|
Jean-Noël Bongain a dit au président toute la détresse des éleveurs |
Avant son discours de Poligny, Nicolas Sarkozy a visité une exploitation de lait standard, en plaine doloise. La franchise et la sincérité des éleveurs ont permis au Président d’apprécier plus encore toute leur détresse…
«133 euros par associé et par mois en 2009 ! Il faut trouver des solutions Monsieur le Président, car à ce rythme-là, on ne va pas finir l’année ! »
Toute la détresse de Jean-Noël Bongain transpire dans ces mots à l’adresse de Nicolas Sarkozy. L’éleveur jurassien, producteur de lait standard à Rahon, sur la plaine de Dole, reçoit mardi matin le chef de l’État sur son exploitation. Il lui parle avec ses tripes.
Avec ses mots, son expérience, son vécu: «Avant il me fallait douze taurillons pour acheter un tracteur. Aujourd’hui, c’est 70 qu’il en faudrait… »
Des mots que Nicolas Sarkozy entend bien. Et anticipant sur le discours qu’il va prononcer un peu plus tard, à Poligny, le président se veut rassurant envers l’éleveur : « Je ne vous abandonnerai pas ! Je ne céderai pas ! » Ses propos font référence à cette « régulation de la production » demandée à cor et à cri par les responsables syndicaux de la FNSEA et des JA.
Dominique Chalumeaux, le président de la chambre d’agriculture du Jura, force le trait : « Nous avons besoin des mécanismes de régulation tels qu’ils existaient avant 2003. Pourquoi ?
«Tout simplement parce que compte tenu des cycles de production très longs, des aléas climatiques, sanitaires, la production agricole est variable et nous ne voulons pas que les variables d’ajustement se fassent par les prix et donc sur le dos des paysans… »
Et le responsable jurassien d’alerter également sur les mesures qui s’imposeront aux agriculteurs pour réduire l’impact écologique de leurs activités « Nous ne pourrons accepter de nouvelles charges dans le contexte économique actuel, tant que nous ne serons pas sortis de la crise et tant que nos partenaires européens n’adopteront pas les mêmes mesures environnementales… »
Visites express
Un peu plus loin, Laurent Basset, président du groupement de vente de lait de Jura Nord, retrouve Michel Mercier, le ministre de l’aménagement du territoire, qui l’a reçu il y a quelques semaines, dans le Jura.
« Ce sont les esprits de nos banquiers qu’il faut apaiser. Nous avons besoin, à court terme, d’aides pour arriver à la fin de l’année et à long terme, d’outils de régulation des marchés en Europe…»
Les réponses à ces questions et à d’autres qui furent brièvement évoquées, Nicolas Sarkozy les apportera à Poligny (voir page précédente). Ce sont d’abord les locaux de l’Enilbio, l’école nationale d’industrie laitière, qui accueille la délégation présidentielle.
Une visite d’une quinzaine de minutes qui offre au chef de l’État l’occasion de découvrir un peu plus les particularités du comté, ce fromage AOC que d’aucuns considèrent comme une richesse pour les producteurs de Franche-Comté.
À la sortie de l’école, Nicolas Sarkozy a dérogé au programme en serrant quelques mains. Et en recevant quelques tracts lancés symboliquement par les Jeunes Verts de Franche-Comté.
Un peu plus loin, ce sont des drapeaux et des clarines de la Confédération paysanne qui s’agitaient dans les fourrés, sous la croix du Dan, à quelques dizaines de mètres de la salle des sports où près de 2 500 invités attendaient le chef de l’État et son intervention…
Quarante-cinq minutes plus tard, Nicolas Sarkozy reprenait le chemin de l’Élysée où, dès ce mercredi, il devait parler du « renforcement effectif des outils de régulation des marchés laitiers » avec Angela Merkel.


