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« La sélection génomique vient compléter les informations obtenues par les pedigrees, la production laitière et le pointage des animaux. Elle ne les remplace pas. » |
La sélection assistée par marqueur est en route et fait son entrée dans les élevages. Pour répondre aux nombreuses questions des éleveurs, Jura Bétail a organisé une réunion d'information à Champagnole.
«La campagne 2009-2010 marque le début d'une ère nouvelle pour l'amélioration génétique montbéliarde avec l'utilisation des premiers jeunes taurillons évalués à partir des marqueurs génétiques. Aujourd'hui, Jura Bétail travaille avec des données génomiques », signale Alain Romand, président de la coopérative d'insémination. Une telle évolution valait bien une réunion spécialement consacrée au sujet de la génomique et à son application dans le programme de sélection Jura Bétail. Les éleveurs ont répondu largement présent ce lundi 24 août à la salle de l'Oppidum de Champagnole.
Une réunion qui était ouverte à tous les acteurs de l'élevage du département mais aussi aux éleveurs suisses et à la presse.
En introduction, Dominique Peinturier, directeur de Jura Bétail a rappelé le fonctionnement de la sélection génomique.
« Sélection génomique ne veut pas dire sélection sur des gènes mais sur des marqueurs génétiques.
Un marqueur est un barreau de l'échelle qui compose l'ADN et que l'on sait identifier facilement.
Ce marqueur peut se trouver dans un gène ou à proximité d'un gène que l'on cherche à identifier car on sait que ce gène aura une action sur le taux butyreux, le TP, etc.» La Sélection Assistée par Marqueurs 2ème génération (SAM2) permet désormais, avec une simple prise de sang à la naissance, d’avoir une information sur la valeur génétique d'un animal. Cette information parvient chaque mois à la coopérative d'insémination.
Les index évoluent vers plus de fiabilité
« L'index d'un taureau génomique, à ses débuts, est composé à 60 % par l’information apportée par les marqueurs et à 40 % par son pedigree. Il n'est pas encore au niveau d'un taureau dont on connaît 75 filles mais il est beaucoup plus précis que le seul pedigree et il évolue dans le temps vers plus de fiabilité, notamment avec la descendance », indique Dominique Peinturier.
D'autres évolutions sont attendues pour améliorer cette fiabilité : l'ISU génomique se base actuellement sur 15 caractères indexés parmi ceux retenus en race montbéliarde ; 25 caractères seront indexés dès le mois d'octobre 2009 et la totalité en 2010.
De plus, la population de référence des taureaux devrait avoir doublé en deux ans avec 1 300 taureaux indexés en 2010. Enfin, la génétique de laboratoire devrait ouvrir la porte à de nombreuses avancées avec la découverte de nouveaux marqueurs spécifiques et, demain, la prise en compte direct des gènes.
Une technologie qui appartient aux unités de sélection
La durée moins grande d'élevage d'une partie des taureaux devrait logiquement faire réaliser quelques économies aux unités de sélection, mais sur la question du prix des IA, le président Alain Romand préfère la prudence : « Nous ne maîtrisons pas tous les facteurs extérieurs à notre métier mais je pense que nous pourrons ainsi contenir nos charges... »
Michel Cètre, administrateur à l'lUNCEIA tient à souligner que le développement de la sélection assistée par marqueur, démarré en 2001, a demandé un effort financier important des 8 unités de sélection françaises qui se sont lancées dans l'aventure, les France étant dans le trio de tête des pays qui ont choisi de développer la SAM.
« Aujourd'hui, les retombées de cette technologie leur appartiennent en propre. Des préconisations ont été apportées par les organismes d'élevage au sein de chaque race mais les unités de sélection font leurs propres choix, notamment de maintenir ou non le testage ».
50% de taureaux de testage
Concrètement Jura Bétail a choisi de conserver la moitié de son activité de testage tandis que d'autres unités de sélection pencheraient pour son abandon. Les administrateurs de Jura Bétail ont, là aussi, prôné la prudence. « Cette technologie est très récente et évolue régulièrement.
Qui peut nous dire avec certitude les conséquences d'une utilisation unique et massive de taureaux génomiques ? Le maintien du testage nous permet également de renforcer notre population de référence, ce qui est essentiel pour rendre la sélection génomique plus fiable et maintenir une certaine variabilité », explique Alain Romand. Le choix de ne présenter qu'une quinzaine de taureaux génomiques par an au catalogue, c'est aussi pour rester dans une proportion gérable, pour les éleveurs et pour l'unité de sélection.
« Si 35 nouveaux taureaux arrivaient chaque année au catalogue, cela deviendrait un véritable casse-tête ! », commente Jean-François Saillard, président de la commission génétique chargée de suivre l'adaptation de ces nouvelles technologies au programme Jura-Bétail (lire ci-dessous).
Dans tous les cas de figure, qu'il s'agisse de taureaux génomiques ou issus de testages, les filles seront contrôlées et serviront à enrichir les résultats des index. « Pas question de diminuer l'intensité du contrôle laitier et du pointage morphologique, insiste le président Alain Romand.
Jusqu'à aujourd'hui, pour nous renseigner sur les potentiels génétiques des animaux, nous avions les pedigrees, la production laitière, le pointage et la descendance.
La génomique vient compléter ce que nous avions déjà, c'est la 4ème dimension ». Une chose est sûre, les techniciens de Jura Bétail continueront encore à se rendre dans les élevages pour repérer les meilleures mères à taureaux...
IP
Nous reviendrons dans nos prochaines éditions sur ce sujet à travers une série de questions-réponses.
Les atouts des JB juniors
Les JB Juniors sont des jeunes taureaux sans filles en production mais avec une information génomique.
Avec ce système, il est possible de savoir si un taureau sera améliorateur très tôt, dès l'âge de 3-4 mois contre 6 ans pour un taureau en testage après contrôle de descendances.
Jura-Bétail propose 10 de ces taureaux « Juniors » dans son nouveau catalogue sur un total de 26, les autres étant indexés selon la méthode traditionnelle, c’est-à-dire sur les performances de leurs filles. L'intérêt de ces taureaux génomiques, plus jeunes de 4 à 5 ans que leurs aînés, est d'apporter un niveau génétique plus élevé.
« L'illustration en est faite avec cette série de JB Junior qui sort à 145 points d'ISU en moyenne », indique D. Peinturier. Leur utilisation est limitée à 5% des IAP de l'année précédente par taureau et il est conseillé d'utiliser plusieurs taureaux JB Junior plutôt qu'un seul pour garantir une bonne moyenne d'ISU.
Une commission génétique
Cette commission composée d'une vingtaine de personnes, techniciens et administrateurs de Jura Bétail, agriculteurs et représentants de la fédération suisse des sélectionneurs de bétail bovin (FSBB), s'est scindée en deux groupes : une commission « SAM2 » qui se réunit mensuellement et une commission « création » qui choisit les pères à taureaux et travaille sur la voie femelle (génotypage, transplantation embryonnaire...).
« Le travail en amont est énorme pour repérer les animaux à génotyper, analyser et hiérarchiser les résultats d'indexation. il faut une grande réactivité pour acheter les veaux mâles, les mettre en voie de testage ou en JB Junior. Ces derniers ne sont pas choisis uniquement sur leur index génomique mais ils doivent venir de montages génétiques différents entre eux », explique J.-François Saillard.


