Maintenir le niveau de productivité élevé atteint aujourd’hui tout en se libérant du temps pour la famille et les responsabilités professionnelles et extraprofessionnelles : tel est l’objectif des exploitants du Gaec Billottet Gauliard. Cela les conduit à travailler le plus efficacement possible. Combinée à une gestion raisonnée des intrants, cette stratégie se révèle gagnante et permet de minimiser le coût de production du lait.
La structure du Gaec Billottet Gauliard s’est construite par étapes successives.
Lorsque Daniel Billottet s’est installé en Gaec avec son père en 1985, à Velloreille-les-Choye, l’exploitation produisait 116 900 l sur 70 ha. Le projet d’installation comprenait la construction d’une stabulation libre pour les vaches laitières, d’une salle de traite et d’un bâtiment génisses dimensionnés sur un objectif de production de 270 000 l.
Parallèlement, en 1986, Daniel Gauliard s’installait seul sur une exploitation de 80 ha avec 125 000 l de quota située à Vellefrey, à une dizaine de kilomètres.
En 1989, les deux beaux-frères décidèrent de s’associer, en Gaec à trois, pour optimiser leurs conditions et leurs outils de travail. Les installations récentes de Velloreille-les-Choye ont permis d’accueillir les cheptels laitiers regroupés tandis que les bâtiments de Vellefrey ont été réservés au logement des génisses.
uis, d’années en années, des reprises de surfaces et des attributions de quota de la part de la laiterie ont amené l’exploitation à 320 000 l sur 190 ha au départ en retraite de M. Billottet en 1995, soit déjà 160 000 l de quota par UMO (unité de main-d'œuvre) à l’époque.
L’intensification de la production laitière
« Le regroupement des deux exploitations a amené une intensification de la production laitière », témoignent les associés. Sur les deux exploitations d’origine, la ration estivale des vaches laitières était basée sur le pâturage. En hiver, elles recevaient 10 à 12 kg d’ensilage de maïs, du foin et du regain.
L’augmentation de la taille du cheptel trayant au sein du Gaec a compromis la pratique du pâturage, d’autant plus que la mise en place de la Pac en 1992 et le drainage de 90 ha ont amené le doublement de la surface en cultures. Daniel Gauliard explique que « tout ce qui pouvait être labouré l’a été », occasionnant un développement du maïs au détriment de l’herbe.
l faut préciser que l’exploitation est située dans la plaine grayloise, une zone de terres à bons potentiels. Le maïs ensilage est entré dans la ration estivale tandis que sa part dans la ration hivernale passait à 25 kg.
La moyenne de production du troupeau est ainsi passée progressivement de 5 000 l à 7 000 l. Pour Daniel Billottet, « l’augmentation de la moyenne laitière est fortement liée aux progrès génétiques avec des taureaux très améliorateurs tels que Bois le Vin.» Puis un pas supplémentaire vers l’intensification a été franchi en 1993 avec le passage en ration maïs toute l’année.
S’agrandir avec des investissements limités
La dernière phase d’agrandissement du Gaec date de 2005 avec l’installation de Vincent, le fils de Daniel Gauliard. Dans le cadre de son installation, il a repris une exploitation laitière de 60 ha avec 205 000 l de quota située à Buceyles-Gy à environ 10 km du site principal de l’exploitation.
Ainsi, le Gaec Billottet Gauliard a atteint sa taille actuelle : 264 ha dont 141 ha de Scop et 26 ha de maïs ensilage pour un quota de 555 000 l soit 185 000 l de quota, 61 UGB et 89 ha de SAU par unité de main-d'œuvre.
Les éleveurs précisent que « le quota supplémentaire a pu être produit dans les bâtiments existants sans grosses adaptations » ; une partie des génisses et des taurillons cédant leur place sur le site principal pour être logés dans les bâtiments repris.
Depuis 1989, les associés envisagent de « ramener l’ensemble du cheptel sur le site de Velloreille-les-Choye mais ce n’est toujours pas fait ! » Les seuls investissements bâtiment réalisés ont été le passage de la salle de traite épi de 2x3 à 2x6 postes et la construction d’une nurserie en 1995, puis la mise aux normes des bâtiments entre 2001 et 2004.
Cette dernière est venue mettre un deuxième coup de frein à l’utilisation d’engrais minéraux. Daniel Billottet se rappelle d’une époque où « une tonne de 15-15-15 était régulièrement apportée sur les cultures en plus du fumier épandu à 50 tonnes par hectare. Aujourd’hui, le coût nous limiterait ».
Limitation des intrants par une modification des pratiques
L’évolution des pratiques de fertilisation s’est faite en parallèle du développement de la sole cultivée dans les années 1992-1993. La nouvelle organisation de la main-d'œuvre au sein du Gaec a conduit chaque associé à se spécialiser dans le suivi et la gestion d’un atelier.
