Publié le 01/02/2017 à 00:00 / Jura Agricole

MONTMOROT

Le réchauffement climatique est une réalité qui s'incruste dans les esprits. Dans ceux des agriculteurs en particulier. Tous savent que ce réchauffement aura des conséquences, immédiates ou à plus long terme, sur leurs pratiques, leurs productions, voire leurs revenus... La chambre d'agriculture a invité les agriculteurs jurassiens à une première réflexion sur la manière dont ils s'adapteront à ce réchauffement et à ses conséquences...

Comment s'adapter au réchauffement climatique ?

« Cigales à Lyon » : non, ce n'est pas le nom d'un quelconque night-club des bords de Saône. Seulement celui d'un titre du quotidien Le Parisien qui, en juillet dernier, consacrait un article à la colonisation de la ville de Lyon par les cigales et autres grillons ! La cause : le réchauffement des températures et l'abandon des insecticides pour traiter les jardins publics... Qui l'eût cru ?...

Pour anecdotique que celà puisse paraître, cette information montre bien les conséquences plus ou moins prévisibles, que la montée des températures ne manquera pas d'avoir sur nos vies quotidiennes. Et encore plus sur le travail et les conditions de ceux qui œuvrent pour cette nature. A savoir, les agriculteurs...
Pour ceux qui l'auraient oublié, Lyon n'est pas si loin que cela de Lons-le-Saunier et du Jura... Ce qui ne signifie pas pour autant que, en lisant ces lignes, vous serez réveillé par le chant des cigales !
Plus sérieusement, le réchauffement climatique aura aussi des conséquences sur la vie de tous les Jurassiens. Les agriculteurs en particulier. Un sentiment que partage la chambre d'agriculture du Jura à qui revient l'initiative d'une journée de réflexion sur le sujet. Journée qui s'est déroulée, dans le courant du mois de décembre, au lycée agricole de Montmorot...
Deux intervenants avaient été invités pour présenter la situation et l'enjeu planétaire du phénomène... Puis pour cibler sur l'activité agricole dans le Jura, avec les effets attendus de ce changement climatique et les adaptations possibles.
Isabelle Roussel, Professeur émérite à l'université de Lille 1 et directrice de la revue Pollution atmosphérique, climat, santé, société a apporté des précisons sur cet « enjeu planétaire aux implications locales ».

 

Comment s'adapter ?


Frédéric Levrault, expert agriculture et climat à l'APCA a, quant à lui, approfondi les questions des adaptations au changement climatique dans le Jura. Ceci à partir des résultats de l'étude « ClimaXXI » réalisée sur le Jura, en septembre 2016 , à la demande de la chambre d'agriculture.
L'expert énumère les différents scénarios : « De façon générale, dans le Jura nous aurons à faire face à :un climat plus chaud - à Lons-le-Saunier, le scénario « moyen » montre une augmentation de la température moyenne annuelle de 3,4°C entre la fin du XXème et la fin du XXIème siècle. Nous aurons à la fin du XXIème siècle à Lons quasiment le climat qu'il y avait à la fin du XXème à Avignon.
Mais aussi un climat plus sec : le cumul annuel de précipitations aura tendance à diminuer, mais surtout la répartition sera différente : baisse nette de la ressource en eau en été/automne, mais maintien voir augmentation de cette ressource en hiver et au printemps.

Des adaptations sont possibles pour les différents systèmes de culture étudiés.
Pour les cultures céréalières, il faudra envisager des variétés sans doutes plus précoces, à semer plus tôt (le gel cessera plus tôt en début d'année), et plus résistantes à la chaleur (journées plus chaudes en mai-juin). A plus long terme il faudra se pencher sur l'amélioration variétale, l'utilisation de mélanges variétaux et de mélanges d'espèces. L'ensemble de ces leviers d'actions possibles devront s'emboîter dans une logique globale de conduite de l'exploitation.
Pout le vignoble, les dates de vendange avancent déjà, du fait de températures plus élevées et de nuits moins fraîches. Il faudra sans doute bientôt réfléchir à des méthodes pour lutter contre la chaleur (maîtrise du volume de feuillage, paillage sous les rangs, ombrage, vendanges nocturnes...) voire à plus long terme jouer sur l'exposition, la densité de peuplement, le choix des clones et porte-greffes... Certaines évolutions envisageables devront être discutées avec l'INAO car elles ne sont pas permises par les cahiers des charges actuels des appellations jurassiennes.
Pour les cultures fourragères et l'élevage, un avancement des dates de mise à l'herbe et de première fauche est déjà observé. Il faudra prévoir un affouragement pour l'été, jouer sur les mélanges d'espèces prairiales lors des plantations pour faire face aux nouvelles conditions, aider les animaux à lutter contre le chaud (les vaches produisent moins de lait lors de fortes chaleurs). A plus long terme, il faudra envisager d'utiliser des espèces prairiales de type méditerranéennes, et sélectionner des animaux plus résistants à la chaleur. »

 

« Un positionnement à construire »

 

« On constate aujourd'hui l'émergence de plans d'adaptation vis-à-vis du changement climatique, portés par l'Ademe, l'Agence de l'Eau... poursuit Frédéric Levrault. Mais les stratégies d'adaptation restent globalement à construire. Les chambres d'agriculture doivent s'emparer du sujet, identifier les compétences à mettre en place pour intervenir efficacement, définir une stratégie et les bases d'un conseil en adaptation au changement climatique auprès des agriculteurs. C'est un investissement à faire, un positionnement à construire. »

Projection renforcée par les travaux des différents groupes thématiques qui se sont ensuite constitués sur les thèmes de l'information, de l'évolution des pratiques, de la création d'une « dynamique territoriale », de l'engagement dans une transition énergétique et de l'émergence de filières innovantes....
Elu de la chambre, Marcel Marguet a conclu les travaux de cette journée en s'interrogeant sur la manière de trier et de valoriser toutes les informations données sur cette thématique du climat, en souhaitant que d'autres secteurs impactés (l'industrie ...) soient associés : « Chacun peut apporter sa pierre à l'édifice dans cette lutte contre le changement climatique et dans l'adaptation nécessaire : groupes de développement, chambre d'agriculture... La réflexion doit se poursuivre de façon comune. »

 

M.R. avec E.M.