Publié le 04/04/2018 à 00:00 / Jura Agricole

VEVY

Après une phase de test menée par Groupama Grand Est sur un réseau de 15 exploitations agricoles du Doubs et du Jura, les sondes connectées Haytech affirment leur crédibilité.

Haytech, des sondes à fourrage intelligentes

Tous les ans, plus d'une centaine de feux de ferme sont dénombrés en France. Les dommages peuvent s'élever jusqu'à 400 000 euros par feu. Pour les éleveurs et les négociants stockant du fourrage, la danger de l'échauffement est présent, tout particulièrement pendant les 3 à 4 premiers mois qui suivent la coupe...

Originaire d'une famille d'agriculteurs du Jura, Nadine Pesonen, ingénieure en électronique, mariée à un Finlandais, a toujours été sensible à ce sujet de l'échauffement des fourrages. Toute petite, ses parents l'envoyaient sonder les tas de foin avec un thermomètre à plomb, pour vérifier les températures... En 2001, c'est le hangar de son frère, tout juste installé sur l'exploitation familiale qui brûle à cause de l'auto-combustion.
Ce sera un élément déclenchant pour la jeune femme qui travaille alors à trouver une solution technique pour lutter contre le fléau. Et c'est en 2014, après bien des recherches, qu'elle se lance dans le développement d'un système de thermomètres connectés qui permette de suivre la température des bottes de foin et d'alerter en cas d'élévation anormale... Le système s'adresse à tout utilisateur de fourrage mais également aux céréaliers et aux entreprises de compostage de déchets verts et de bois.
Après trois années de test, Nadine et son associé fondent la société finlandaise Quanturi et lancent la commercialisation des sondes du système Haytech. Le système a franchi quelques frontières puisqu'il est aujourd'hui distribué sur cinq pays d'Europe où il a permis d'éviter plus d'une dizaine d'incendies...
Restait à franchir les frontières françaises. Ce qui a été fait dans le cadre d'un partenariat mené avec Groupama Grand est, l'assureur bien conscient de cette problématique de l'échauffement des fourrages. Convaincu de la fiabilité de ce système, l'assureur voulait proposer à ses adhérents une solution autonome qui permette de détecter une élévation de température du fourrage et ainsi de prévenir les risques d'incendie...

 

Se rapprocher du risque zéro


Son concept, Nadine Pesonen a voulu le tester sur les départements du Doubs et du Jura, certainement les pires départements français pour tester des objets connectés. En phase de pilotage, elle s'est appuyée sur un réseau de 15 exploitations agricoles, dont le Gaec du Sauget à Vevy.
C'est là que la conceptrice des sondes connectées Haytech retrouve Marie Roy, Mickaël et Florian Pelletier, les trois associés du Gaec, pour le lancement du produit. Les premiers commentaires ne tardent pas.
Marie a été victime d'un incendie il y a trois ans et demi. Pour elle, « le risque zéro ça n'existe pas, mais s'en rapprocher c'est quand même pas mal... » Elle a tout de suite été séduite par ce système de sondes connectées. 25 sondes ont été installées en 2017 sur les bottes les plus « tendancieuses » ainsi que sur des bottes présumées « standard ». Il n'y pas eu de déclenchement d'alarme, seulement des messages d'alerte envoyés directement sur les smartphones des associés, via leur box. Ceux-ci avaient pris quelques précautions en amont en marquant les bottes suspectes au pressage puis en les sondant en les rentrant dans le bâtiment...
Mickaël précise quand même que « l'année dernière, les foins se sont faits dans de bonnes conditions... Ce qui n'avait pas été le cas les années précédentes ! ». Et Jean-Pierre Gros, le président de Groupama Jura ajoute que, pour lui, « Le système est abouti, mais on n'enlèvera rien à la technicité des agriculteurs, à leurs bonnes pratiques... Certes, on veut profiter des technologies pour aller de plus en plus vite dans le travail ! Mais il ne faut surtout pas oublier certaines règles de base... »

 

Suivre la qualité des fourrages


François Prillard, conseiller de prévention à Groupama, va plus loin : « Le système est intéressant en terme de prévention. Mais aussi, en terme de suivi de la qualité des fourrages. Le fourrage c'est la clé de voûte de l'alimentation des vaches... ». Ce que confirme Marie Roy : « Le suivi de température me permet de suivre également la qualité du fourrage. Car surveiller c'est évoluer... Et quand on connaît les incidences de la qualité du fourrage sur la production et la valorisation du lait !... »
Concrètement, les éleveurs établissent un plan de leur pile qui leur permet de localiser plus facilement leurs sondes. Puis d'écarter les bottes dont la température serait montée car un fourrage dépassant les 45 degrés perd beaucoup de sa valeur nutritionnelle... 
Pour ce qui est du stockage en vrac, Nadine Pesonen avoue qu'elle travaille « sur un plus gros modèle qui soit repérable, qui ne soit pas pris par la griffe et ne passe pas dans la mélangeuse... ». Elle est confrontée à des problèmes de transmission des ondes radio freinées par la densité du foin... Mais, vu le développement important des demandes sur le vrac, elle a bien conscience que le développement de ce nouveau modèle est un défi à relever rapidement !

 

Michel Ravet