Publié le 26/11/2016 à 00:00 / Jura Agricole

Une petite graine qui monte, qui monte...

Des graines de moutarde de Bourgogne flottent dans l'espace à bord de la station ISS. L'expérience, inédite, n'est pas banale puisqu'il s'agit d'expliquer pourquoi les racines des plantes poussent vers le bas. Un challenge que des élèves de 2nde et 1ère du lycée Charles de Gaulle à Dijon et leur professeur de STV ont relevé. Un petit vol pour les graines, un grand pas pour l'agriculture ? L'avenir le dira...

Des graines de moutarde de Bourgogne mises sur orbite

Pourquoi les racines poussent-elles vers le bas ? C'est tellement évident pour un terrien que cette propension des graines à s'enraciner que l'on ne se pose même pas la question. Quelques esprits scientifiques du Lycée Charles de Gaulle à Dijon ont cependant voulu creuser l'affaire et répondre à la question en formulant l'hypothèse que les racines détectent la gravité (autrement formulé : gravitropisme). Restait à vérifier cette hypothèse en apesanteur et l'expérience Cérès (du nom de la divinité romaine de l'agriculture et des moissons, mais aussi et planète naine du système solaire) était lancée.

Ce travail a été réalisé par des élèves de 2ème (MPS SVT) et de 1ère S (TPE) et l'expérience a été mise au point par le CNES, le Cadmos (Toulouse), le lycée international Charles de Gaulle de Dijon, le lycée Léom Blum du Creusot et le lycée de l'Espace de Toulouse. Objectif : faire germer des graines en situation de microgravité, à bord de la station spatiale internationale. Avec l'aide d'Agrosup, de l'Inra de Dijon et de l'Université de Clermont-Ferrand, les élèves du lycée Charles de Gaulle veulent mesurer l'expression d'un gène impliqué dans la perception de la gravité. Les Dijonnais ont choisi les graines de moutarde de Bourgogne pour leur démonstration et ils ont du, avec leurs collègues des autres lycées, créer et mettre au point le matériel adéquat, ce qui ne fut pas une mince affaire.
Le 18 octobre, la mise en orbite de l'expérience, du matériel scientifique et des graines a été effectuée par une fusée américaine Antarès, à bord d'un vaisseau Cygnus. Le 23 octobre tout ce petit monde a rejoint l'ISS pour être installé dans la serre Veggie du module européen Columbus. La grande aventure spatiale de la petite graine de moutarde de Dijon était lancée. Mi-novembre, l'astronaute Thomas Pesquet va rejoindre l'ISS pour un séjour de 6 mois, avec entre autres, la charge de faire germer ces graines et de mener l'expérience à bien au début de l'année 2017.
Le professeur de STV à l'initiative du projet et qui a encadré les élèves, précise que les graines ont du être certifiées pour des raisons sanitaires. La difficulté c'était aussi « de concevoir une boîte qui permette de fixer les graines et de les faire pousser dans une situation d'apesanteur proche de zéro. Nous avons du élaborer tout un protocole expérimental qui a été validé étape par étape par les différentes agences spatiales, car de nombreus matériaux sont considérés comme dangereux à bord de l'ISS, car inflammables ».
Les implications d'une telle expérience pourraient être importantes et les élèves espèrent déjà que sur terre ces observations profitent aux agriculteurs et que dans l'espace elles aident les futurs astronautes dans la conquête de la planète rouge (Mars).