Publié le 18/12/2014 à 00:00 / Jura Agricole

Financement participatif

Encore marginal il y a quelques années, le crowdfunding appelé aussi financement participatif, connaît un développement fulgurant depuis 2013. Il devient petit à petit un outil utilisé par les agriculteurs pour cofinancer leur projet.

Le financement participatif gagne l'agriculture

 

Avec le développement du crowdfunding, le financement n'est plus l'apanage des banques. Désormais, il est possible de soutenir des projets agricoles par le biais du financement participatif. C'est le cas par exemple de La Ruche qui dit Oui, qui permet aux consommateurs d'acheter directement aux producteurs de leur région. Elle a mis en place des prêts collaboratifs sur la plateforme de crowdfunding Hellomerci.com. Ainsi, cinq agriculteurs ont pu réaliser des achats de nouveaux matériels, véhicule frigorifique, etc. grâce à 55 000 euros prêtés par 300 particuliers. Cette forme de financement, qui se fait obligatoirement via des sites internet, s'appelle le crowdfunding, étymologiquement, le financement par les gens. Ce mode de financement alternatif est encadré par la loi du 31 juillet 2013 relative à l'économie sociale et solidaire. Le secteur est très largement accompagné par le gouvernement qui y voit une manière de dynamiser l'économie. «À l'heure actuelle, le monde agricole n'est pas le plus concerné par le crowdfunding», relativise Benjamin Le Pendeven chercheur en finance et innovation au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) qui s'exprimait lors d'un débat organisé par Saf Agr'idée à Paris début 4 novembre.

 

Une croissance rapide

 

À l'échelle mondiale, le crowdfunding reste un phénomène très occidental avec 65 % des financements aux États-Unis et 30 % en Europe. Près de 66,4 millions d'euros ont été collectés au premier semestre en France sur les plateformes de crowdfunding, soit deux fois plus qu'il y a un an. En agriculture, souvent, les montants sont modestes, autour de 15 000 euros pour un troisième tunnel de tomate par exemple, une production de fromage de chèvre dans la Creuse... «Il y a souvent des mélanges entre social et agricole», commente le chercheur. Au final, c'est la plateforme internet qui décide si elle accepte le projet ou non, en fonction de la crédibilité et des valeurs portées. Quant au porteur de projet, il assure la communication. Ce sont d'abord les personnes du premier cercle telles la famille et les proches du demandeur qui sont les premières sources de financement, suivies par les voisins et les connaissances et enfin, le grand public. Cette manière de financer un projet permet également de créer une dynamique, de mobiliser son réseau et parfois le grand public. C'est par exemple ce que la coopérative Unicor a souhaité faire dans le cadre de la création d'un magasin de vente des produits aveyronnais : les Halles de l'Aveyron à Herblay dans le Val d'Oise. «Nous avons proposé à nos adhérents et salariés de souscrire à la société financière qui possède les murs du magasin. Ce modèle de financement participatif était pour nous une innovation et correspondait bien à notre culture», expliquait Yves Bioulac, directeur général d'Unicor, au journal en ligne Centre presse Aveyron.

 

Confiance entre agriculteurs et particuliers

 

Les crédits auprès des particuliers impliquent «une confiance» entre les deux parties, fait valoir la juriste Christine Lebel. Les banques resteraient plutôt frileuses pour financer certains projets tandis que les particuliers «croient» vraiment dans le projet de l'agriculteur. Il existe plusieurs formes de financement participatif. Le don avec ou sans contrepartie, le prêt rémunéré ou non entre particuliers qui repose sur l'engagement d'un remboursement financier ou en nature par le porteur de projet, ou encore l'investissement en titre financier (part sociale ou action de la société financée) qui se présente comme une alternative et non un substitut aux financements classiques. «Ce mode de financement s'explique en partie par le durcissement des conditions d'octroi de crédit bancaire et les difficultés de financement pour les jeunes entreprises», indique Christine Lebel.
Comme pour tous les prêts, il se pose tout de même la question du remboursement. Faire confiance c'est bien, mais comment être sûr que l'argent ne servira pas à autre chose ? L'e-réputation compte pour beaucoup mais la solution résidera sûrement dans l'assurance participative qui «se positionnera demain comme la suite logique au financement participatif», selon Benjamin le Pendeven.

 

 

Le crowdfunding en France

 

- 78,3 millions d'euros collectés en 2013
- 150 millions d'euros estimés en 2014
- 44 000 projets déposés depuis 2008, dont 10 777 au 1er semestre 2014
- Plus d'un million de Français ont participé à ce mode de financement