Publié le 13/12/2016 à 00:00 / Jura Agricole

LONS-LE-SAUNIER

Les caisses sont vides, les cours sont au plus bas et la colère gronde dans les campagnes. Réunie en session et confrontée à la régionalisation, la chambre d'agriculture du Jura fera tout son possible pour soutenir et accompagner ses mandants.

« Tout faire pour passer le cap ! »

La chambre d'agriculture du Jura a voté son budget lors de sa dernière session 2016 qui s'est tenue à la Maison des agriculteurs à Lons-le-Saunier. Un document initial qui, certes, a été construit sur plusieurs hypothèses. Ce budget ne tient pas compte du report de l'application de la baisse de 2% de la dotation TFNB, ni des baisses de cotisations qui y seraient liées. La masse salariale baisse et la baisse d'effectifs est liée à la régionalisation des fonctions supports avec la chambre régionale. Une régionalisation qui n'est qu'en partie prise en compte puisque tous ses contours et ses impacts ne sont pas encore connus. Malgré cela, le volume des recettes en convention n'est qu'en légère baisse (47 000 euros). Quant aux investissements, ils seront limités à des investissements reportés de 2016 : réparation des toitures et aménagements de locaux... pour lesquels un emprunt sera programmé.

Ce budget prend en compte la totalité du périmètre de fonctionnement et des compétences de la chambre d'agriculture. Et, conséquence de lois récentes, c'est le dernier qui sera établi ainsi !
Dominique Chalumeaux, le président de la chambre l'a dit clairement dans son propos d'actualité. Tout en précisant que, « en cette période de flottement en eaux troubles », il y aura aussi des conséquences qui ne sont pas que pécunaires. Et de la maîtrise des évolutions en terme de d'organisation et de fonctionnement, dépendra également la capacité d'intervention de la chambre auprès d'agriculteurs, de filières et de territoires particulièrement fragilisés en 2016.

 

Annus horribilis


La situation de l'agriculture se détériore de journée jour. Le président le martèle. Et le montre dans son tour d'horizon des différentes filières jurassiennes. Tous les élus et responsables professionnels qui prendront ensuite la parole lui feront écho. Et, cerise sur un gâteau bien amer, les deux projets de révision des deux zonages prennent des allures de provocation pour les agriculteurs jurassiens. Plus que de l'émoi, c'est de la colère que suscite, dans les territoires concernés, l'application « aveugle et incompréhensible » de directives européennes dont sont sérieusement mis en doute les critères de classement ou de déclassement.
Après une année 2015 déjà difficile et malgré des trésoreries exsangues, la profession ne baisse pas les bras : pression sur les clients pour une remontée des cours, actions pour réduire les coûts de production et mobilisation pour trouver des solutions financières à court et à moyen terme... La chambre d'agriculture donne l'exemple menant différentes actions avec ses partenaires . Car, comme l'explique Dominique Chalumeaux à propos des aides et des soutiens, « les agriculteurs ont besoin d'être accompagnés, d'être rassurés, de comprendreboù en estcla situation de leurs paiements 2015 et 2016. Et ces demandes sont de plus en plus nombreuses... Tout ce qui pourra être fait, permettant de passer ce cap, sera fait ! »

 

M.R.

 

 

Ils ont dit...

