Publié le 14/02/2016 à 00:00 / Jura Agricole

Artisanat d'art

L'ancien prieuré de Courtefontaine à l'extrémité nord du Jura abrite une manufacture d'orgues de renommée mondiale. Bernard Aubertin conçoit, dessine et harmonise lui-même ses instruments.

La virtuosité des orgues Aubertin

L'orgue est un instrument de musique complexe et harmonieux. «Le dessin, la musique sont un langage commun. Avec la même finalité : toucher le coeur des gens. 99% du temps, l'orgue est muet. Il faut que l'orgue muet soit le visage de son âme.» Passionné par son art, Bernard Aubertin est issu d'une vieille famille d'ébénistes de Moselle. Il a fondé sa manufacture d'orgues en 1978 à Courtefontaine dans le Jura dans un ancien prieuré assez vaste pour installer ses ateliers. Les orgues sont entièrement fabriqués et montés sur place.

La société emploie une douzaine de personnes : des facteurs d'orgues, des tuyautiers, des ébénistes. Seules les matières premières sont achetées. Tout est fait main, rabotté à la main. Les tuyaux en alliage de plomb et d'étain sont fabriqués dans les ateliers de fonderie et de métallurgie. Pour se rendre compte de l'ampleur de la tâche, la fabrication d'un grand orgue par une personne seule représenterait 4 années de travail.
A Coppenhage au Danemark, l'orgue Aubertin de la Maraiger Kirke a été construit en 18 mois sans discontinuité et installé sur place en 12 jours.

 

Chêne, châtaigner, épicéa

 

«L'intérêt pour l'orgue diminue, l'école n'initie plus à la musique classique. L'orgue a pourtant un côté pédagogique, décoratif, social», assure Bernard Aubertin.
Quelques jeunes s'intéressent encore à cet instrument unique et viennent en contrat d'apprentissage chez les facteurs d'orgue. C'est le cas de Jérôme qui passe du travail du bois, à la chaudronnerie et au clavier avec la même aisance, comme la plupart des artisants qui officient chez Bernard Aubertin.
La manufacture Aubertin est spécialisée dans la conception et la construction d'orgues à tuyaux avec buffets essentiellement en chêne moulurés et sculptés. L'entreprise utilise également un peu de châtaigner et d'épicéa. Les bois proviennent souvent du Jura, de la forêt de Chaux, d'Aumont, Oussières mais aussi des Vosges. Jura placages fournit une partie du bois fin.

Bernard Aubertin a toujours une mine de crayon à portée de main. Il dessine tout : le buffet de l'orgue, les tuyaux de montre (de façade), les ornements... Pas question d'utiliser l'ordinateur. Son logiciel, il l'appelle "DAC 3" : «dessin au crayon, découpe aux ciseaux et disposition à la colle !». Il utilise, comme au Moyen-Âge, le nombre d'or «harmonieux, proportionné, créant une liaison des parties les unes oux autres, sans lacunes».

 

Au Japon, en Angleterre...

 

«Facteur d'orgue est un métier qui nécessite d'être polyvalent, de se mettre à l'écoute de l'autre pour comprendre ses attentes, d'apprendre sa langue si possible pour créer des ponts.». Ainsi Bernard Aubertin s'est initié au japonais.
Il évoque avec une certaine fierté, la fin des années 80 où les orgues Aubertin sont entrés au Japon et ont mis fin au monopole allemand. La première année, il livre 4 orgues au Japon, «un pays où 90% des organistes sont des femmes», note-t-il au passage.

Le manufacturier du Jura se tourne aussi vers l'Angleterre. En 2008, il installe l'orgue de Saint John's college à Oxford, le premier orgue de facture française en Angleterre.

Il entreprend en janvier 2013, la construction d'un nouvel orgue destiné à l'auditoire de Calvin à Genève. L'instrument est inauguré en mai 2014.

Il travaille actuellement sur la construction d'un orgue de maison pour un auditorium privé en Angleterre. Un orgue décoré de lunes et d'étoiles aux couleurs vibrantes, reprenant en son corps l'allégorie du tronc, des paysages et de l'au-delà. C'est une thématique qu'il développe depuis les années 80 et reprise d'ailleurs dans les ornements de l'orgue de l'église de Clairvaux-les-Lacs (2011).

 

Aux dimensions des églises

 

Un bijou à découvrir à Paris, dans une bâtiment d'extérieur fort discret : l'orgue Aubertin de l'église Saint-Louis en l'Île (2005) dont le buffet s'adapte harmonieusement à la tribune. "Chaque bâtiment a une signature", explique Bernard Aubertin qui s'inspire de ses proportions et les reprend dans son orgue. La plupart des ouvrages sont porportionnés pour des églises. "Pour donner toute sa magnificence, il faut à l'orgue un grand vaisseau avec une accoustique formidable."
En projet, la conception du grand orgue d'Erwitte en Rhénanie pour une église romane du 12ème siècle et qui aura plus de 12 mètres de haut.

 

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