Publié le 15/06/2017 à 00:00 / Jura Agricole

FONCIER

La Safer BFC s'est intéressée aux acheteurs de fonciers. Entre financiarisation et financement de l'agriculture le débat est ouvert.

Des investisseurs sous contrôle

«En situation de crise financière et morale telle que la connaît notre agriculture, les techniciens Safer doivent être attentifs à l'aspect humain lorsqu'ils interviennent et alerter en cas de situation désespérées», rappelle Jean-Luc Desbrosses, président de la Safer BFC. Le drame survenu en Saône et Loire lors d'un contrôle sanitaire est encore dans tous les esprits. Les participants à l'assemblée générale de la Safer BFC réunis ce 7 juin à la salle de la Commanderie à Dole ont également parlé des difficultés des exploitations agricoles à financer l'acquisition du foncier. Le thème retenu pour cette assemblée générale "Bailleurs ou investisseurs, quels acheteurs de foncier pour quel modèle agricole ?" a ouvert le débat.

Le marché agricole en BFC n'est pas encore confronté à la financiarisation et ne fait pas l'objet de convoitises étrangères. Pourtant l'exemple des 17 000 ha vendus dans l'Indre à des investisseurs chinois a montré les limites du contrôle des structures et confirme que la question mérite d'être posée. " Il nous faut moraliser et conserver un financement vertueux de l'agriculture", estime Michel Heimann, directeur de Safer Rhônes-Alpes, venu apporter son témoignage à l'assemblée générale. La maîtrise du foncier par la Safer permet un prix moyen des terres en France de 6 000 euros/ha comparé aux 20 000 à 40 000 euros/ha de certains pays voisins. Certes un prix relativement bas du foncier facilite les reprises d'exploitation mais peut aussi attirer des investisseurs. "Veillons à ne pas être envahi par des spéculateurs et privilégions de petits porteurs et des investisseurs vertueux. La Safer doit avoir un droit de regard sur l'authenticité de ces investisseurs dans le cadre de la loi foncière", estime le représentant de Rhônes-Alpes.


Un vivier de petits investisseurs


Pour le président de la Safer BFC, la région dispose d'un vivier de petits investisseurs privés qui suffisent pour répondre à la demande. "Cette formule est plus sécurisante car ces investisseurs ont un intérêt direct à leur propriété et sont prêts à mettre à bail avec un statut du fermage protecteur, voire à investir dans le bâti s'il est en bon état." Lorsque la Safer est sollicitée par des fonds d'investissements de grandes organisations, de fonds de pensions ou d'assurances, elle les oriente en priorité vers un investissement temporaire, par exemple un achat suivi d'une mise à bail sur une durée d'un an pour faciliter l'installation d'un jeune.
L'appel à des investisseurs n'est donc pas exclue mais doit se faire sous contrôle. "Nous avons besoin d'un encadrement solide de la destination du foncier agricole, et la Safer en fait partie, avec l'appui du syndicalisme et des collectivités. Notre objectif : rester dans un modèle où l'agriculteur peut maîtriser son outil et sa production", conclut Jean-Luc Desbrosses.


IP

Ils ont dit

Pour Thierry Chalmin (FDSEA 70), le recours à des investisseurs masque une difficulté des agriculteurs à dégager un revenu suffisant pour acquérir à la fois leur outils de production et le foncier. "Il faut se soucier en priorité de la rentabilité des exploitations"
Thierry Letellier (vice-president FRSEA) se tournerait davantage vers les collectivités pour financer le foncier agricole par le biais de fermes-relais et une installation-rachat progressive. "Le foncier est un investissement rentable en comparaison du cheptel, des bâtiments et du matériel... "
Bruno Keller (syndicat propriété privée rurale BFC) : "Nous devons travailler ensemble sur deux questions : inciter les jeunes générations à devenir les investisseurs de demain et prendre conscience que pour un investisseur, un revenu de 2 à 5 euros du m2 ne suffit pas."
"Le portage temporaire du foncier par la région pourrait s'envisager", estime Sylvain Mathieu, représentant de la région et administrateur de la Safer BFC. Le choix d'un outil foncier publique régional s'est porté sur EPF 25-BFC.
Pour renforcer le lien avec les collectivités et être plus efficece sur le terrain, la Safer a signé une convention avec EPF 25 BFC qui dispose d'une compétence péri-urbaine.
Murielle Gonzales, directrice FNSafer liste les enjeux pour demain : répondre aux besoins de portage de foncier à court terme par le biais des collectivités et des politiques publiques et proposer des portages à long terme pour les agriculteurs qui veulent rester fermier en faisant appel à des investisseurs qui acceptent d'être bailleurs. "Enfin nous devons réfléchir à de nouveaux types d'investisseurs pour les portages à moyen terme, avec une possibilité (ou pas) pour l'exploitant de racheter le foncier."