En une réunion à Bruxelles le 7 septembre, en dépit de la volonté de 15 pays membres, dont la France, la Commission européenne a confirmé ses choix politiques de libéralisation du marché laitier. Et peu importe si la moitié des producteurs de lait européens et français ne résistera pas à cette politique des prix payés aux producteurs en dessous des coûts de revient.
Il aura fallu attendre que les prix du lait en Europe décrochent pour les situer en dessous des coûts de revient des producteurs pour qu’enfin le ministre français de l’Agriculture, Bruno Le Maire, reconnaisse, le 4 septembre, « qu’il croyait fermement à une régulation des marchés du lait à l’échelle européenne ».
Pourquoi avoir alors déclaré au lendemain de sa nomination de ministre de l’Agriculture, le 23 juin 2009, qu’il fallait « supprimer les quotas » et rejoindre les positions les plus libérales de ses collègues européens et de la commissaire Mariann Fischer Boel ?
Quelques semaines plus tard, le même ministre se déjugeait et cosignait avec sept de ses collègues une lettre adressée à la commissaire européenne pour lui demander le gel temporaire de l’augmentation des quotas de 1% en 2010 !
Le ministre de l’Agriculture sait-il où il va ?
Bruxelles confirme la dérégulation des marchés Le 7 septembre, en Conseil des ministres de l’Agriculture réuni à Bruxelles la question laitière était au cœur des discussions sur la base du rapport de la Commission européenne présenté en juillet dernier. « J’ai le sentiment qu’avec l’Allemagne nous avons commencé à faire bouger les lignes », a déclaré Bruno Le Maire.
Dans une déclaration commune, également signée par 14 autres États membres, la France et l’Allemagne ont estimé qu’ « afin d’éviter une disparition d’exploitations à grande échelle l’Union européenne doit prendre de nouvelles mesures fortes et concrètes ».
Cette majorité relative n’était cependant pas suffisante pour emporter une décision. Comme élément clef de la future régulation européenne du lait proposée à ses homologues, le ministre français a mis en avant « l’autorisation d’une contractualisation à l’échelle nationale » entre producteurs et industriels.
Leurs propositions se fondent aussi sur les outils de stockages européens et l’amélioration de l’étiquetage sur les provenances des produits.
Pas de gel des quotas
Ces pays, qui ont notamment réclamé une augmentation temporaire du prix d’intervention et des restitutions aux exportations, ont peu de chance d’être entendus par Bruxelles. En effet, la commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, a surtout souligné l’importance des mesures déjà mises en œuvre depuis le début de l’année pour soutenir le marché ainsi que les nouvelles propositions qu’elle a présentées en juillet dernier et qui seront formellement examinées lors d’un prochain Conseil agricole, comme l’augmentation à 15 000 euros des aides nationales.
Quant à l’idée d’un gel temporaire de l’augmentation des quotas laitiers, elle semble à présent abandonnée puisque six pays seulement, dont la France et l’Allemagne, l’ont soutenue.
Pouvait-il en être autrement ? Lorsqu’un ministre juge les quotas laitiers comme un dispositif de gestion dépassé, il lui est difficile de demander, dans le même temps, à ses collègues européens de se servir de ce dispositif pour régler un problème de marché !
Pas besoin d’avoir fait ses classes au Quai d’Orsay pour savoir qu’il est imprudent de vouloir une chose et son contraire…


