Publié le 03/10/2017 à 00:00 / Jura Agricole

MIGNOVILLARD

Des producteurs allemands de la Forêt Noire sont venus à la découverte de l'agriculture jurassienne l'espace de deux jours avec au programme les visites de deux exploitations laitières, une exploitation viticole, une fruitière à comté et une cave d'affinage.

Des Allemands en visite dans le Jura

Il est 16 h 20 et le bus transportant une quarantaine d'agriculteurs d'outre Rhin débarque enfin au Gaec de la Sauge à Mignovillard où les attendent Dominique et Nathalie Chauvin. Christophe, le salarié du Gaec est sur son quad, prêt à aller chercher les vaches qui se trouvent dans une pâture à environ 1.5 kilomètre du bâtiment. Il lance « On va avoir du monde pour nous aider à la traite » avant de saluer les premiers membres du groupe. Ces derniers arrivent un peu en retard suite à leur première visite au Latet sur l'exploitation laitière de la famille Burri.

Installé dans la fourragère, Dominique Chauvin commence à présenter l'exploitation et les particularités liées à la production de comté. « L'herbe est primordiale pour la production de lait, nous avons 100 hectares autour du bâtiment pour le pâturage des laitières et des parcelles plus éloignées où se trouvent les animaux en ce moment » développe-t-il devant une assemblée attentive. Passé les questions techniques comme la production de lait par vache, le nombre vêlages des laitières, la production globale de l'exploitation ou encore le taux protéique du lait, les questions économiques arrivent vite sur la table. A l'annonce du prix du lait payé dans la filière comté, environ 0.55 €/l sur l'exploitation et 0.52 €/l en moyenne sur la filière, un membre de la délégation désireux de comprendre la réussite jurassienne et qui parle français confie « C'est incroyable pour nous un tel prix de lait ! ».
Dominique Chauvin leur explique alors que lorsqu'il s'est installé, le prix du lait industriel et AOC était le même. Le prix du lait tient à trois facteurs : un encadrement de la production pour permettre un équilibre entre l'offre et la demande du marché, une appellation avec un cahier des charges spécifiques au produit qui permet de se protéger de la volatilité des cours mondiaux, et surtout un réel partage de la valeur ajoutée permis par le travail au sein de l'interprofession où les producteurs sont très présents.
Alors que les vaches ont rejoint la salle de traite, le groupe se dirige vers le séchage en grange. L'investissement date de 2011 et les membres du Gaec ne le regrettent pas. « Ce système nous permet d'optimiser la qualité de notre fourrage et de réduire notre consommation en concentrés pour produire notre référence laitière. Cela nous permet d'être plus autonomes et de mieux valoriser notre terroir. La qualité du fourrage est primordiale dans nos systèmes herbagers. L'année 2016 qui était mauvaise nous l'a encore rappelé ». A la lumière de ses explications techniques, d'autres questions plus syndicales viennent alors à la discussion.
En effet, bon nombre des visiteurs du jour sont des membres actifs du syndicat allemand BLHV et s'interrogent sur les aides dont bénéficient les agriculteurs français. La réforme des zones défavorisées a lieu également chez eux et les inquiète beaucoup car ils pensent qu'une part importante de leur région sera déclassée.
Le travail mené par la FDSEA du Jura sur ce sujet pour maintenir un maximum des communes dans le dispositif leur a été expliqué mais la baisse des soutiens à l'agriculture semble être une inquiétude commune entre voisins européens. La rencontre s'est terminée naturellement autour du verre de l'amitié franco-allemande et sur un chant traditionnel allemand repris à l'unisson par une délégation satisfaite de sa journée en terre jurassienne.


PE Brunet