Publié le 26/01/2017 à 00:00 / Jura Agricole

FALLETANS

Alors qu'il venait d'arriver dans le département, le préfet du Jura, Richard Vignon avait reçu les présidents de la chambre d'agriculture de la FDSEA et de JA. Au cours de cette première rencontre, au mois de décembre dernier, il avait été convenu qu'une visite d'exploitation serait organisée pour illustrer à la fois les difficultés économiques dues à la crise, mais également, les dossiers zones vulnérables et zones défavorisées.

Le préfet sur le terrain

Vendredi dernier, le préfet du Jura a donc été accueilli sur l'exploitation de Vincent Rouget à Falletans. Cette exploitation de 180 ha en polyculture élevage compte un élevage laitier d'environ 50 vaches montbéliardes avec livraison à la laiterie Mulin, un atelier grandes cultures et enfin, un atelier d'engraissement de 150 génisses charolaises construit il y a 2 ans. Les génisses arrivent à 30 mois pour être engraissées et sont valorisées par l'intermédiaire de Clavière viande.

Au terme de la visite des bâtiments, le préfet a pu s'entretenir avec les responsables de la chambre d'agriculture, de la FDSEA et de JA. Si le ton est toujours resté courtois et respectueux, Vincent Rouget ne s'est pas privé d'interpeller le préfet sur la complexité administrative, les contrôles, les retards de paiement de la Pac ou encore, l'évolution des zonages.
De son côté, le préfet Vignon a tenu à rappeler son rôle et l'importance de ce type de rencontres : « Accueillir le préfet comme vous le faites aujourd'hui me permet de faire remonter la réalité des territoires, de territorialiser les problèmes. J'ai accès aux cabinets des ministères y compris celui du Premier Ministre. C'est important de voir la réalité et de pouvoir en témoigner. »
Concernant la crise, le président de la chambre, Dominique Chalumeaux a pointé du doigt les difficultés auxquelles étaient confrontés les exploitants et le risque de repli sur soi en listant quelques pistes de réflexion face aux aléas climatiques et sanitaires et à la volatilité des prix. « Quant aux évolutions réglementaires, il faut arrêter l'empilement des normes ! ». « C'est une crise économique mais c'est aussi une crise morale à laquelle nous sommes confrontés »s'exclame Christophe Buchet « Nous avons besoin d'un électrochoc, que les pouvoirs publics nous disent quel modèle agricole ils souhaitent pour demain. Il faut qu'on nous le dise, mais surtout, il faudra l'assumer. »

 

Zones vulnérables ou défavorisées


Faisant siens les propos du secrétaire général de la FDSEA, Frédéric Perrot va plus loin dans l'analyse : « Pour certains d'entre nous, cette crise est une remise en cause de notre propre métier et nous devons de nouveau nous adapter en explorant toutes les opportunités, sans opposer les systèmes. » De manière plus globale, Frédéric Perrot considère que le regard politique, administratif et médiatique très urbain qui est porté aujourd'hui sur l'agriculture remet en cause une certaine conception de la ruralité et de l'aménagement du territoire, à l'image du dossier des zones vulnérables. « Personne ne peut s'opposer à l'objectif d'amélioration de la qualité de l'eau ; seule l'agriculture est impactée par des mesures aussi lourdes de conséquences et au final, nous risquons de faire l'inverse de ce qu'il faudrait faire en faisant peser davantage de charges sur l'élevage, au risque de le faire disparaître de certains territoires. »
Parmi les autres sujets abordés avec le préfet, la question de la révision des zones défavorisées simples a bien entendu été abordée. Laurent Vacheret, agriculteur à Falletans a fait part de sa situation : « Si l'ICHN disparait, je perds 8000 € par an. » Un témoignage repris à son compte par le président des JA, Nicolas Saive : « Ces réformes de zonages, qu'il s'agisse des zones vulnérables ou des zones défavorisées ont un impact direct sur la dynamique d'installation ».
En réponse à ces propos, le préfet Vignon a rappelé le travail conduit en lien étroit entre l'administration et la profession ; un travail qui a permis de réintégrer un nombre significatif de communes mais qui doit être poursuivi. Il reste des communes qui étaient en zone défavorisée et qui à ce jour, sont toujours exclues.
Au terme de plus de deux heures d'échanges, le préfet a adressé un message à la fois de lucidité et d'espoir en dénonçant « le pointillisme européen parfois aggravé par le pointillisme français » dans le domaine des normes et du droit et en mettant en exergue la qualité des productions agricoles dans un contexte de croissance des besoins.

 

E.R.