Face à la crise sans précédent qui frappe la plupart des productions agricoles, les sections spécialisées de la FNSEA appellent les agriculteurs à se mobiliser massivement, le 16 octobre, pour défendre leur revenu et préparer l’avenir.
Christiane Lambert,vice-présidente de la FNSEA : Parler de l’avenir, sans mentir
La Pac a été créée il y a 50 ans pour encourager le développement de la production agricole et atteindre l’autosuffisance alimentaire.
Dans une Europe à 6 puis à 9, ce projet était fédérateur, c’était le « ciment » de l’union.
Puis au fil des élargissements à 15, 19 puis 27 pays, les visions politiques sont beaucoup plus divergentes. D’autres événements, l’entrée de l’agriculture à l’OMC et la libéralisation des échanges, la chute du mur de Berlin et l’effacement des régimes administrés, la limitation des budgets à partir de la décennie 90, ont impliqué des réformes toujours difficiles à assimiler par les agriculteurs.
Chacun se souvient de 1984, 1992, 1999, 2003 puis 2006 comme autant de tourmentes professionnelles et syndicales.
Dire clairement la vérité
Mais quelle que soit la couleur politique des ministres de l’Agriculture en place à ces dates clés, quelle que soit la nationalité des commissaires : Mac Sherry l’Irlandais, Franz Fischler l’Autrichien ou Mariann Fischer-Boël la Danoise, la dérégulation agricole a suivi la tendance générale de l’économie.
Les dispositifs de gestion des productions qui soutenaient les prix ont été détricotés les uns après les autres et il ne reste que de très maigres filets de sécurité en cas de crise : restitutions, stockage privé et public, aides de minimis…
C’est un abus de langage de la part des ministres de les appeler encore mécanismes de régulation car ils ne régulent rien.
C’est pourtant le maigre contenu du document sur lequel Bruno Le Maire fait un tour d’Europe pour rallier une majorité. Alors qu’il le dise clairement !
Entretenir l’illusion de décisions sur la réduction des quotas auprès des agriculteurs et affirmer devant les parlementaires qu’il n’y a plus rien à espérer des quotas n’est pas tenable. La vérité doit être dite clairement pour ne pas tromper les agriculteurs.
La FNSEA, en syndicat responsable, a toujours tenu un langage de vérité souvent sous les critiques des plus démagogues mais les agriculteurs sauront reconnaître qui est le plus crédible.
William Villeneuve, président de Jeunes agriculteurs (JA) : « Nous nous mobilisons pour le revenu des filières agricoles »
• Quel est l’état de santé de l’agriculture française aujourd’hui ?
« Son état de santé n’est pas bon ! Nous avons d’ailleurs demandé au gouvernement un bilan de santé de l’agriculture française et de ses agriculteurs.
Nous souhaitons aussi garder une politique agricole commune (Pac) forte, mais nous n’avons pas l’impression qu’il y a le souci de son budget au niveau de l’État. Quasiment toutes les filières sont en crise aujourd’hui, et dans de nombreuses régions, les rendements et les prix ne sont pas au rendez-vous !
L’ambiance dans les campagnes est mauvaise ».
• Pourquoi Jeunes agriculteurs se mobilisent-ils le 16 octobre prochain, aux côtés de la FNSEA ?
« Nous nous mobilisons pour le revenu des filières agricoles. Le plus grave est que les agriculteurs ont déjà puisé dans leurs réserves, ils ont désormais des problèmes de liquidités, et certains pourraient faire des impasses, comme sur les amendements par exemple…
Nicolas Sarkozy a récemment affirmé qu’il voulait reposer les bases d’une agriculture en France et en Europe, nous le prenons au mot. Que les objectifs de la Pac soient clairement définis, avec des assurances sur les aléas climatiques et économiques notamment, et nous, agriculteurs, nous ferons notre part du travail. Car nous n’attendons pas tout des Pouvoirs publics.
• Quelles réponses précises attendez-vous aux difficultés de l’agriculture ?
« Aujourd’hui, nous ne pouvons pas faire grand-chose sur les prix qui sont mondiaux. Nous devons donc travailler sur la réduction des charges. C’est la partie conjoncturelle des réponses, et c’est l’objectif de la mobilisation du 16 octobre. Nous demandons ainsi une « année blanche », au travers d’un report des intérêts d’emprunt en fin de tableau.
Et nous attendons aussi quelque chose sur la taxe sur le foncier non bâti (TFNB), que les agriculteurs devront normalement payer le 15 octobre prochain. Il faut également agir sur le coût du travail. En fruits et légumes par exemple, la différence est énorme entre le coût en France et celui de l’Allemagne, générant des distorsions de concurrence.
Enfin, la loi de modernisation de l’agriculture (la LMA, qui doit arriver au Parlement avant la fin de 2009, ndlr) est la partie structurelle des réponses à apporter à nos difficultés, ce qui correspond, ici, à l’organisation des producteurs pour peser sur les marchés.
Nous attendons, en outre, des adaptations de la loi de modernisation de l’économie (LME) aux spécificités agricoles, en matière notamment de marges réalisées par la grande distribution ».


