Publié le 18/10/2017 à 00:00 / Jura Agricole

Effluents d'élevage

MéthaN'H3, un projet de recherche commun à la CRA de Bretagne, Idele et la FRCuma vise à produire de l'énergie renouvelable grâce à une couverture de fosse captant le méthane du lisier.

Valoriser le méthane des fosses à lisier

La méthanisation est un processus biologique naturel de dégradation de la matière organique en absence d'oxygène qui conduit à la production de méthane. En élevage, elle apparait spontanément dans les fosses à lisier. Son efficacité dépend de la composition des lisiers, de la température des fosses et de la présence de microorganismes producteurs de méthane (méthanogènes). Le méthane est un gaz valorisable en chaudière ou co-génératrice pour produire de la chaleur et/ou de l'électricité. C'est aussi un gaz à effet de serre 28 à 36 fois plus puissant que le CO2 et qui persiste environ 12 ans dans l'atmosphère.
La couverture des fosses de type PVC et la capture du biogaz permettrait à la fois de réduire les émissions d'ammoniac et d'odeurs, et d'éviter le stockage et l'épandage des eaux de pluie. Il semble même possible aujourd'hui de valoriser le méthane naturellement produit par les lisiers durant le stockage. La température et la teneur en matière sèche du lisier constituent les deux principaux facteurs de production de méthane, comme le démontrent des essais réalisés en digesteurs pilote.
La chambre d'agriculture régionale de Bretagne (pilote du projet MéthaN'H3), Idele et la FRCuma ont sollicité l'Ademe Bretagne dans un projet de recherche commun pour accompagner cinq éleveurs de porc et de veaux de boucherie ainsi que la station veau de boucherie du Rheu. Tous les sites seront équipés d'une couverture de fosse flottante récupératrice de méthane et d'une ligne de valorisation de biogaz en chaudière. D'après les premiers calculs, il semble que la configuration actuelle de la station du Rheu (fosse enterrée, quantité, qualité et temps de séjour du lisier) permettrait la production de 4000 m³ de méthane par an soit un peu moins de 40 000 kWh correspondant à 50% du besoin énergétique annuel pour la production d'eau chaude.


Des premières estimations encourageantes


Ces premières estimations encourageantes vont être vérifiées concrètement (techniques et économiques) par l'acquisition de références pour la filière veau de boucherie à l'échéance 2020. D'autres avantages sont à considérer : contribution positive en faveur de la qualité de l'air (limiter : les pertes d'ammoniac, la dilution via l'eau de pluie et les odeurs) ainsi que la qualité agronomique du lisier. Des préconisations sur la configuration des bâtiments veau de boucherie (ex : évacuation rapide des déjections) pourraient aboutir de ce projet afin de conserver au maximum le méthane naturellement présent dans le lisier et ainsi améliorer l'autonomie énergétique en bâtiment.
Elise Lorinquer (Institut de l'Elevage) et Aurore Toudic (Chambre d'agriculture de Bretagne)