Publié le 21/03/2018 à 00:00 / Jura Agricole

PREVENTION

Le lisier n'est pas seulement un mélange de déjections animales et d'eau, c'est aussi un processus de décomposition qui libère des gaz potentiellement mortels. Quelques recommandations s'imposent.

Gaz toxiques mortels : attention au brassage de lisier

Les risques d'intoxication dus au lisier sont méconnus et sous-estimés alors que les risques sont réels.

Les bâtiments d'élevage sur caillebotis intégral, de construction récente (fosse à lisier sous les vaches) doivent répondre à des normes de volume de stockage intégrant un volume d'air suffisant entre le dessus du lisier et le sol du bâtiment.
Cependant, en fonction des plans d'épandage et des contraintes météorologiques, ce volume peut être réduit par un "sur-stock" temporaire, souvent en fin d'hiver.
C'est particulièrement à cette période que la vigilance doit être accrue !

Dans ces fosses, l'atmosphère peut renfermer des concentrations de gaz toxiques ou être dépourvue d'oxygène. L'agitation du contenu des fosses, qui est obligatoire pour une vidange correcte, entraîne la libération rapide de gaz toxiques. En effet, le sulfure d'hydrogène (H2S), le dioxyde de carbone (CO2), l'ammoniac (NH3) et le méthane (CH4) sont produits par des bactéries lors de la décomposition du lisier.

En ce qui concerne le Sulfure d'hydrogène (H2S), celui-ci étant plus lourd que l'air, il a tendance à stagner à la surface du lisier. Au fur et à mesure que le niveau augmente, la quantité de gaz s'élève également et peut se dégager au-dessus du plancher.
La période où le risque d'intoxication est le plus élevé, est celle de l'agitation des fosses qui libère alors le gaz retenu dans le liquide et l'orienter vers la stabulation.

À faible concentration, on le détecte grâce à son odeur caractéristique d'œuf pourri.
À forte concentration, le sulfure d'hydrogène cause la paralysie et la mort en quelques secondes !

Dans la majeur partie des cas, l'implantation des bâtiments d'élevage est définie en fonction des vents dominants et de l'exposition au soleil. La prise en considération de ces éléments permet une ventilation naturelle du bâtiment, souvent facilitée par des bardages qui laissent passer un certain flux d'air.

 

Quelles mesures de prévention faut-il prendre ?


• Protéger l'accès à la fosse à lisier
- Installer une clôture de sécurité et des panneaux d'avertissement « Danger - Gaz mortels » et vérifier régulièrement leur état.
- Sécuriser les ouvertures des fosses et citernes à lisier par des barres ou des trappes d'accès de sécurité (si possible à l'extérieur des locaux) pour prévenir toute entrée non autorisée. Dans tous les cas, il est nécessaire de fournir une protection temporaire adéquate si les fosses ou réservoirs n'en sont pas pourvus.

• Interdire l'accès à une fosse à lisier

Il ne faut JAMAIS entrer dans une fosse à lisier.
Même vide, il y a toujours un risque de présence de gaz et donc d'intoxication ou d'étouffement pouvant provoquer la mort.
Seules les personnes disposant d'une formation et d'un équipement approprié (EPI, équipement respiratoire) peuvent le faire.

• Prendre des précautions lors de l'agitation ou le pompage du lisier

Il faut évacuer toutes les personnes des bâtiments. On doit également évacuer les animaux des bâtiments d'élevage également concernés par ces risques.


Dans le cas contraire, un surcroît de précautions s'impose.


Dès que le mélange de lisier commence, le gaz sort rapidement en grande quantité. C'est pourquoi, avant d'agiter le contenu d'une fosse à lisier, il est impératif de sortir immédiatement du bâtiment.

Il est nécessaire d'intervenir lors d'une journée venteuse et d'assurer une ventilation maximum en ouvrant toutes les ouvertures du bâtiment. De plus, la libération de gaz est accrue lorsque la croûte est cassée ou lors de projection contre les parois murales.

Pour toute manipulation du poste de pompage ou de brassage, (démarrage, déplacement ou changement de direction d'une pompe),il est recommandé de sortir du bâtiment après la manipulation aussi longtemps que possible.
Il ne faut surtout pas rester dans le bâtiment pour vérifier que le brassage se produise correctement ! il faut sortir des locaux.
Concernant les malaxeurs automatiques, ils tournent généralement la nuit.

Utiliser des moniteurs mobiles de détection des gaz
La concentration de ces gaz dangereux se mesure à l'aide de détecteurs portatifs de gaz, parfois munis d'une alarme qui se déclenche dès la détection d'une teneur dangereuse de gaz. C'est la solution la plus sécurisante, fortement recommandée pour mesurer la concentration des gaz dans les bâtiments d'élevage lorsque des personnes opèrent à proximité de fosses et citernes à lisier.
Ces systèmes de détection de gaz ne doivent pas être utilisés comme substituts aux consignes de sécurité.

Porter des masques respiratoires
Ils ne sont pas conçus pour être utilisés lors d'opérations de brassage de lisier. Ils peuvent être appropriés s'il est nécessaire d'évacuer une personne d'un bâtiment.

En cas d'urgence
Il est impératif d'appeler les secours en précisant que les gaz de lisier peuvent être en cause. Si possible, il est recommandé d'arrêter la pompe, de ventiler et d'amener la personne à l'air frais, tout en évitant le sur-accident.
Chaque année, des victimes sont malheureusement à déplorer.