La mobilisation et l’inquiétude des agriculteurs le 25 août dernier à Lyon se comprennent mieux au regard des chiffres sur le revenu agricole de l’année 2008 établis par la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation. Il affiche une baisse de 20% tandis que les charges grimpent de +12%.
Même si les agriculteurs l’ont déjà ressenti dans leur compte d’exploitation pour l’année 2008, les chiffres de la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation sont éloquents. Ils viennent confirmer la forte baisse du revenu agricole au niveau national. En 2008, le revenu moyen agricole français a baissé de 20 %, au lieu des moins 15 % attendus en décembre dernier.
Deux raisons à cela : la chute des prix à la production dans certains secteurs et la hausse globale des charges : +12 %.
La hausse s’explique notamment par la flambée des prix des intrants, +27% pour les engrais et amendements. Elle s’explique par la forte demande mondiale en produits phytosanitaires, l’explosion des prix du pétrole et l’augmentation des surfaces cultivées. De son côté, le poste consacré à l’alimentation animale a crû de 14% à cause du renchérissement des prix des céréales.
Enfin, la facture énergétique s’est accrue de 20% à cause de l’augmentation des prix du pétrole et de l’électricité.
Effondrement du revenu
Le revenu net d’entreprise agricole (RNEA) par actif non salarié en termes réels chute très fortement : -20 % par rapport à 2007 (-16 % pour les exploitations professionnelles).
La hausse des charges, parfois associée à un recul des prix ou des volumes, pèse sur le revenu des exploitations.
Pour certains secteurs, comme la viticulture le RNEA chute dramatiquement -35 %.
Des filières plus touchées
• Arboriculture : -37%
La forte hausse des coûts de production entraîne une chute du revenu. La hausse des prix ne fait que compenser la faiblesse des volumes liée aux aléas climatiques.
• Viticulture : -35%
Même si les prix des vins hors appellation sont en augmentation (+5 %), la forte hausse des charges (+15 %) combinée à une réduction des volumes (-10,5 %) entraîne un décrochage du revenu des exploitations de viticulture courante de 35 % en 2008. Ces exploitations présentent ainsi un revenu en deçà de 22 % du revenu moyen des exploitations professionnelles.
Pour les vins d’appellation, les évolutions sont comparables, tout en étant plus atténuées : +4 % pour les prix à la production, +9 % pour les charges, une réduction des volumes de 3,5 % et une baisse du revenu de 22 %.
• Grandes cultures : -30%
L’augmentation des volumes grâce à des récoltes très satisfaisantes, ne compense pas la chute des prix des céréales. Avec la hausse des charges d’approvisionnement (+21 %), les exploitations spécialisées en céréales oléoprotéagineux ont subi de plein fouet l’effet ciseaux des prix, entraînant une diminution de leur RNEA de 30 %.
• Bovins viande : -24%
Le RNEA continue à se dégrader avec une perte de 24 % en 2008 après une diminution de 30 % en 2007. En dépit de cours des gros bovins en légère progression, la flambée du prix des aliments composés en 2008 accentue la chute du revenu des exploitations spécialisées en bovin viande qui atteint un niveau historiquement bas, proche de celui du début des années 1990.
• Ovins : +4%
Comme pour les autres secteurs de l’élevage, les charges d’approvisionnement augmentent fortement (+17 %) en raison de la hausse du prix de l’aliment. Les subventions à la filière expliquent la relative amélioration du revenu en 2008 (+4 %). Pour rappel, une enveloppe de 50 millions d’euros a été mobilisée en 2008 pour la consolidation du revenu des éleveurs ovins : par une revalorisation des DPU en mobilisant les aides communautaires non utilisées, par la mise en œuvre d’aides directes pour compenser les dommages économiques liés aux mesures de lutte sanitaire contre les épizooties. Toutefois, les éleveurs ovins conservent le RNEA le plus faible.
• Bovins lait : +21%
L’élevage laitier connaît une situation plus favorable en 2008 avec une progression du revenu de +21% en raison de la hausse de prix du lait de 16 % sur l’ensemble de l’année, la baisse n’intervenant qu’au 4ème trimestre. Après cette embellie, le prix du lait est retombé en 2009 au plus bas.
• Hors-sol : +2%
La non-distinction entre les élevages de porcs et les élevages avicoles ne permet pas une analyse pertinente des chiffres du secteur « hors-sol ». En effet, la moyenne affichée en hausse du RNEA des élevages hors-sol (+2 %) recouvre une situation toujours très difficile pour l’élevage porcin et une conjoncture plutôt favorable pour les élevages avicoles.
Source : Agreste


