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Un patrimoine à préserver
Les haies dans nos campagnes
Jura agricole et rural
Publié le:  10 septembre 2009
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Directrice de recherche au CNRS, Bernadette Lizet travaille depuis de nombreuses années sur la nature, la campagne et le paysage. Auteur ou co-auteur de nombreux ouvrages sur ces thématiques, elle a bien voulu évoquer l’importance des haies dans les campagnes.

• À quelle période peut-on situer l’apparition des haies ?

« Ce sont les Celtes qui, en premier semble-t-il, ont créé le bocage. C’est ensuite au XVIII e siècle que l’on constate l’intensification et la généralisation de cette organisation du paysage ».

• Quelle était leur fonction ?

« Selon le lieu et les époques, les haies ont toujours eu de nombreux usages, le principal étant celui de marquer la limite de la propriété. Avant l’arrivée des clôtures électriques, elles permettaient de parquer les animaux. Les paysans employaient des techniques pour entrelacer les brins des buissons, façonnant ainsi des haies vives tressées infranchissables.

Elles fournissaient également un abri pour les troupeaux qui pouvaient se protéger des intempéries et de la chaleur. Les haies constituaient également de véritables usines à bois d’où étaient tirés les fagots destinés au four du boulanger.

Enfin, au-delà de ces usages pratiques, la haie possédait une dimension sociale et culturelle, elle était au centre des rapports entre propriétaires et fermiers. Elle faisait la fierté des paysans qui consacraient beaucoup de temps à leur entretien ».

• De quand date la disparition des haies et pourquoi ?

« On peut la situer dans les années 1960, la période des trente glorieuses, il y a alors intensification de l’agriculture, on délaisse la traction animale au profit de l’usage des tracteurs qui est perturbé par la présence des haies. Bien vite, celles-ci sont synonymes de méthodes dépassées. Les remembrements ont accéléré le phénomène ».

• Où en est-on aujourd’hui ?

« Actuellement, on décompte toujours plus de kilométrage de destruction de haie que de replantage, parce que le bocage est basé sur le foncier privé et ne peut être imposé aux propriétaires. L’intérêt des haies n’est plus à démontrer, on sait qu’elles freinent l’érosion des sols comme la dispersion des nitrates, qu’elles font office de drain et favorisent la biodiversité.

À notre époque, la question des haies relève d’un enjeu de qualité paysagère.

Et, parce qu’elles sont liées à la pratique de la randonnée et à l’entretien des chemins, on constate désormais une forme de patrimonialisation, elles tendent à devenir un bien partagé ».




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