La crise laitière sème la division entre éleveurs, alors que les responsables de la situation qui leur est faite sont les élus politiques qui ont laissé s’installer ou voulu installer la dérégulation des marchés. Il est temps d’interroger ceux qui ont déstabilisé l’économie agricole.
Partout sur le territoire, la France laitière est en ébullition. L’épandage de lait dans les champs est l’action la plus spectaculaire. Celle aussi qui dérange les éleveurs et celle qui choque le plus l’opinion publique.
La symbolique du lait, produit universellement noble, source de vie, s’accommode mal de telles images. Mais c’est l’expression d’une exaspération que beaucoup, sans forcément la partager, comprennent.
D’autres actions, moins visibles sont conduites. Les députés du Rhône ont hérité d’un veau laissé par les JA devant leur permanence et c’est une chèvre qu’a, pour sa part, reçu Michel Mercier, le ministre de l’Aménagement du territoire ! Dans la Loire, les éleveurs de la FDSEA et des JA se sont rendus dans un Carrefour pour sortir des linéaires du lait venu de l’étranger. En Ardèche aussi, les éleveurs ont visité Carrefour, la seule enseigne de la grande distribution qui a refusé le logo proposé par la Fédération nationale des producteurs de lait « éleveurs laitier de France ».
Gilbert Limandas, le vice-président de la FNSEA dit « comprendre le désarroi des éleveurs » et estime que « la grève du lait peut contribuer à faire avancer les revendications portées par la FNSEA et les JA ». Il rappelle la demande ferme du syndicalisme majoritaire « d’obtenir des réponses concrètes à la maîtrise des volumes, à la régulation des marchés et à l’encadrement de prix du lait rémunérateurs ».
Les élus doivent s’expliquer
Mais ce qui choque par-dessus tout, ce sont les actions de représailles menées par une poignée, contre les éleveurs non grévistes et qui, selon les propos de Jo Giroud, le secrétaire général des chambres d’agriculture, « sèment la terreur dans les campagnes ». Ces menaces proférées par des éleveurs à l’endroit d’autres éleveurs ne sont pas acceptables.
D’autant moins qu’elles cachent des considérations de portée syndicales ou politiques. Le temps des élections aux chambres d’agriculture est passé ou n’est pas encore venu. Plus tard, dans plus de trois ans, il sera temps de questionner les urnes et chacun devra en accepter le verdict. C’est la règle démocratique et c’est la seule qui vaille.
Ce détournement de l’exaspération légitime des éleveurs contre leurs responsables est d’autant plus inacceptable qu’il exonère les véritables responsables de la situation faite aux agriculteurs.
Depuis des décennies, les organisations syndicales ne cessent de dénoncer les politiques libérales qui détruisent nos économies, fragilisent nos industries et cassent nos territoires.
Le ministre de l’agriculture Bruno Le Maire s’agite aujourd’hui pour réguler les marchés à l’échelle de l’Europe. Mais pourquoi alors avoir déclaré en prenant ses fonctions au ministère de l’Agriculture, en juin dernier, qu’il ne défendrait pas les quotas laitiers ?
Le point sur la grève du lait
Au 22 septembre, la grève du lait entamée par les producteurs se poursuit.
À l’URCVL, on estime à 7 %, soit un peu plus de cent le nombre de producteurs grévistes sur la zone de collecte.
Le volume non livré représente environ 10 % de la collecte habituelle, soit environ 80 000 litres. La semaine dernière, l’entreprise comptait 4 % de producteurs grévistes pour environ 6% de la collecte. Lactalis avance le chiffre de 60 à 65 producteurs en grève sur les départements du Rhône, de la Loire et de l’Isère. Le volume concerné, mais serait compris entre 7 et 10 %.
Certains producteurs reprennent leurs livraisons mais d’autres, s’engagent dans la grève. À Orlac, les grévistes sont passés de 45 le 14 septembre à 94 le 21 septembre ce qui représente entre 4 et 5% des éleveurs de la coopérative. Ses responsables observent entre 30 et 40 % d’éleveurs qui font une grève partielle et notent la mise en place « d’une rotation entre les grévistes ».
Enfin, les responsables d’Orlac démentent formellement la rumeur selon laquelle la coopérative ferait rentrer sur son site de Vienne du lait venu de Pologne. « C’est grotesque », indique le directeur d’Orlac. Comme quoi, les manipulateurs ne sont pas ceux que l’on croit…