Pour optimiser le suivi des cultures, l’exploitation a acquis un logiciel permettant d’enregistrer toutes les interventions et de calculer des marges. Les exploitants ont également systématisé la réalisation d’analyses de terre sur toutes les parcelles et l’utilisation d’outils de pilotage tels que N_testeur. Ils étaient d’autant plus sensibilisés à une bonne gestion de la fertilisation que l’ensemble du parcellaire de l’exploitation est situé en zone vulnérable et doit donc être conduit en respectant les obligations de la directive nitrate.
Puis, la « mise aux normes a eu du bon », constate Daniel Billottet. Elle a permis une meilleure prise en compte des effluents organiques apportés. Les impasses en potasse et phosphore sont aujourd’hui régulières. En 2007, les 34 ha de maïs de l’exploitation ont reçu uniquement 118 unités d’azote.
« La mise aux normes a également aidé à l’acquisition d’un épandeur à fumier à hérissons verticaux, plus performant, permettant de limiter les doses apportées par hectare, jusqu’à 15 tonnes », renchérit Daniel Gauliard. Au-delà d’un travail sur les quantités, les associés réduisent également le coût du poste fertilisation en réalisant leurs achats en morte-saison.
Les exploitants ont travaillé aussi à l’amélioration de la qualité des fourrages secs récoltés en faisant évoluer leurs pratiques de désherbage afin de maintenir une flore intéressante.
« On arrive à récolter autant de fourrage tout en ayant réduit notre surface fauchée », constatent-ils.
De plus, la dizaine d’hectares de luzerne présente sur l’exploitation de longue date était auparavant fauchée et séchée à façon par l’usine de déshydratation locale.
Afin de réduire les coûts, les exploitants la récoltent et la sèchent aujourd’hui eux-mêmes, d’autant plus que le produit obtenu est intéressant en ration mélangée.
Pour diminuer la charge de concentrés, les éleveurs envisagent d’aller plus loin dans la commande en gros volume en adaptant le stockage. « Aujourd’hui, nous avons le prix 20 tonnes sur tout », souligne Daniel Billottet, « à l’automne, quand tous les silos sont vides, nous commandons un semi-remorque entier».
Des charges de structure faibles diluées grâce au volume produit
Le niveau des charges de structure pour 1 000 l du Gaec est relativement bas par rapport aux autres exploitations : 159 euros/1 000 l contre 219 euros/ 1 000 l pour les autres exploitations en système maïs de Franche-Comté.
Sans être très récents, les bâtiments sont fonctionnels, et l’exploitation est globalement plutôt bien équipée, le matériel étant renouvelé régulièrement.
Les choix d’acquisition se portent plutôt sur des équipements permettant de gagner en qualité et en temps de travail.
C’est surtout la taille importante de la structure ramenée à la main-d'œuvre qui permet au Gaec de mieux amortir ses charges de structure.
Avec une organisation de la ferme différente, le coût de production du lait pourrait certainement être encore plus faible. En effet, le parcellaire de l’exploitation est réparti en trois sites étalés sur une distance de 20 kilomètres. Daniel Gauliard se rappelle « avoir mesuré un hiver 800 kilomètres parcourus en tracteur pour vider les stabulations ».
Avec tous les kilomètres parcourus ainsi pour la récolte des foins, de la paille, pour l’ensilage…, des optimisations seraient encore possibles.
Dans un contexte de vente du lait en filière standard, la limitation du coût de production permet aux éleveurs de dégager en 2007, un bon niveau de revenu ramené aux 1 000 l atteignant 106 euros/1 000 l contre 57 euros/1 000 l en moyenne sur les exploitations de ce groupe.
L’analyse du coût de production, incontournable dans le contexte de crise laitière
La dérégulation des marchés et la plus grande volatilité des prix rendent la maîtrise du coût de production cruciale pour l’avenir des exploitations.
Face à la multiplicité des approches du coût de production, une méthode nationale a été mise au point par l’Institut de l’élevage en lien avec les chambres d’agriculture, dans le cadre des réseaux d’élevage.
Visant à faciliter le calcul du coût de production au sein d’exploitations diversifiées, cette approche est compatible avec la méthode utilisée au niveau international.
Cette méthode ne retient que les produits et les charges affectés à l’atelier laitier. Les coûts d’aliments, engrais, mécanisation et bâtiments liés aux ateliers viande et céréales ont été retirés.
Comment réduire le coût de production du lait dans les exploitations ?
L’analyse des coûts sur les fermes suivies dans le cadre du réseau d’élevage de Franche-Comté à partir des données 2007 a permis de repérer les exploitations présentant les coûts les plus faibles. Le témoignage présenté ci-dessus illustre la stratégie développée par les exploitants d’une ferme en polyculture élevage pour réduire ce coût.
Pour que les producteurs conservent un niveau de revenu de 1,5 Smic par personne, le prix du lait ne devrait pas descendre en dessous de 300 euros contre 415 euros pour le groupe.
Le prix du lait à partir du duquel le revenu est nul, est atteint à partir de 204 euros contre 286 euros pour le groupe. À noter que malgré la faible taille du groupe franc-comtois, ce chiffre est très proche de la moyenne nationale pour le groupe « plaine cultures ».


