Publié le 08/09/2015 à 00:00 / Jura Agricole

FILIÈRE OLÉOPROTÉAGINEUX

Les résultats de la campagne 2015 révèlent un impératif : poursuivre deux chantiers majeurs pour la filière : celui de l’enjeu climatique et celui de l’autonomie en protéines végétales pour la France.

Deux grands chantiers stratégiques

La résistance des plantes au stress hydrique ou aux parasites et champignons révèle l'importance d'intégrer le climat et son évolution comme partie prenante de la réussite de la filière. La menace parasitaire ou fongique est directement liée aux conditions météorologiques. Terres Univia et Terres Inovia financent et réalisent des programmes de soutien à la recherche génétique dans différents domaines, en particulier ceux financés dans le cadre du plan d'investissement d'avenir (PIA). Conjointement, Terres Inovia et l'INRA mènent des efforts de R&D concernant le phénotypage au champ (couplé à la connaissance du génome de plus en plus fine) des variétés de colza et pois à Dijon et à Toulouse pour le tournesol.

 

Des travaux de recherche ciblés

 

Trois axes orientent les recherches scientifiques engagées. Le premier est celui de l'adaptation des espèces tournesol et pois à la sécheresse : programme Sunrise en tournesol, dont l'objectif est d'améliorer la production d'huile issue de la culture d'hybrides de tournesol en condition de disponibilité réduite en eau, et programme Peamust en pois, qui vise à développer de nouvelles variétés de pois et d'optimiser leurs interactions symbiotiques pour stabiliser le rendement et la qualité des graines de pois, dans le contexte du changement climatique et de la réduction de l'utilisation des pesticides Le second est la poursuite du soutien à des programmes d'amélioration génétique en collaboration avec Promosol (groupement de sélectionneurs sur oléagineux et I'INRA), le GSP (groupement de sélectionneurs sur protéagineux et l'INRA) et le GIE soja (groupement de sélectionneurs soja et l'INRA). Ces travaux plus classiques portent sur les caractéristiques agronomiques des variétés pour faire face aux maladies et parasites, en particulier : phoma, hernie, sclérotinia et orobanche en colza d'hiver, aphanomyces et ascochytose sur pois, mildiou et orobanche sur tournesol, précocité et qualité en soja.
Enfin le dernier chantier est celui de la réduction des gaz à effet de serre (GES) via la valorisation de l'azote par le colza. Des travaux génétiques permettent une meilleure efficience de l'azote. En effet, la quantité d'apport d'azote sur la culture, en interaction avec les façons culturales et le rendement, explique la majorité du bilan GES calculé sur la culture, par la quantification des émissions de CO2, N2O et NH3. Cette voie d'amélioration du bilan gaz à effet de serre du colza n'est cependant pas la seule. D'importants travaux sur l'effet de la conduite sur l'émission de GES (N2O et NH3) permettent aussi d'entrevoir des leviers d'actions à déployer à moyen terme.

 

L'autonomie en protéines pour la France


Dans un contexte où la demande en protéines végétales et animales est en constante hausse [1], la filière française dispose d'atouts sérieux pour s'inscrire dans les principaux courants d'échanges mondiaux et intracommunautaires.
L'indépendance française en protéines végétales est actuellement assurée à 50% alors que l'Europe est dépendante à 67 %. La France conforte en 2015 sa place de premier producteur européen d'oléagineux et de protéagineux en termes de surfaces, avec respectivement 2,192 Mha (colza + tournesol + soja) et 0,246 Mha (pois + féverole + lupin). Grâce à la diversité de matières premières riches en protéines (MRP) d'origine française et la technicité du secteur de l'alimentation animale, la part de tourteaux de soja importés dans la consommation des MRP est ainsi plus faible en France (41%) qu'en Allemagne (44 %), Pays Bas (54 %) ou Espagne (63 %). A noter néanmoins le niveau relativement élevé des importations françaises de tourteaux de tournesol décortiqué dit HiPro (voisin de 0,600 Mt en 2014-2015 en origine ukrainienne).
La France est en avance mais doit poursuivre ses efforts. C'est l'ambition que porte la filière ! Si un palier de surfaces semble globalement atteint depuis plus de vingt ans maintenant, l'offre en oléo-protéagineux est diversifiée sur le territoire et fournit un panel de matières premières tant pour les marchés de l'alimentation animale que pour ceux de l'alimentation humaine, mais aussi de la chimie verte. L'ambition à moyen terme repose sur le développement des cultures de soja en France et le redéploiement des protéagineux.
Une R&D solide permettra aux plantes de mieux résister aux aléas pour produire plus et mieux, pour autant que chaque territoire optimise les cultures qui lui sont propres. Le chantier «protéines végétales» est à poursuivre et la France, grâce à son bouquet de cultures oléagineuses et protéagineuses étonnant, est à même de s'y atteler. 


[1] Chiffres études BIPE : la transition nutritionnelle et la croissance démographique induiront une hausse de 40% de la demande mondiale en protéines d'ici à 2030, et ainsi la croissance de la demande en protéines végétales et animales.