Publié le 15/05/2017 à 00:00 / Jura Agricole

NECROLOGIE

Ancien ingénieur général d'agronomie, en retraite à Larnaud, en Bresse jurassienne, Jean Murtin cultivait plus de quarante variétés de cucurbitacées et des fleurs dont les couleurs se mêlaient pour composer un jardin féérique. Cette personnalité attachante et estimée dans toute la région, est décédée il y a quelques jours. Pour lui rendre un dernier hommage, nous vous proposons ce portait de lui que nous avions réalisé à l'été 2010...

Jean Murtin s'en est allé fleurir les jardins célestes

Il n'est pas facile de trouver le jardin extraordinaire de Jean Murtin, à Larnaud. Pourtant, au croisement de deux rues, l'œil du passant est immanquablement attiré par un espace floral haut en couleurs. On ne s'y trompe pas. C'est bien là le fameux jardin que cultive avec une passion cet ancien ingénieur général d'agronomie, retiré dans sa Bresse jurassienne natale.

Jean Murtin est un homme de la terre. Pour la petite histoire, il a débuté sa carrière dans les années cinquante, comme contrôleur laitier, sur le secteur d'Orgelet. Et l'a terminé à Dijon comme ingénieur général d'agronomie à l'inspection interrégionale des DDAF.
Comme l'homme souffre de cette maladie incurable qu'est le travail, il a choisi de consacrer les heures de sa retraite au jardinage, dans la propriété familiale de Larnaud où il s'est donc retiré.
Et pas n'importe quel jardin ! C'est sur le conseil d'une de ses voisines maraîchère, de planter des courges « pour occuper le terrain » qu'il s'est lancé avec un certain succès dans cette culture. Et aujourd'hui, dans toute la Bresse, Jean Murtin est désormais connu comme le « Monsieur cucurbitacées », celui qui fournit les courges, potirons et autres espèces largement exposées lors de la foire de la "Mi S'tembre" à Bletterans.
Des cucurbitacées, Jean Murtin en cultive plus de soixante variétés, de toutes formes et couleurs et aux noms évocateurs : potiron bleu de Hongrie, courge de Siam, musquée de Provence, griffes du diable, courge concerto, gourde massue...

 

Des graines renouvelées

 

Ces plantations complètent un jardin de fleurs annuelles. Un jardin que chaque printemps, le jardinier compose en tenant compte des couleurs, des formes, des hauteurs des fleurs, créant ainsi une œuvre végétale monumentale du plus bel effet. « 120 variétés demandent un gros travail de réflexion et de préparation aux semis et plantations, explique-t-il. Je prépare un plan de répartition prenant en compte la hauteur des plantes, l'harmonie des couleurs et si possible la rotation qui consiste à ne pas semer les mêmes plantes, plusieurs années de suite, au même endroit. Un tracé à l'échelle me permet de reporter sur le terrain les motifs retenus, les dimensions et les surfaces des parterres... La plupart de mes graines sont renouvelées chaque année, pour deux raisons essentielles : toutes les variétés hybrides perdent leur régularité en deuxième génération et presque toutes les cucurbitacées se marient entre variétés si elles sont proches l'une de l'autre, grâce aux abeilles et bourdons qui transportent le pollen d'une plante à l'autre... »

 

Cinq tonnes à distribuer

 

Un peu de botanique ! Les cucurbitacées appartiennent à la famille des dicotylédones qui comprend environ 100 genres et 800 espèces dont les melons, les courges, les concombres...
A Larnaud, le genre « cucurbita » est le plus cultivé et comprend 27 espèces : citrouilles, coloquintes, pâtissons, courges, ainsi que les gourdes et calebasses du genre Lagenaria.
Pour l'utilisation en cuisine, le jardinier conseille le giraumon turban, la courge spaghetti, la butternut, les potimarrons et les potirons pour les soupes et les gratins. Ses plantations couvrent ainsi près d'un hectare de surface et permettent de récolter près de 5 tonnes de fruits dont le poids varie entre 50 grammes et cent kilos.
La moitié de cette production est mise à sécher pour la décoration. Et là, l'exposition sur la pelouse de la famille Murtin vaut vraiment le détour ! Elle sert aussi aux participants du concours de coloquintes de la foire de la "Mi S'tembre". L'autre moitié de cette production est consommée puisque le jardinier la distribue à des associations caritatives, comme l'épicerie sociale ou les Restos du cœur....
Sa motivation, l'avenir de son jardin ? Jean Murtin sait que tout ceci est précaire. « Tant que je pourrais ! lâche-t-il. Il suffit d'aimer le travail, la nature, la terre, la vie, les couleurs, les relations humaines... Nous souhaitons que notre jardin soit agréable et utile à tous, constituant notre modeste contribution sociale qui s'inscrit, sous différentes formes, dans la démarche de nombreux retraités qui souhaitent rester actifs en joignant l'utile à l'agréable... »

 

Michel Ravet