Publié le 22/03/2017 à 00:00 / Jura Agricole

POLIGNY

Les réunions de secteur organisée par le CIGC ont permis d'évoquer de nombreuses questions. L'état de santé de la filière, les stratégies à mettre en place pour rester « inimitable », les discussions sur la révision du cahier des charges de l'AOP. Tour d'horizon lors de la réunion de Poligny...

 Le comté, les producteurs en parlent...

A Poligny, le CIGC a convié les producteurs laitiers du Bas Jura et du Sud du Doubs à l'une de ses traditionnelles réunions de secteur. L'occasion de faire le point sur de nombreux sujets. Et tout d'abord l'état de santé de cette filière comté.

Valéry Elisséeff, le directeur du CIGC dresse un bilan et souligne la stabilité des ventes sur les trois dernières années. « En valeur, c'est une augmentation de 8% pour un même volume commercialisé, ce qui montre que les affineurs ont su faire passer les hausses sur le marché... Et sur un marché à haute valeur ajoutée, plus on vend cher et plus le consommateur attend une promesse. Nous devons donc être au rendez-vous pour répondre aux attentes de ce consommateur... »
47% de ces ventes se font en meules et quarts de meules sur le réseau traditionnel (50% en valeur), 45% en portions en libre service, 4% en râpé et 4% partent pour l'industrie de transformation. En valeur, 15% des ventes se font via le réseau traditionnel et 85% en grande distribution.
Les stocks augmentent eux aussi depuis trois ans à raison d'une moyenne de 184 tonnes par mois. L'évolution des stocks de fromages de plus de six mois est intéressante car elle permet d'avoir de vieux fromages qui seront vendus plus chers.
Les fromages de moins de 6 mois représentent 38% des ventes et ceux de plus de 10 mois 34% des ventes. Dans cet univers de concurrence, chaque segment de marché est confronté à la présence de produits concurrents. « Plus on a une capacité à faire rêver, moins le prix importe... Mais quelle est notre véritable capacité ? » s'interroge le directeur du CIGC.
Eric Chevalier, de Monts et Terroirs insiste sur la nécéssité de « qualité du produit et de son image. Nous devons continuer si nous voulons fidéliser les consommateurs, car derrière nous, il y a des entreprises qui poussent ! »

 


Claude Vermot-Desroches, le président du CIGC, analyse : « C'est tout le débat sur la vision stratégique de notre avenir. Nous vous invitons à ce débat. Quelles réponses pouvons-nous apporter pour montrer que nous sommes inimitables ? Il faut que nous ayons cette prétention d'être inimitables en apportant au consommateur encore plus d'émotions ! ».
Si elle semble difficile à construire, « la vision collective » évoquée par le président se base sur « l'exemplarité par rapport à ce que le consommateur recherche... C'est autour de cette vision collective qu'il nous faut réfléchir pour consolider notre cahier des charges ».
Le terme est lâché, sans transition. Alain Mathieu, le président des coopératives laitières du Jura, est le premier à répondre. Il reconnaît la « difficulté de réfléchir sur l'avenir alors que nous sommes dans une situation de pleine réussite... » : « Mais nous évoluons dans un monde de concurrence et de prix qui nous donne l'obligation d'être au dessus ! ».
La révision du cahier des charges et bien l'enjeu des deux prochaines années pour Dominique Chauvin qui coiffe sa casquette syndicale : « C'est le moment opportun pour se poser les vraies questions d'avenir. La FDSEA et les JA ont déjà organisé quatre réunions qui permettent aux producteurs de s'exprimer sur cette révision. C'est un travail compliqué, mais un travail pour le futur car la vraie question est de savoir quelle filière nous allons transmettre à ceux qui nous succéderont ? »

 

Les dérives de l'affouragement


C'est un producteur de la zone basse qui aborde des sujets plus techniques : l'affouragement en vert en Bresse. Il dit ses craintes : « Si on nous ôtait cette sécurité, ce serait nous condamner... ». Selon sa zone, selon ses habitudes, chacun y va ensuite de son avis sur cette pratique... Claude Vermot-Desroches essaye de synthétiser ce débat sur la question des pratiques telles qu'elles ont été définies dans le cahier des charges de 2001, sur les pratiques actuelles... et sur celles à venir. Selon lui, « Le développement de cette pratique est né de la restructuration des exploitations... On doit restreindre cette pratique qui doit conserver son caractère exceptionnel... Sinon, nous nous éloignons de nos vraies valeurs ! »
Pour Alain Mathieu, l'affouragement fait partie des priorités du prochain cahier des charges : « On n'a pas encore mis en débat ce qui va faire évoluer cette pratique, ne serait-ce que par rapport au changement climatique. Le sujet est compliqué à aborder ! »

 

L'engagement coopératif


Christophe Defert, le président de la coopérative de Plasne, dit aussi son inquiétude quant à l'avenir des coopératives qui lui tiennent tant à cœur : « 75% de la filière comté est basée sur le système coopératif. C'est dire si les coops sont la colonne vertébrale de la filière ! On ne pourra pas faire grand chose sans les coopératives. Nous devons nous battre, nous démarquer sur cette base. Et nous devrons nous montrer vigilants face au risque de désengagement de sociétaires de leurs coopératives ! ».
Propos repris par Nicolas Saive, le président des JA du Jura, qui appelle enfin à « un investissement des jeunes agriculteurs dans leurs coopératives »...

 

M.R.