Le lait est une matière périssable et non stockable. Aussi, pour garantir un approvisionnement régulier en quantité et en qualité, tous les grands pays producteurs du monde, y compris les États-Unis, ont instauré depuis longtemps des politiques de régulation et d’encadrement de la filière lait.
Pourtant, en dépit de cette réalité physique, en 2003, les 27 pays de l’Union européenne, dont la France, ont décidé la fin des quotas en 2015. Une disparition confirmée en 2008 lors du bilan de santé de la Pac.
À l’unanimité, les responsables politiques de l’Union européenne ont décidé de la libéralisation des marchés et de la dérégulation du secteur laitier. Il est trop facile de dire aujourd’hui que c’est la Commission qui a décidé. Le fonctionnement des institutions européennes ne laisse aucun doute sur la responsabilité de chacun : la commission européenne propose, les chefs d’État et de gouvernements décident.
Les effets de cette décision ont depuis été dévastateurs et les prix en Europe, qui varient directement en fonction de l’offre et de la demande, ont enregistré des écarts d’amplitude sans précédent (voir graphique dans notre édition papier).
Ainsi, après une flambée en 2008, due à un contexte ponctuel de pénurie, les prix de 2009 atteignent des records historiquement bas.
La marche arrière des politiques
Il est curieux d’entendre aujourd’hui les responsables politiques prôner la régulation des marchés après avoir décidé de sa liquidation ! Il est d’ailleurs à craindre que cette marche arrière tactique soit inefficace.
En effet, la forte poussée électorale des libéraux allemands aux élections législatives du 27 septembre et leur participation au gouvernement d’Angela Merkel, portera l’Allemagne à moins d’encadrement des marchés, y compris des marchés agricoles.
C’est parce que les puissances publiques ne veulent plus assumer cette régulation des marchés que la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) propose que les acteurs de la filière laitière s’organisent en bâtissant de nouvelles relations entre les producteurs et les entreprises.
Mais cette nouvelle organisation de la filière suppose que les producteurs soient rassemblés pour créer un rapport de forces favorable. Les divisions des éleveurs apparues ces dernières semaines à l’occasion de la grève du lait sont un facteur d’affaiblissement des producteurs. Pour l’avenir de tous, ce n’était vraiment pas le moment…


