Publié le 26/04/2016 à 00:00 / Jura Agricole

VILLARD-SAINT-SAUVEUR

Confrontée à de récurents problèmes sanitaires et à la baisse de la production, la filière bleu de Gex se mobilise et met en place un nouveau plan d'action.

Un plan pour sauver le bleu de Gex

Le bilan des volumes de bleu de Gex est à la baisse, pour la deuxième année consécutive, avec des ventes situées à nouveau sous la barre des 500 tonnes. Alain Monnet, le président du syndicat interprofessionnel de défense du bleu de Gex est tout de suite entré dans le vif du sujet lors de l'assemblée générale qui s'est tenu en salle des fêtes de Montbrillant, à Villards-Saint-Sauveur. Et il a même tiré la sonnette d'alarme en dénonçant une certaine forme de passivité : «L'augmentation des ventes n'est pas une fin en soi . Mais notre AOP doit contribuer au développement harmonieux des élevages et des ateliers de fabrication de notre territoire. Nous sommes inquiets pour la pérennité de certains élevages producteurs de lait à bleu de Gex, nous craignons de perdre des fromageries dans un contexte pourtant porteur pour les AOP régionales. Nous sommes inquiets quand les acteurs de notre AOP ne montrent plus de volonté d'investir, bref, nous sommes inquiets quand nous observons une certains passivité.

 

Un passeport lait cru


Et le président d'analyser les sources de ces difficultés. La recrudescence des problèmes sanitaires tout d'abord qui a marqué la campagne 2015, touchant les filières AOP du Massif du Jura. « Des fromageries souffrent durablement à cause de la charge financière et psychologique que représente la gestion des alertes, malgré le soutien très important que les structures régionales leur apportent. Des moyens d'intervention et des actions correctives ont été développés, mais toujours avec la sensation de « courir au feu » et de ne pas pouvoir investir suffisamment dans la prévention.... ». Ces moyens seront renforcés dans le cadre d'un plan d'action qui prévoit des réunions de sensibilisation des producteurs, une meilleure concertation avec les vétérinaires et un vrai système de contrôle des bonnes pratiques d'hygiène. Une sorte de « passeport lait cru » pour les exploitations et les fromageries.
Pour pérenniser la convention d'appui technique qui est reconduite chaque année avec le CTFC, le syndicat bénéficiât du soutien financier de la Région Franche-Comté qui avait pris le relais de l'Etat et des départements de l'Ain et du Jura. Alain Monnet espère que la nouvelle grande région BFC continuera dans cette voie qui permettra de conserver les deux techniciens dont les compétences et l'expertise sont la première garantie à la qualité du bleu de Gex et à la pérennité du nouveau plan d'action.

 

Paysages et qualité du produit


L'influence des pratiques agricoles sur la biodiversité est un sujet qui a ensuite été largement évoqué au travers de l'intervention de Pascal Berion, Maître de conférences à l'Université de Franche-Comté et au laboratoire CNRS ThéMA. Pour lui, «le paysage est quelque chose d'extrêmement dynamique et les pratiques agricoles se lisent sur ces paysages. Elles contribuent à l'image d'un lieu qui est également associée à la perception organoleptique d'un produit.» L'objectif de la méthode Biotex qu'il a conduite sur le secteur de la coopérative de Vernierfontaine, dans le Doubs, et qu'il a menée avec quatre étudiants de master géographie, était de voir si, sur ce secteur, la relation était « harmonieuse » et de quelle manière les pratiques agricoles participaient à la qualité finale des produits.
Cette méthode sera appliquée sur quatre nouveaux territoires dont celui de l'AOP bleu de Gex. Les pratiques agricoles sont étudiées en lien avec les éléments du paysage, pour mieux déterminer leur influence sur la biodiversité dite ordinaire.
Les différentes phases de Biotex ont été présentées. Elles seront ensuite expliqués directement aux éleveurs lors de réunions. Dans le courant du mois de mai, une enquête sera menée dans chaque ferme. Les producteurs auront à répondre à un questionnaire sur leurs pratiques et leur gestion des différents éléments paysagers. Et les résultats seront restitués au cours d'une dernière réunion qui sera programmée à l'automne.

 

Michel Ravet