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Explications sur le système laitier canadien
Dossier lait
Jura agricole et rural
Publié le:  03 septembre 2009
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Le 21 juillet dernier, face à la crise que traverse actuellement le secteur laitier, le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a demandé aux préfets d'organiser une concertation entre les acteurs de la filière (production, coopération et transformation) afin de poser les bases de nouvelles relations contractuelles.

Dès que ce sujet est abordé, il est souvent fait référence aux systèmes de l'Europe du nord, du Canada ou de la Nouvelle-Zélande comme étant la solution pour résoudre les problèmes en France ou en Allemagne.

Ces différents systèmes sont complexes et doivent être replacés dans leur contexte géographique, économique et politique. Certains principes peuvent certes être repris et adaptés mais en toute connaissance de cause...

Depuis les récents événements dans le secteur laitier, certains « agitateurs » vantent le système laitier canadien axé sur la gestion de l'offre. On compare ainsi le prix reçu entre les producteurs laitiers français et canadiens en spécifiant que le prix canadien est supérieur au français.

Ce raisonnement apparaît un peu simpliste considérant que le prix versé aux producteurs laitiers canadiens repose avant tout sur un système de mise en marché collective et de gestion de l'offre contraignant.

C'est uniquement en raison de ce système complexe et intégré que le prix à la ferme arrive à couvrir les coûts de production. La question à se poser est donc la suivante : est-il réaliste de penser mettre en place un tel système en France ?

Conditions de réalisation du système laitier canadien :

• Une seule organisation représente l'ensemble des producteurs laitiers et négocie en leur nom l'ensemble des conditions de vente avec les transformateurs.

• Les producteurs et les transformateurs négocient et se concertent par l'intermédiaire des conventions de mise en marché et de divers comités.

• Les producteurs canadiens maîtrisent leur niveau de production pour satisfaire uniquement les besoins du marché intérieur.

• Les représentants des producteurs établissent annuellement une cible de production que l'on appelle quota de mise en marché. Les producteurs s'engagent donc à ne produire aucun surplus et à remplir leur quota sans quoi, de fortes pénalités s'appliquent.

• Le produit de toutes les ventes planifiées de lait est mis en commun par les producteurs.

• Tout le système repose sur le contrôle des importations et des exportations.

Le gouvernement canadien s'engage donc à limiter l'entrée de produits importés de sorte que les besoins du marché canadien soient comblés principalement par la production canadienne.

Le Canada exporte également très peu.

Ces exportations ne représentent que 0,37 % des exportations mondiales totales alors que celles de la France représentent 11,65 %.

Les limites du système Ce système est fortement remis en cause par l'OMC et se retrouve donc dans la boîte orange et est soumis à de fortes pressions.

Sans une protection des frontières, les producteurs ne pourraient résister aux importations largement subventionnées.

Malgré ce système, les études démontrent qu'un producteur reçoit 9 % seulement du prix moyen d'un verre de lait vendu dans un restaurant et 4 % sur le prix d'une pizza moyenne vendue dans le commerce malgré la forte présence de fromage sur cette dernière.

Le gouvernement canadien exerce un contrôle moins sévère aux frontières sur les importations depuis les années 2000 et les règles de l’OMC contraignent le Canada à ouvrir ses frontières. Ainsi, la balance commerciale canadienne des produits laitiers est passée d’un excédant de 52 M $ en 1999 à un déficit de 423 M $ en 2008. C’est donc dire qu’il entre beaucoup plus de produits laitiers qu’il en sort, fragilisant d’autant plus le système.

Tout le quota s’échange sur le libre marché et le prix pour un kilogramme de matière grasse par jour atteint plus de 15 000 euros. Une ferme moyenne qui détient 40 kg de quota paiera donc, pour entrer en production, la somme de 600 000 euros uniquement pour le droit de produire.

Pour que le système canadien puisse s’appliquer en France, il faudrait a minima que :

• La France limite sa production à son seul marché intérieur et diminue d’autant son quota actuel de production.

• La France décide d’enfreindre les conditions imposées par la Commission européenne.

• La France limite toutes les importations de produits laitiers.

Il importe d’ajouter que :

• Le Canada ne produit que 7 814 000 tonnes de lait, ce qui facilite la mise en place d’un tel système de gestion de l’offre. La France en produit 24 285 000 tonnes.

• Le Canada compte 13 621 fermes laitières, ce qui permet un meilleur contrôle de la production. La France en compte plus de 85 000.

Dans cet esprit, il ne faut pas vendre un prix du lait lorsqu’on parle du système laitier canadien mais plutôt parler de tout le système qui sous-tend ce prix et de toutes ces contraintes. Et dans un contexte européen, la France peut-elle imposer un tel système ?

Source : Fédération des producteurs de lait du Québec et des producteurs de lait du Canada.




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