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Les agriculteurs interpellent le ministre
Michel Mercier à Saint-Lothain
Jura agricole et rural
Publié le:  02 octobre 2009
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Assis, Michel Mercier est à l'écoute des responsables FDSEA et JA

En visite dans le Jura, Michel Mercier, ministre de l’aménagement du territoire et de l’espace rural a été interpellé par une délégation de la FDSEA et des JA du Jura. Rencontre sur fonds de colère et de désarroi…

Quand une délégation syndicale est reçue par un ministre, le discours revendicatif est souvent mâché. Voire convenu avec celui qui l’écoute. Et il faut parfois aller au-delà de ces convenances pour donner à une revendication tout son poids.

Aussi, jeudi dernier, à Saint-Lothain, quand Laurent Basset, producteur jurassien de lait standard, parle de son revenu au ministre de l’aménagement du territoire, le propos prend une tout autre dimension.

Le producteur ne peut cacher son désarroi. Avec une émotion mal contenue, il dit « sa honte de ne plus pouvoir gagner sa vie, de ne plus compter que sur le salaire de son épouse pour faire vivre sa famille ».

Et que dire à ses filles quand elles lui parlent de l’Europe ? Une Europe à laquelle il a cru, mais qui, aujourd’hui, a cassé la mécanique et provoqué son désarroi. Le désarroi et la colère de tous les producteurs de lait.

Ces sentiments, Laurent Basset a tenu à les dire au ministre Mercier. Qui les a écoutés avec attention, à l’issue de la visite de la scierie Eurochêne de Saint-Lothain.

« On nous a lâchés… »

Là, dans le bureau mis à disposition par le directeur, Laurent Basset a parlé de la filière lait standard qui représente environ 35% du volume de lait produit dans le Jura. Un lait vendu par les groupements du département à Danone, au prix moyen 2008 de 273 euros la tonne.

Et ce prix est même tombé à 219 euros/tonne au mois d’avril dernier pour finir l’année aux alentours de 265 euros, alors que le prix d’équilibre est de 345 euros : tonne.« C’est une perte de 8 500 euros pour 100 000 litres, illustre le producteur. C’est aussi 17 000 euros de perte pour l’année pour un individuel. »

Il parle aussi de l’obligation de mise aux normes qui a endetté les producteurs : « On nous a lâchés dans un secteur complètement libéralisé. Je m’inquiète pour les marges qui baissent pour les entreprises laitières qui vont disparaître. C’est un véritable suicide économique…».

Ensuite, Cyrille Bongain dresse un rapide état des lieux de la situation en grandes cultures où « ce n’est pas mieux ! ». Le blé se vend « au prix de revient », à 150 euros/tonne. Et le maïs est annoncé autour de 113 euros/tonne…

« La MAE rotationnelle ? On va passer à côté car nos systèmes ne sont pas assez intensifs et extensifs. On n’est pas assez spécialisé, alors on passe entre les mailles du filet des aides PAC, alors que notre système apporte un bon équilibre en matière d’aménagement du territoire… »

« Une année blanche »

Christophe Buchet, le président des JA, prend le relais : « La spécialisation n’est pourtant pas une volonté sur notre département où il est important de conserver une diversité de productions. » Et de ponctuer en revendiquant à nouveau la mise en place d’une année blanche au niveau des remboursements d’emprunts et de paiement des cotisations sociales, la mise en place d’un fonds d’allégement des charges…

Le JA souligne l’état des trésoreries des exploitations – « on est dans le rouge et on commence à parler de RSA pour les exploitants » – avant de dresser une liste de mesures immédiates qui devront être prises.

Il en appelle à la « responsabilité de la DCCRF pour faire aboutir la mise en place de l’observatoire des prix et des marges. » Il tient à ce que « la contractualisation ne soit pas de l’intégration dans le domaine laitier… La taxe carbone, les agriculteurs ne veulent pas la payer, » estimant que l’agriculture contribue largement à la préservation de l’environnement en France.

La restructuration de l’agriculture ? « Si c’est la volonté des Pouvoirs publics de limiter le nombre d’actifs agricoles, qu’on nous le dise clairement ! » Propos repris par François Lavrut qui s’interroge sur la place des paysans dans un « espace territorial vivant »…

Une réponse européenne

Cette interpellation tire Michel Mercier de sa réserve. Le ministre ne veut pas entendre que « la France ne veut plus de paysans… » : « Je comprends votre désespoir mais je peux vous assurer que la France a besoin d’une agriculture, l’alimentation étant une activité stratégique. Et ce n’est pas notre politique de mettre cette agriculture dans une OMC. »

Il ajoute que la réponse à apporter ne peut être qu’européenne. « Le ministre de l’agriculture est en train de faire le point avec d’autres états européens pour qu’une majorité se dégage en faveur d’une régulation des marchés. C’est une remise en cause de l’ultralibéralisme. Pour répondre aux attentes de leurs agriculteurs, les états donneront des instructions à la Commission européenne.

La solution ne peut être qu’européenne et j’espère que le 5 octobre, vous aurez des réponses qui vous redonneront espoir ! ».
La date a été retenue.




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