Publié le 31/10/2017 à 00:00 / Jura Agricole

MONTMOROT

Les grandes familles de la viticulture jurassienne se sont retrouvées pour débattre sur l'avenir de leur vignoble, sur les manières et les moyens nécessaires pour créer une véritable dynamique de filière.

Quel avenir pour le vignoble jurassien ?

Le Crédit Agricole s'intéresse à toutes les filières économiques du territoire. Et dans le Jura, le monde de la viticulture compte parmi ces filières. Et c'est dans cette logique que la banque a pris l'initiative d'une journée de rencontre et de réflexion « Vignoble du Jura, terre d'avenir » , journée qui s'est déroulée au lycée agricole de Montmorot et à laquelle l'ensemble de la profession avait été convié.

Journée qui débuta par un très intéressant point de conjoncture fait par Sylvie Caron, expert viti-vinicole au Crédit Agricole. Dans un marché du vin qui se mondialise et monte en gamme, les parts de marché des vignobles de France baissent, victimes de petits millésimes et de la concurrence plus forte de producteurs du Nouveau Monde et du Sud de l'Europe . Selon l'experte, le Jura ne pourra préserver son potentiel qu'en renforçant la compétitivité de ses exploitations, en répondant aux préoccupations sociétales et environnementales, en regagnant des parts de marché à l'export, en soutenant son image qualitative et en développant l'innovation (oenotourisme, e-commerce...)

 

« Dans le Jura, on peut vivre de la vigne »

 

Ces données ont permis de lancer un débat auquel participaient des représentants des différentes familles de la viticulture jurassienne. C'est Jean-Charles Tissot, le président de l'interprofession qui pose la question fondamentale : « En quoi notre vignoble est-il une terre d'avenir ? ». Il a bien conscience que l'un des principaux enjeux est de conforter la production, dans un contexte délicat de baisse de production et de stocks. Baudoin de Chassey (CIVJ), Frédéric Desmaret (Chambre d'agriculture) Eric Maublanc (Cerfrance) et Damien Courbet (Société de viticulture) donnent des chiffres : les récoltes ont diminué de plus de 10% depuis 2002 et les stocks de 30% sur cette même période... Triste exemple que celui du millésime 2017, plombé par les gelées d'avril les plus intenses depuis 1991 : « Malgré la faible quantité (Entre 30 et 35 hectos/ hectare contre 110 hectos les excellentes années), la qualité sera au rendez-vous. Mince consolation ! ».
Avec, en sus, des exploitants qui vieillissent : sur les 768 exploitants jurassiens, 234 sont âgés de plus de 50 ans... et détiennent les deux tiers du vignoble ! 234 hectares seront à transmettre dans les 10 prochaines années, dont les trois quarts dans les cinq ans : chacun peut mesurer l'enjeu du renouvellement !

 

Un potentiel de plantation

 

Avec un potentiel de 9 000 hectares de terres AOC plantables, tous appellent cependant à la relance d'une dynamique de plantation... Propos partagés par Hervé Ligier, des Vignerons Indépendants, pour qui ce potentiel foncier permet de limiter la spéculation dans le temps : « Dans le Jura, nous pouvons encore installer des jeunes et attirer des acteurs extérieurs... Et la qualité de nos vins est un atout qui permet aussi de répondre au marché de l'exportation. Nous sommes sollicités par des exportateurs (USA, Japon...) qui ont bien vu la notoriété grandissante du Jura, son image verte qui séduit le consommateur... »
Pour la Safer, Jean-Yves Noir précise que le prix du foncier dans le Jura reste accessible par rapport à d'autres vignobles. Plus généralement, il évoque des sujets comme le chevauchement des zones AOC avec celle de l'AOP comté, le nettoyage des parcelles, la constitution de stocks de parcelles pour échange, la pratique de l'installation progressive...
Des propos que va préciser Frédéric Cautain, le directeur de la Safer. Pour ce qui est du marché de gré à gré, 274 ventes ont été réalisées pour une surface de 200 hectares sur les cinq dernières années. Soit une surface moyenne de 76 ares, pour un prix moyen de 15 000 euros à l'hectare et une fourchette allant de 3 000 pour des terres à vigne à 55 000 euros en zone Château-Chalon.
La Safer a procédé à 56 acquisitions, pour 101 hectares à un prix moyen de 20 000 euros l'hectare. Un prix qui reste stable... 61 ventes ont été réalisées pour 78 hectares, permettant 12 installations et 49 confortations. Un marché parcellaire de 3% du volume planté, pour 60 hectares par an, avec des prix stables, accessibles à l'installation.

 
Michel Ravet

Ils ont dit...

Jean-Charles Tissot, le président du CIVJ annonce le lancement d'un recensement du foncier disponible : « Nous avons un potentiel d'une centaine d'hectares. Mais il est relativement mal connu. C'est le travail qui sera mené par l'interprofession dans les prochains mois.»
Joël Morin, le président de la fruitière d'Arbois a rappelé les grands principes de la coopération : « Nous avons beaucoup d'outils dans le Jura, qui permettent le lancement de jeunes, des produits qui permettent aussi une distribution à l'export... C'est tout un travail à faire pour les générations futures, pour les jeunes qui vont s'installer... »
Pour Antoine Pignier, du « Nez dans le vert », « la baisse des rendements peut aussi être un choix, une volonté de production. On peut valoriser mieux ses ventes en bio... D'ailleurs 80% des jeunes qui s'installent aujourd'hui le font en bio ! »
Le député Jean-Marie Sermier insiste sur la nécessité de définir une stratégie de filière ; « Il est essentiel de garder une force de frappe et de ne pas se contenter d'additionner les succès de belles maisons... C'est l'ensemble de la filière qui doit aller vers les marchés... » Selon lui, «les maladies du bois sont responsables de près de 18% de perte de production : il est donc important d'accélérer ce qui se fait en terme de recherche... ». Et sur les questions d'enfrichement, il évoque les moyens à mettre en oeuvre pour contraindre les propriétaires à défricher...
Valentin Morel, jeune viticulteur à Poligny, parle des moyens consacrés à la transmission et à l'installation, de la mise à disposition de l'argent public... Et, un brin provocateur, de demander aux élus présents, « l'abandon du projet de Center Parcs et la redistribution des 16 millions de fonds publics au profit de la viticulture jurassienne. »
Philippe Dugois, des Arsures, milite pour la mobilisation des jeunes dans les organisations professionnelles : « Les organisations professionnelles ont un rôle important à jouer si on veut garder un modèle familial dans le Jura... »
Olivier Blondeau, pour la chambre d'agriculture, s'interroge sur les manières d'encourager cet enthousiasme. Il relève « une grosse marge de progression sur un vignoble vieillissant » et « un besoin de s'améliorer techniquement »...