Publié le 17/11/2016 à 00:00 / Jura Agricole

Rencontre avec Jean-Pierre Fleury

Le président de la Fédération Nationale Bovine aborde plusieurs points d'actualité en cette fin d'année très chargée.

«Le Gouvernement ne répond pas au vrai sujet de fond»

Les sujets agricoles sont nombreux en ce mois de novembre. Jean-Pierre Fleury en aborde un certain nombre avec, dans un premier temps, le plan d'aides aux agriculteurs. «Il est très loin de régler les problèmes des éleveurs» déplore t-il en rappelant la nécessité d'agir «avant tout» sur les prix. Le Gouvernement «ne répond pas au vrai sujet de fond» selon lui : «le ministre ne fait pas le maximum. Plusieurs actions pourraient pourtant aller dans le sens d'un redressement des cours. Il faudrait travailler sur la réouverture du marché turc, favoriser l'exportation vers les pays tiers et faciliter l'obtention des certificats sanitaires, aujourd'hui extrêmement difficile. Cela permettrait de dégager nos marchés très encombrés».

 

Stopper les investissements


«Faire des prêts pour faire des prêts, il faut arrêter ça» lâche Jean-Pierre Fleury, qui invite les exploitations à stopper net les investissements : «il n'y a pas d'autres solutions que de lever le pied dans cette période de mutation dans le monde de l'élevage. La priorité est de faire une analyse complète de la gestion de l'exploitation. Il faut savoir que le Conseil régional finance des audits. Il est nécessaire de passer par une évaluation avant de prendre toute décision de restructuration». L'accompagnement est de mise en attendant la remontée des cours.


Il y a urgence


Le président de la FNB fait ensuite le point sur les marchés, en indiquant qu'une telle baisse de cours n'avait pas été connue depuis la crise de la vache folle en 2001. L'incapacité des exploitations d'élevage à pouvoir dégager le moindre revenu est «logique et flagrante» dans de telles conditions : «les prix ne couvrent pas du tout les coûts de production, que ce soit en broutards, pour les jeunes bovins ou chez les vaches». Ces niveaux de prix trouvent notamment leur origine dans l'engorgement des marchés, étroitement lié au nombre élevé de vaches laitières disponibles. Entre 800 000 et 850 000 vaches laitières supplémentaires seraient abattues en Europe cette année». «De plus en plus de pays se rallient à la position de la France à Bruxelles, disant que nous ne pouvons plus continuer dans ce schéma-là. L'Irlande, pour ne citer qu'elle, vient de nous annoncer qu'elle allait abattre 80 000 vaches laitières supplémentaires en 2016, et entre 80 000 et 100 000 l'année prochaine» poursuit Jean-Pierre Fleury, précisant que l'objet n'est pas de «porter le moindre jugement sur nos collègues producteurs de lait qui, eux, subissent la dérégulation du lait et qui sont obligés d'ajuster leur production».


Une piste humanitaire


Un des projets de la FNB vise à désengorger le marché européen en faisant partir des vaches laitières via un projet humanitaire : «nous avons fait une demande qui concerne entre 300 000 et 400 000 animaux. Nous proposons de faire du corned-beef, c'est une sorte de viande de conserve, qui serait destinée aux pays tiers qui ont besoin d'aide humanitaire. Pour faire un tonne de corned-beef, trois tonnes d'équivalent carcasses sont nécessaires. Nous demandons ainsi un plan de 40 000 à 45 000 tonnes. Ce volume permettrait de dégager le marché européen d'une façon intelligente et doublement utile». Cette proposition de la FNB, bien reçue à Bruxelles, a été partagée par l'ensemble des pays européens.


Des exportations en retard


Jean-Pierre Fleury estime à un mois le retard accumulé par les exportations de broutards en France, faute à la fermeture du marché turc dans la zone FCO : «pas moins de 48 000 broutards devaient partir en Turquie entre le 1er septembre et le 31 décembre. La Bourgogne, à elle seule, représente plus du tiers de ce volume, c'est énorme. Dans le même temps, le nombre de vaches allaitantes a augmenté en France, 45 000 naissances supplémentaires ont été recensées en 2015. Cela représente quasiment 100 000 animaux mâles de plus aujourd'hui dans le pays, soit l'équivalent d'un mois d'exportations en France à cette époque. Là encore, nous tentons de trouver un dispositif pour fair partir ces animaux dans les pays tiers».


IBR : la Bourgogne s'est bien comportée


Jean-Pierre Fleury aborde ensuite le dispositif mis en place avec le Ministère de l'agriculture pour éliminer l'IBR en France : «nous pouvons comprendre cette volonté d'en finir avec l'IBR par rapport aux enjeux de marchés, mais le délai demandé était vraiment trop restreint. Le dispositif demandait aux éleveurs d'éliminer des vaches IBR à un moment où le marché n'était pas propice». Une dérogation d'un an a été spécifiquement obtenue en Bourgogne : «nous avons demandé un délai. Nous n'avons pas eu les soutiens que nous pensions avoir, GDS France n'ayant pas voulu déroger, mais nous avons pris la décision en Bourgogne de demander plusieurs réunions régionales et nationales. Ce dossier a fait l'objet d'actions syndicales, grâce à des délégations de la Nièvre et de la Saône-et-Loire que je félicite ici. Je tiens également à saluer le soutien sans faille des quatre GDS de Bourgogne. Si ce travail syndical est aujourd'hui établi, ce n'est pas une raison pour lever le pied, les éleveurs doivent bien le comprendre».


Coeur de gamme


Concernant le cœur de gamme, le Côte d'orien se dit «parfaitement conscient» que rien n'est encore réellement palpable dans les fermes. Mais «les choses avancent» assure t-il en rappelant les dernières signatures de Système U, Carrefour, Leclerc et Lidl. L'accord de Casino devrait être officialisé ces prochains jours. En attendant la signature de Cora, celle d'Auchan tarde en revanche à être validée. «Cela fait un mois que nous n'avons pas la moindre réponse de cette enseigne ayant des liants étroits avec les magasins Bi1 que nous retrouvons nombreux dans notre région. Les éleveurs vont perdre patience, il ne va pas falloir que cela dure trop longtemps» prévient Jean-Pierre Fleury. La FNB multiplie les réunions pour définir les différents principes d'applications. Le cœur de gamme est basé sur une nouvelle relation commerciale, avec un respect des coûts de production et un retour de la valeur chez l'éleveur vérifié par la grande surface elle-même avec l'aide de la FNB.


Aurélien Genest