Publié le 15/06/2016 à 00:00 / Jura Agricole

POLIGNY

La réussite de la filière comté fait des envieux... Ce qui, à terme, risquerait de fragiliser le succès du produit. Aussi, entre la poursuite du travail dans cette voie de l'excellence et les perspectives d'un avenir moins brillant, les responsables du CIGC veulent rester attentifs et réfléchir aux enjeux de demain.

Entre excellence et prudence...

En organisant une assemblée générale « d'un nouveau style », dans l'enceinte du lycée Friant à Poligny, Claude Vermot-Desroches, le président, a voulu montrer la volonté d'une interprofession jusque là assez cloisonnée, de s'ouvrir à tous ses partenaires. A tous ceux qui naturellement sont associés à la réussite de ce produit d'excellence qu'est le comté.

Un assemblée frappée également du sceau de la lucidité. Pas question de se laisser griser par les seules sirènes du succès. Le président, le conseil d'administration et toute l'équipe se veulent transparents et attentifs « aux signaux faibles de ce qui pourrait se passer demain... ». Ils le disent.
Claude Favrichon, le nouveau Draaf de Bourgogne Franche-Comté, le remarque : « Je découvre une interprofession exemplaire. Vous mettez tout sur la table, autour d'un produit, pour trouver des équilibres de l'amont à l'aval... Vous engagez des réflexions sur l'avenir, sur l'évolution de votre cahier des charges et les enjeux dus à l'arrivée et à l'évolution de nouvelles technologies... »

 

Jouer collectif


Après la présentation du travail réalisé par les différentes commissions, Claude Vermot-Desroches a salué « le formidable élan de réalisme autour de la mise en place de la limitation individuelle de productivité. Considérée encore par quelques-uns comme archaïque et usine à gaz par d'autres, elle permet d'exprimer une vraie position de la production laitière de l'AOP comté... » Et de rappeler, dans le prolongement du rendez-vous de Vercel, que « le comté est une affaire collective. Je le répète, celui qui veut s'affranchir des règles et du travail collectif n'a pas sa place dans la filière ?.. ». Et à ceux qui seraient tentés d'en douter, un avertissement est lancé par Dominique Chauvin : « Nous avons eu 4 suspensions ou suppressions d'habilitation l'année dernière. Une vingtaine d'exploitations seront concernées en 2016. La machine est en route. La filière fera le maximum pour que tous les critères du cahier des charges soient appliqués ! »

 

Plan de maîtrise et cahier des charges


La filière comté apparaît comme un monde à part. Et dans un contexte marqué par les copies, exigences sociétales, dénonciation sur l'environnement, concurrence avec les autres produits, protections de pays à l'export, initiatives des concurrents pour proposer autre chose... la filière se sent « attaquée de tous côtés ». Les derniers conseils d'administration le montrent. Les discussions sur les copies, plan de régulation de l'offre et cahier des charges reviennent régulièrement sur la table...
« Pour le premier, explique le président, notre énergie doit porter sur le long terme en s'assurant que cette politique ne soit pas affaiblie à l'occasion de la révision de la Pac. Nous l'avons bien observé en 2009 lorsque nous avions demandé aux grandes filières de travailler sur le sujet, nous ne nous sommes retrouvés que quelques-uns au CNAOL alors que l'idée aurait pu être portée par toutes les filières. Mais soyons réalistes, à l'image de la régulation du lait européenne, cela n'intéresse que peu de personne, chacun espérant être celui qui résistera le mieux aux prix très bas. Nous devons déjà y réfléchir. »
Et de poursuivre : « Plus près de nous, nous devons continuer la réflexion. Nous connaissons désormais notre territoire, son potentiel, notre cohabitation avec les autres AOP et IGP régionales. Nous avons un désir fort de maintenir nos ateliers artisanaux. Nous devrons élaborer les règles pour permettre une répartition des droits à produire comté en prenant tout ceci en compte. Cela va donc susciter beaucoup d'énergie mais je sais que vous en disposez... »
Selon lui, des questions seront à approfondir : « Est-ce que nous devons répondre à tous les marchés ? Est-ce que nous devons descendre au niveau des marchés des copies ? Est-ce qu'il faut écouter cette pression des producteurs seulement préoccupés par l'augmentation de leur volume de lait . Quels sont les risques, la banalisation de la produit ton laitière ou l'industrialisation des petits ateliers ? Les questions ne manquent pas... Nous devons tous solennellement nous engager dans cet énorme travail, nous n'avons pas le choix ! »

 

M.R.