Publié le 10/11/2016 à 00:00 / Jura Agricole

Elevage ovin

Tirant partie du comportement naturel de ses agneaux de bergerie, Daniel Dellenbach a mis au point un système de collecte des données de pesée recueillies par la balance en libre-service. Avec à la clé un grain de temps important sur le volet tri des animaux.

Un éleveur invente l'auto-pesée !

Daniel Dellenbach, éleveur ovin dans la Meuse, témoignait également à Cournon-d'Auvergne dans le cadre de la conférence consacrée aux nouvelles technologies et aux petits ruminants. En effet, cet agriculteur a mis au point « l'auto-pesée » des agneaux. « C'est une idée qui m'est venue en observant les agneaux qui ''jouaient'' à monter et descendre dans la balance que j'avais laissée dans l'allée entre deux utilisations, relate l'éleveur. Or le tri des agneaux sur poids est une opération très chronophage, même quand on est bien équipé, et pour moi qui suis aussi céréalier, la question de la main-d'oeuvre sur mon exploitation est vraiment importante. Je me suis dit que je pourrais utiliser les données de l'identification électronique, couplées à la pesée, de manière à avoir une sorte de case de pesée avec porte ''intelligente''. Pour être sûr que tous les agneaux vont bien y passer, j'utilise un appât, la pierre à sel. » Quand un seuil de poids renseigné par l'éleveur est atteint, les agneaux concernés sont automatiquement orientés vers un autre parc.


Alloter, mais aussi mesurer l'efficacité alimentaire


Laurent Solas, conseiller ovins de la chambre d'agriculture de Saône et Loire revient pour sa part sur la complexité des taches de l'éleveur avant l'identification. « La saisie des informations, puis le relevé et le traitement étaient non seulement lourdes, mais aussi source d'erreurs... Le développement des boucles électroniques, couplée avec la mise au point de cases de pesée mobile a permis de supprimer le papier. On est ainsi passé de cadence de l'ordre de 60 animaux à l'heure à environ 500 à l'heure. Et ce qui limite le débit de chantier, ce sont les équipements de contention. »
L'intérêt d'une cellule de pesée fréquentée quotidiennement par les animaux va au-delà de l'automatisation du tri. On peut par exemple envisager la valorisation des données recueillies sous forme de courbe de croissance à l'échelle du lot, pour par exemple tester différents aliments, voire au niveau individuel, afin par exemple de sélectionner les reproductrices parmi les agnelles qui présentent la meilleure efficience alimentaire. « Avec une case de pesée connectée, le contrôle de croissance nécessite aujourd'hui 1,5 h pour un lot de 300 agneaux, on a moins d'erreurs que sur une saisie papier, et surtout le format numérique des données permet un transfert simple vers la base de donnée nationale. A l'échelle de l'éleveur comme à l'échelle raciale, la pesée automatisée constitue un levier efficace d'amélioration des performances. Cela reste toutefois un outil cher, et il faut aussi veiller à sa bonne implantation dans le bâtiment.»


Pistes pour le futur


Jean-Marc Gautier, animateur de la conférence a conclu en évoquant d'autres pistes actuellement explorées pour un élevage de petit ruminants encore plus connecté. « On voit déjà des choses intéressantes pour les vaches laitières, avec des capteurs d'activité (reproduction et santé), des bolus qui mesurent en continu le pH ruminal (rationnement) et la température (sanitaire)... des logiciels de traitement d'image qui permettent d'après une photo du dos de la vache de la convertir en note d'état... on parle aussi d'un capteur infrarouge au niveau des yeux des animaux pour détecter les mamittes ! L'imagerie numérique nous permettra dans un futur proche d'analyser l'occupation d'un bâtiment d'élevage. »


AC