Publié le 03/05/2018 à 00:00 / Jura Agricole

Méteils

L'utilisation de méteils et de mélanges prairiaux riches en protéines permet de se passer de tourteaux...

Un levier stratégique de l'autonomie en élevage

Depuis plusieurs années la chambre d'agriculture du Jura accompagne des producteurs bio et constate que plusieurs d'entre eux arrivent à être autonome au moins les bonnes années fourragères et souvent avec du séchage en grange.

L'utilisation de méteils et de mélanges prairiaux riches en protéines permet de se passer de tourteaux de production et les méteils sont suffisants pour couvrir en concentré un niveau de production entre 5500 et 6500 L/VL/an.
Dans ce contexte et pour favoriser le développement de ces bonnes pratiques, le 14 mars dernier, la chambre d'agriculture du Jura organisait une journée dédiée à la promotion des protéagineux au lycée agricole de Montmorot.
En plus des deux classes de BTS axe du lycée, près de 40 personnes ont répondu présent à cette journée multi partenariale.
La matinée a été consacrée aux différentes cultures de protéagineux que l'on rencontre en région. L'après-midi a permis de bien comprendre l'intérêt dans les rations en systèmes viande et lait. Des panneaux et posters présentant les itinéraires techniques de ces cultures ornaient le hall du lycée et ont pu être consultés tout au long de la journée.
Diversifier ses cultures avec des protéagineux, c'est avantageux !
Alice Dousse d'Interbio et Florian Bailly-Maitre de la CA39 qui animent chacun un réseau de fermes Dephy en grandes cultures bio et conventionnels ont démontré tout le bien fondé de l'introduction de soja ou de méteils dans les rotations culturales :
- Rentabilité économique avec en soja des charges couvertes entre 10 et15 q/ha de récolte et pour le méteil entre 15 et 25q selon le niveau investi de charges. A noter que l'enquête culture régionale conduite depuis 2011 démontre que la moyenne de rendement pluriannuel constaté pour le soja est de 22.3 q et pour le méteil de 35 q.
- Intérêt agronomique car les méteils ou le soja sont de bons précédents qui permettent de fournir de l'azote aux cultures suivantes. Par exemple une féverole pourra fournir jusqu'à 150kg d'azote/ha environ 200 jours après sa destruction.

 

Des mélanges riches en protéine, excellents pour les rations des VL


Laurent Basset du Gaec des Nomonts en bio depuis 2010 à Saint-Lamain et Pierre-Emmanuel Forest du Gaec du muguet en conventionnel à Sainte-Agnès et engagé dans une démarche collective de recherche d'autonomie à travers le GIEE Alimenterre, ont chacun pu témoigner de leurs expériences respectives.
Les deux exploitations sont situées dans la zone revermont l'une au sud et l'autre au nord de Lons-le-Saunier. Dans les deux cas, les exploitants produisent du lait destiné à être transformé en comté et ont introduit soja et méteil dans des rotations longues (5 à 8 ans) intégrant systématiquement des mélanges de prairies.
Les résultats sont là avec une autonomie protéique atteinte pour le Gaec des Nomonts et en voie d'acquisition pour le Gaec du Muguet. Les teneurs en protéine des méteils ont été mesurées et sont très intéressantes :
Pour le Gaec du muguet le méteil est à base de pois et de vesces : la valeur MAT constatée du mélange se situe entre 18 et 22% et le rendement entre 45 qx/ha en sols sains et 30 à 35 qx/ha en sols hydromorphes.

Pierre-Emmanuel Forest témoigne : « Mon objectif est la réduction d'intrants et l'autonomie. On fait des méteils depuis 2004 et petit à petit on est arrivé à supprimer les produits phytosanitaires. Notre Objectif est aussi d'arriver à un mélange qui s'affranchit des contraintes pédoclimatiques. La vesce est utilisée car très intéressante pour les protéines ; le pois protéagineux car il ne verse pas, et l'épeautre amène de la fibre (en remplacement de l'orge). Nos résultats sont là avec des mélanges en moyenne à 18 /20% de protéine pour un rendement entre 45 (sols hydromorphes) et 55 q (sols sains). En terme de maturité, on récolte dès que 80% du mélange est mur et cela sèche bien ensuite. A terme on souhaite que le méteil représente 50% de la ration sur les 6Kg de concentré distribué. Il permet de compenser les fourrages de qualité variable car on ne dispose pas de séchage sur l'exploitation.»

