aussi annoncé mercredi une année blanche concernant les charges sociales pour les exploitants ayant dégagé un revenu faible ou nul, une mesure automatique et reconductible pendant 3 ans. « Cela peut redonner un peu de trésorerie aux exploitations. » La FNSEA et JA ont également obtenu une baisse des charges sociales de 10 points. «Cette mesure était attendue, on l'a ! Elle permettra aux agriculteurs français de revenir dans une moyenne qui nous rapproche de la moyenne européenne. Je veux saluer la détermination du Premier ministre. Le décret va sortir dans quelques jours. C'est une mesure historique. On me dit : '' il n'y a plus de revenu, cela aura peu d'impact ''. Oui mais nous travaillons aussi à long terme. Rapportée sur 10 ans, c'est 8 milliards d'euros de compétitivité que l'agriculture va gagner et qui vont encourager la modernisation, l'investissement...» .

 

Construction des prix

 

Le contexte mondial a un impact sur les prix agricoles. La forte récession dans les pays émergents, les conflits dans le pourtour méditerranéen et le cours des matières premières agricoles corrélé au pétrole se ressentent sur les équilibres en matière d'exportation. «Ce contexte est une situation à haut risque qui n'explique pas tout.» Le président de la FNSEA rappelle que les négociations de prix entre distributeurs et industriels ont mis le feu aux campagnes. «Trop souvent les agriculteurs sont la variable d'ajustement de ces négociations. Cela devient insupportable
Les négociations sont en cours. Elles devraient se clôturer le 29 février au soir. «Elles ont démarré d'entrée sur une base de -5 à -9% sur tous les produits. Cela montre que cette guerre des prix est suicidaire. On est en train de détruire en amont le potentiel de production agricole. Notre démarche est de maintenir la pression sur les centrales d'achat et les enseignes pour leur faire comprendre que rien ne justifie une baisse de prix.»
La FNSEA demande que les négociations commerciales prennent en compte le coût de revient de la production, et que ce coût soit indiqué dans les contrats.
Construire le revenu passe aussi par tout le volet amont. «Il faut vraiment qu'on travaille sur le volet charges, en plus du volet normatif et social», ajoute Xavier Beulin.

Les annonces du gouvernement français visaient à calmer la colère des agriculteurs. Les attentes se focalisent maintenant sur deux points : les négociations commerciales avec la grande distribution et les décisions de la commission européenne concernant la régulation des marchés et l'embargo russe. Verdict début mars.

 

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Un comité des normes à parité

Les normes et les réglementations sont aussi dans la ligne de mire du syndicat FNSEA. «On en peut plus de tous ces comités 'grenelliens' dans lesquels siègent deux à quatre fois plus de représentants associatifs que d'agriculteurs. C'est terminé. Un comité paritaire des normes et réglementations devrait voir le jour au niveau national, coordonné par un préfet qui a un peu de bouteille. Je constate depuis un certain temps un sacré delta entre la haute administration et ceux qui sont en charge de l'appliquer sur le terrain. Au moins nous aurons l'assurance de travailler à parité. D'autres avancées sont en cours sur un certain nombre de dossiers comme Ecophyto, les installations classées, le stockage de l'eau.... La première réunion est programmée juste après le SIA.», a également précisé Xavier Beulin.