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Selon le géographe Yves Lacoste, « le paysage est une construction de l’homme |
Les agriculteurs sont les artisans de nos paysages. Au fil des ans et du temps, ils façonnent, entretiennent et sculptent les visages de nos campagnes.
Ouverts et visibles par tous toute l’année, les paysages ne bénéficient pourtant pas toujours de l’attention qu’ils méritent.
Les balades « élevage et paysage », organisées à l’occasion des journées européennes du patrimoine, le 20 septembre, seront l’occasion de jeter un regard nouveau sur ce patrimoine commun.
Les journées européennes du patrimoine sont l’opportunité de découvrir et de visiter des lieux habituellement fermés au public.
Le 20 septembre, en France, cette opération permettra aux curieux de découvrir notre patrimoine national et d’accéder gratuitement à des établissements et lieux publics mais aussi à des demeures privées.
Pour la deuxième année consécutive, l’agriculture s’inscrit dans ce rendez-vous, avec comme accroche : la lecture des paysages. Depuis plusieurs années, avec les filières lait (CNIEL) et viande (CIV), la confédération de l’élevage (CNE) explore de nouvelles pistes pour favoriser les rencontres entre éleveurs et grand public.
« Proposer de faire découvrir notre paysage rural, véritable patrimoine végétal, est une façon nouvelle et originale de faire venir nos concitoyens sur les exploitations agricoles » explique Jean-Marc Bèche, de la CNE. Le dimanche 20 septembre, dix fermes d’élevage dans dix régions françaises vont se prêter au jeu.
En Rhône-Alpes, l’invitation est lancée pour aller à Saint-Victor-sur-Loire, dans la ferme « des petits chênes », une ancienne ferme des mines, située à 5 Km de Saint-Étienne.
Les paysages décryptés
Alpages savoyards, plateaux herbagers du Massif Central, Dombes de la Bresse, bocages … tous ces paysages qui faisaient dire au XIXe siècle que la France était le jardin de l’Europe, ne sont pas apparus spontanément. « Les paysages naturels n’existent plus, précise Jean-Marc Bèche, tous sont le fruit de l’intervention de l’homme, de l’agriculture, de l’élevage ».
Les paysages, qu’ils soient urbains, ruraux ou agricoles, sont tous des espaces aménagés par et pour l’homme. Parler de l’agriculture et de ses pratiques avec une entrée paysage est une idée assez judicieuse.
Lors de la journée du patrimoine, dans les fermes, un petit circuit, commenté par les agriculteurs et des spécialistes du paysage, permettra de donner quelques clés de lecture du paysage et d’engager une discussion sur le travail et le rôle des agriculteurs vis-à-vis de l’entretien et de la préservation du territoire.
Rémi Janin, ingénieur paysagiste et architecte, accompagnera les visiteurs sur l’exploitation de Françoise Martin à Saint-Victor-sur-Loire et servira d’interprète du paysage. En un peu moins d’une heure de balade, il donnera une lecture d’un paysage large, qui s’étend ici sur les monts du Pilat ou Firminy, dans l’objectif dit-il « de saisir l’espace ».
Il s’amusera à confronter les regards et les perceptions de chacun, pour montrer ou démontrer que « le paysage commence là où le regard se pose ». Il abordera aussi le contexte naturel, parlera géologie et des types de sols qui lui sont associés, montrera les effets de la péri urbanisation et l’implication de l’agriculture dans ce paysage.
Il resserrera ensuite le champ de vision sur l’exploitation pour montrer comment, dans cette zone de moyenne montagne tournée vers la production laitière, l’agriculture a produit tel ou tel paysage.
S’il n’y a pas « de pays sans paysans », selon le fameux slogan de Raymond Lacombe, il n’y a pas non plus «de paysages sans paysans » ! Selon Rémi Janin « si l’on parle beaucoup du rôle de l’agriculture dans l’entretien de l’espace, ces lectures conduiront à essayer de saisir la façon dont l’agriculture construit des paysages riches, variés et vivants et qu’elle ne fait ainsi pas simplement partie d’un décor naturel figé. »