Pour le Gaec des Nomonts, deux types de mélange sont produits, l'un plus productif mais moins riche en protéine (méteil1) et l'autre moins productif (10q de moins/ha) mais permettant de dépasser les 20% de protéine et ainsi de contribuer à l'atteinte de l'autonomie alimentaire pour le troupeau avec 1 à1.5 kg de graine de soja en complément.

Les interventions de Florian Anselme d'Eva Jura et de Floriane Marsal d'Interbio l'après-midi n'ont fait que confirmer ces résultats :
Eva jura a fourni plusieurs analyses de différents méteils pratiqués sur le territoire et arrive en moyenne à 17.6 % de MAT (matière azotée totale) dans le mélange soit l'équivalent d'une VL 18 ou d'un mélange 75 % céréales et 25% de tourteau 40. Les féveroles sont plus riches en MAT (27%) que les pois (21% de MAT), ce qui explique que les mélanges à base de féveroles dépassent les 20% de MAT, alors que ceux avec du pois souvent enrichis de vesce sont entre 15 et 18% de MAT. Comme les rendements sont un peu supérieurs avec les mélanges à base de pois, la production de protéine / ha est relativement équivalent au final.
En conclusion Florian rappelle que l'autonomie en protéine se gagne d'abord sur une ration de base de qualité avec du fourrage récolté au stade optimum et une optimisation du pâturage : dégradation de la valeur UFL et Mat de l'herbe au-delà de 10cm. Mais il souligne aussi que les protéagineux sont intéressants car source de protéines aussi solubles que les tourteaux et permettant de bien dégrader la cellulose brute. Attention toutefois pour le soja à sa richesse en matière grasse.
Floriane présente aussi le résultat d'une simulation de ration avec ou sans protéagineux. Le coût de concentré d'une ration foin regain céréales protéagineux est plus faible en bio qu'une ration foin regain céréales et tourteau à cause du prix du tourteau en bio (environ 800 €/T).


Les résultats des essais méteils décevants en dérobé


En plaine, derrière les récoltes de début d'été, les agriculteurs implantent parfois des dérobés, soit qu' ils y sont obligés d'un point de vue réglementaire (SIE ou zone vulnérable) mais aussi parfois par choix comme piège à nitrates ou pour fournir du fourrage d'appoint pour les animaux et augmenter la sécurité fourragère de l'exploitation.
Depuis plusieurs années, Denis Chapuis de la chambre d'agriculture de Saône-et-Loire conduit des essais dérobés méteils et légumineuses fourragère au pôle laitier régional au lycée de Fontaine.
D'après les résultats d'essai, il semble que les méteils soient décevants en interculture du point de vue MAT. Par contre les mélanges RGI trèfles donnent des bons résultats même si la reprise est plus difficile pour implanter un maïs derrière. Les dérobés testés en essai montrent tout l'intérêt d'associer des trèfles au RGI : si plus de 50% de trèfle dans le mélange on arrive à obtenir un mélange à 18 % de MAT pour 1 UFL.

Utilisation des protéagineux en finition dans les rations animales en système allaitant.
On a vu qu'en système laitier, l'introduction de méteil peut permettre d'atteindre l'autonomie protéique, qu'en est-il en système allaitant ? Sarah Besombes conseillère à la CA71 et Frédéric Demeule éleveur charolais bio à Rigny-sur-Arroux sont venus apporter quelques réponses.
En système allaitant la production de broutards et de génisses grasses est le système dominant car la production de taurillons hors sol n'est pas compatible avec le cahier des charges bio. Frédéric Demeule a développé une stratégie de production de taurillons à l'herbe.

Frédéric Demeule témoigne: « La production et la valorisation de l'herbe demeure le point majeur de mon système d'élevage. L'insertion de cultures en association méteil m'a permis d'atteindre l'autonomie alimentaire sur mon exploitation et de limiter les charges. »
Pour Frédéric Demeule, la plus-value en bio est de 15 à 20 % sur les femelles. Pour les mâles, la production de bœufs est peu intéressante et il faut mieux faire un taurillon économe en cycle court même si pas de valorisation bio. Son objectif est de sortir des jeunes mâles de 450 480 kg en mai juin destination Italie quand le marché est plutôt favorable. Mais pour cela, il faut des vêlages de fin d'hiver. Ses animaux valorisent très bien les fourrages grossiers. A la mise à l'herbe il faut une bonne transition alimentaire. L'herbe permet de fournir les besoins aux animaux et les méteils permettent un engraissement en fin de cycle. Il faut complémenter modérément en hiver avant remise à l'herbe pour faire une bonne marge.

 

Frédéric Démarest