La filière laitière le manifeste de façon extrêmement forte, mais les autres secteurs de production ont la légitimité à agir de même.
Dans les propos tenus dans ces moments de désarroi, nous retrouvons la teneur des témoignages de responsables agricoles africains lorsqu’ils évoquent la période « dite des ajustements structurels » - en fait période de libéralisation et de désengagement des États - laissant les paysans sans politiques agricoles, sans soutiens publics, sans accompagnements nécessaires au développement de leurs productions, et pire encore, sans aucune reconnaissance sociale et économique.
Nous paysans européens, entrons dans une phase similaire de banalisation de notre activité et de notre statut, amenant insidieusement nos sociétés à ne plus prendre en considération ce droit fondamental qu’est le droit à l’alimentation.
De désengagement politique en renoncements successifs, cette tendance lourde à vouloir assimiler l’agriculture à n’importe quel secteur industriel traduit l’incapacité de nos dirigeants à s’interroger durablement sur la façon dont le monde se nourrira demain. Déconsidérant progressivement le monde paysan pourtant le seul à pouvoir apporter la réponse à cette grave question.
Les pères de la construction européenne et de la politique agricole avaient eu cette préoccupation de garantir à nos concitoyens ce droit à l’alimentation en améliorant le niveau de vie des paysans et en les respectant dans leur dignité et leurs savoir-faire. La facilité intellectuelle, qui consacre la dérégulation et la multiplication des échanges comme modèle économique unique, nous engage dans un système absurde où des paysans, non respectés pour ce qu’ils sont et pour ce qu’ils font, sont amenés à détruire leur production faute de revenus suffisants.
Si notre regard sur les remèdes possibles a longtemps été national et européen, il doit aujourd’hui s’internationaliser.
Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion planétaire sur le droit à l’alimentation et le lien indispensable à faire avec les fondamentaux de l’OMC, pour apporter des réponses aux crises à répétition qui concernent à la fois producteurs et consommateurs.
Notre engagement collectif à imaginer et à mettre en place aux niveaux opportuns les régulations indispensables aux marchés agricoles, dans une communauté d’intérêts entre producteurs du Sud et du Nord, est impératif et urgent.
Des paysans qui vivent décemment de leur métier et peuvent l’exercer fièrement, sont seuls capables de relever le défi d’une agriculture durablement en mesure de répondre aux enjeux alimentaires mondiaux, essentiels dans la construction de l’humanité.


