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« Mes concurrents achètent du lait à 200 euros »
Joseph Dominici (Ain)
Jura agricole et rural
Publié le:  08 octobre 2009
Page 12 

Le PDG de la fromagerie de Leyment, spécialisée dans la fabrication d’emmental, subit de plein fouet la concurrence des produits européens.

• Quel regard portez-vous sur le marché du lait ?

« Nous subissons une crise du lait qui se joue à l’échelle mondiale. La production mondiale est aujourd’hui à son maximum, alors que la récession réduit la demande en produits laitiers. Résultat, nous faisons face à une surproduction de lait. Pour stocker ce surplus, tout le monde produit de la poudre de lait.

C’est le cas par exemple de la Chine et de l’Inde, qui produisent à des coûts imbattables. Les prix se sont donc effondrés.

En Europe, on gère une partie des excédents de lait en fabriquant des fromages à pâte pressée cuite, notamment de l’emmental. »

• Quel est l’état du marché de l’emmental aujourd’hui ?

« Il y a encore quelques années, la France était un marché « tranquille ».

Depuis un an, il y a une concurrence énorme de certains pays européens qui viennent vendre leur surplus de lait transformé en emmental en France. Nous faisons face à des fabricants d’emmental qui paie 200 euros les 1000 l en Allemagne, en Irlande ou en Europe centrale.

De notre côté, nous avons acheté le lait à 230 euros les 1000 l sur le mois de septembre.

Et malgré ces prix très bas pour les éleveurs, nous sommes en train de perdre nos marchés face à ces pays. En 2008, les Allemands représentaient moins de 2% du marché, ils devraient représenter 25% cette année. »

• Comment voyez-vous l’avenir ?

« Il y a le feu à maison. Je m’inquiète pour la survie de l’emmental français et des éleveurs. Pour l’instant, les paysans avec qui nous travaillons depuis longtemps nous ont aidés.

Mais le problème, c’est que nos éleveurs ont des coûts de revient proche de 300 euros, alors que nous sommes incapables de payer ce prix. Pour s’en sortir, il faut un soutien direct de l’État aux producteurs pour que la filière puisse faire face à la concurrence.

Sans quoi, nous ne pourrons pas résister. Nous affichons déjà 1,6 million d’euros de perte sur le premier semestre 2009. Nous ne pourrons pas faire l’année 2010 de la même manière. »


Bernard Pellicier (FNAOC) : « Mieux valorisé en AOC »

Pour le président de la Fédération nationale des AOC, « dans les zones d’appellations d’origine contrôlées, les éleveurs doivent respecter des cahiers des charges stricts, avec des aliments interdits et/ou des rendements limités pour être collectés dans le cadre de l’AOC d’un fromage.

Ainsi, le lait est souvent mieux valorisé en AOC que lorsque les producteurs vendent à des industriels pour des produits laitiers de grande consommation. Par exemple, pour les AOC de Franche-Comté, le prix du lait est compris entre 350 et 400 euros les 1000 l.

Dans les Alpes, ils oscillent entre 500 et 550 euros les 1000 l avec des contraintes plus fortes. Il arrive cependant que l’identification de l’AOC soit moins forte comme dans le Massif-Central ou en Normandie où le prix du lait pour les AOC est presque le même que le lait de grande consommation. »




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