 
Le point sur la régionalisation des chambres d'agriculture est devenu une question récurente lors des sessions de la chambre départementale du Jura. Et le président Dominique Chalumeaux, s'y prête à chaque fois de bonne grâce, tant il considère que cette régionalisation « est un événement maturant dans l'histoire de notre réseau ». Une date est avancée. Celle du 15 mai 2017 qui verra la mutualisation avec certains services support de la chambre régionale, de la gestion des systèmes d'information.
Président de la section des anciens exploitants de la FDSEA, Jacques Chalumeaux a fait le point sur la réactualisation des retraites et sur la participation des actifs au financement des retraites via la complémentaire. Il a également rappelé le rôle de l'Afdi et l'importance de la subvention qui lui est accordée...
Frédéric Perrot a souligné l'urgence de trouver des solutions pour des exploitations de certaines zones qui sont en train de disparaître par manque de trésorerie. Il souhaite que chaque organisation « mette le pied à l'étrier » et salue déjà la baisse de 7 et 3 points de MSA pour toutes les exploitations du Jura.
Sur le dossier des zones défavorisées, il mesure « l'impact du phénomène cumulatif sur tous ces zonages, les effets de cette complexité. Chaque fois, on prend un cran supplémentaire et on ne revient jamais en arrière... Et nous sommes totalement démunis face aux situations de détresse humaine que nous rencontrons... »
Sur l'extension de la zone vulnérable, le président de la FDSEA constate que le Jura est le département qui s'est fait le plus massacré en terme de perte de communes. « L'Inra a déconné à 200 à l'heure en travaillant sur des chiffres de 2011 et en provoquant ainsi des incompréhensions sur le terrain... ». Propos repris par Dominique Chalumeaux qui parle de « remise en cause forte de la fiabilité des données qui ont servi pour établir ces cartes. Nous allons prendre une nouvelle sanction et nous n'avons même pas la possibilité de nous défendre sur ce dossier pipé d'avance »
Cette lassitude, Nicolas Saive, le président de jeunes Agriculteurs, la ressent jusque dans les rangs des JA « où on rencontre des gens qui baissent les bras ! Si on ajoute une nouvelle couche, on arrivera à un moment où ce ne sera plus possible de continuer ! »
Le sénateur Gérard Bailly partage ces soucis et attend la sortie de la nouvelle carte zones vulnérables. Il souhaite par ailleurs que « plus de moyens soient affectés à la recherche pour aller vite et trouver des moyens de substitution à l'utilisation des phytos... »
Jean-Marie Sermier, le député-maire de Dole en appelle à une « solidarité de très grande proximité ». Il fustige la pensée unique « qui nous explique ce qu'il faut qu'on fasse, depuis Paris » et milite pour « l'application de la loi, mais dans l'esprit de la loi ». Pour le classement en zones vulnérables ; il est surpris de voir que des communes du Nord Jura et du Finage soient classées dans cette liste alors que leurs analyses en nitrates sont bonnes !
Le sénateur Gilbert Barbier évoque « une rivalité entre la Région et les Départements qui n'est pas saine. Des bricolages se font dans tous les secteurs pour combler ici ce qui ne se fait pas ailleurs... Nous avons besoin d'un plan pour l'agriculture française, avec une vision stratégique et la définition d'un cap ! »
Alain Mathieu, le président de la fédération des coopératives laitières du Jura, partage toutes ces analyses. Mais il met aussi en garde quand on évoque la « bonne santé » de la filière comté : « Ce n'est pas un refus de solidarité, mais nous devons avoir conscience que l'affaiblissement de cette filière serait aussi une catastrophe pour le département... » Et d'en appeler à la prudence dans la gestion des exploitations ainsi qu'à un engagement dans les différentes structures.
Clément Pernot a apporté une note un peu plus humoristique et réjouissante en parlant de « l'union libre entre le conseil départemental et le monde agricole... Nous sommes mariés sous le régime de la loi Notre... mais ce n'est pas la mienne tant elle génère de déstructuration de la vie de nos territoires, de conflits entre les uns et les autres. ». Le président du conseil départemental a envie d'entretenir encore des relations amoureuses avec ses agriculteurs. C'est pourquoi il assure que, même si le budget 2017 n'est pas encore voté, « le plan agriculture sera reconduit dans les mêmes volumes financiers qu'en 2016. »
Pour sa première intervention devant l'assemblée consulaire, Richard Vignon, le nouveau préfet du Jura, s'est dit « convaincu et mobilisé » sur des sujets comme les zones nitrates. Venant d'un département comme le Cantal, il n'a pas été étranger à ce genre de difficultés que peuvent rencontrer les éleveurs. Pour lui « des éléments complémentaires, une expertise, devront être pris en compte. Des éléments scientifiques nécessaires pour éviter ce classement... ». La problématique des zones défavorisées simples lui est certes moins familière. Il la découvre. Et déjà il réfléchit à la manière d'intégrer les zones inondables dans les critères d'appréciation et de « sortir les surfaces viticoles des communes... »