Publié le 10/05/2017 à 00:00 / Jura Agricole

CHASSE

Depuis 5 ans, les chasseurs du Jura mobilisent leur énergies pour défendre et faire comprendre leur activité à une société de plus en plus influencée par les lobbies anti-chasse. Aujourd'hui, ils passent à l'acte pour faire reconnaître leur compétences en matière environnementale.

Des paroles aux actes

La chasse est « assiégée » par une montée de l'écologie « dogmatique ». Cette prise de conscience n'est pas récente mais la réponse des chasseurs a évolué au fil du temps. D'abord la fédération des chasseurs du Jura a voulu communiquer davantage pour expliquer les valeurs de la chasse par le biais des journées chasse-pêche animées pour les enfants, du Dimanche à la chasse ouvert au grand public et aux élus, des soirées brame du cerf, des animations dans le cadre du temps périscolaire, de divers dépliants sur la faune sauvage, des opérations anti-collisions du gibier... Mais il fallait aussi faire barrage aux arguments des anti-chasses, de manière scientifique. L'étude proies-prédation menées sur le lynx et le loup apportera des réponses. Enfin il fallait faire reconnaître le travail réalisé par la fédération pour la gestion des espaces naturels. C'est chose faîte aujourd'hui avec la signature d'une convention pluriannuelle d'objectifs entre le conseil départemental du Jura et la fédération des chasseurs. Cette convention a été ratifiée le 29 avril dernier à Champagnole lors de l'assemblée générale de la fédération des chasseurs du Jura. « Notre fédération a fait le choix de s'inscrire dans une société pour qui la question environnementale est un sujet d'importance. Faire entendre nos convictions n'empêchent pas le dialogue. Nous assumons ce choix afin de conserver notre art de vivre pour tous et avec tous, dans un monde rural qui doit rester sous l'autorité des ruraux», explique Christian Lagalice, président de la fédération des chasseurs du Jura.

Cette convention fixe les conditions de soutien financier que le département allouera aux actions de la fédération qui répondent à la politique environnementale définie par le département.
Elle comporte sept volets :
– assurer une information mutuelle
– améliorer la connaissance de la faune et de la flore du Jura
– conserver la faune et ses habitats
– évaluer et réduire l'impact du réseau routier sur la faune et limiter l'impact de la faune sur les activités humaines
– sensibiliser les différents acteurs et publics,
– permettre une bonne santé publique et une veille sanitaire
– favoriser la collaboration entre les différents utilisateurs de la nature.

 

163 ha de milieux naturels préservés

 

Quand elle parle de développement territorial, la fédération n'en est plus aux projets mais à la mise en œuvre pratique. La fédération des chasseurs a acquis 163 ha en 2015-2016 pour la préservation des milieux naturels et la gestion des habitats faunistiques. L'acquisition la plus emblématique est celle du lac de Chambly, lac naturel en aval des cascades du Hérisson. Ce site de 95 ha acheté en partenariat avec l'Agence de l'eau, la fondation pour la protection des habitats de la faune sauvage, la fondation de Crédit agricole Pays de France et la caisse régionale de Crédit agricole permettra notamment la restauration du marais et l'aménagement des lieux avec un enjeu touristique. « Nous aurons ici une exposition grandeur nature des savoir-faire des équipes de la fédération des chasseurs », indique Christian Lagalice.
La fédération s'était déjà fait la main avec les marais de Panesière acquis en indivision entre la commune de Chatelneuf et la fondation pour la protection des habitats et de la faune sauvage. Sa gestion est assurée par la fédération des chasseurs. Des travaux d'un montant d'un peu plus de 300 000 euros ont été entrepris pour restaurer le marais et permettre à la zone humide de jouer son rôle filtre.
Quel est l'intérêt d'un tel travail pour les chasseurs du Jura ? « Pour la pratique de la chasse des 7 800 chasseurs du Jura cela ne changera rien !e Mais cela n'aura aucun effet négatif pour le portefeuille du chasseur, au contraire. Nous travaillons pour l'image de la chasse et nous valorisons le savoir-faire de nos équipes par la réalisation de travaux qui sont subventionnés. »
La fédération des chasseurs pourrait à l'avenir se positionner comme acteur du nouveau « marché » des sites de compensation environnementale. En effet la loi biodiversité du 8 août 2016 demande aux opérateurs de grands ouvrages de compenser l'impact négatif de leur projet sur l'environnement de diverses manières, directement par eux-même, ou par contrat avec un opérateur de compensation. La Fédération pourrait répondre à cette demande.

 

L'image de la chasse, les services à la société

 

La fédération des chasseurs a participé à de nombreux manifestations jurassiennes. Le salon Made in Jura du 13 au 16 octobre 2016 a eu un impact particulier. Le stand de le fédération présentait une étude sur l'impact économique et environnemental de la chasse en France. L'ensemble des actions des chasseurs sur le milieu français correspond à 70 000 emplois et 3 milliards d'euros de plus-value économique pour le pays. Une ville comme Strasbourg, qui a interdit la chasse dans ses forêt pour des raisons officielles de sécurité, se voit dans l'obligation de payer une facture de 1 millions d'euros pour réguler les dégâts de sanglier par capture en cage et abattage ainsi que la mise en place de clôtures. Les chasseurs de la Drôme ont quant à eux estimé qu'il faudrait au minimum un millier de loup pour exécuter leur plan de chasse... Une question se pose aussi : si tout le monde peut intervenir à tout moment sur le gibier qui devient nuisible par ses dégâts, l'indemnisation des dégâts doit-elle être supportée entièrement et uniquement par les chasseurs ?
« La chasse est une absolue nécessité, c'est au chasseur de faire en sorte de prélever les animaux en période de chasse et de ne pas laisser ce soin aux administrations », prévient Christian Lagalice qui se félicite par ailleurs des relations de confiance établies avec les agriculteurs et les forestiers.

 

IP

 

Dominique Chalumeaux : « Nous sommes arrivés à un niveau acceptable de dégâts, (avec peut-être une sous estimation sur prairies par non déclaration). Nous souscrivons aux actions de prévention et nous saluons l'entraide entre ACCA pour la mise en place de ces actions. Une question : faut-il poursuivre l'agrainage uniquement en maïs ? (...) Les mesures Agrifaune se développent, 11 agriculteurs se sont engagés dans le maintien de couverts d'hiver. Concernant le zonage, nous travaillons avec la fédération des chasseurs pour renaturer et non sanctuariser les espaces. Je partage votre conclusion sur l'avenir des territoires ruraux : dans un monde à 80 % citadin, à nous de nous prendre en main pour construire notre avenir. »