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Une campagne bien mal partie
La filière pomme en crise
Jura agricole et rural
Publié le:  05 novembre 2009
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On nous disait : produisez de la qualité, c’est ce qui sauvera notre agriculture. On y croyait, on le voulait. Et puis la crise est venue.

Les consommateurs inquiets se sont jetés sur les produits à bas prix et de faible qualité venus de l’autre bout de la terre. C’est ce qui, tristement, se passe pour la pomme. Tout laissait présager une belle campagne en pomme.

Une récolte de bonne qualité. Des volumes plutôt en retrait à l’échelle européenne avec une récolte de moins 7 %.

Des indicateurs de marché bien orientés qui redonnaient de l’espoir aux arboriculteurs après une année 2008 détruite par de sauvages importations venues de l’hémisphère sud. Mais voilà, en dépit de ces bonnes conditions, les prix de la pomme restent scotchés à des niveaux sans commune mesure avec les coûts de revient.

Sur le Min de Châteaurenard dans les Bouches-du-Rhône, les prix du kilo sont inférieurs à 20 centimes pour un prix de revient estimé à 33 centimes le kilo !

Tout est parti de la campagne désastreuse de 2008 lorsque les importations de pommes de l’hémisphère sud ont plombé le marché et laissé nos pommes européennes, surtout françaises et italiennes, dans les frigos.

Les prix se sont effondrés et des fruits « d’une qualité douteuse », selon les observateurs, sont venus concurrencer nos fruits, objectivement de meilleure qualité. Mais le mal était fait et le marché durablement déstabilisé.

« Les consommateurs n’ont plus de référence du juste prix et bien souvent ils choisissent le prix bas plutôt que la qualité », remarque Gilbert Chavas, le secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF).

La qualité délaissée

L’année 2008 mal terminée ne pouvait que perturber l’année 2009. « D’autant que d’autres facteurs défavorables sont venus se greffer sur cette mauvaise conjoncture », note Vincent Guérin, le responsable économique de l’Association nationale de la pomme et de la poire (ANPP). Les grandes surfaces, par anticipation de la crise économique et la prévisible réaction des consommateurs, ont tablé sur des premiers prix.

« Des conditionnements en sachets de deux kilos, avec des fruits de faibles calibres et d’une qualité visuelle médiocre ont constitué le gros de l’offre ».

Au contraire, les fruits européens de bonne qualité présentés en plateau un rang se sont mal vendus. D’autre part, la récolte 2009 de pomme avec une semaine d’avance sur le calendrier saisonnier est venue télescoper les fruits d’été encore très présents.

De plus, la belle arrière-saison que nous venons de connaître a conduit le consommateur à prolonger ses achats en fruits d’été et, pour l’instant encore, à délaisser les fruits d’automne. Enfin, et même s’il est très difficile de le quantifier, il ne faut pas négliger l’impact sur les volumes commercialisés de l’exceptionnelle quantité de fruits et de légumes dans les jardins familiaux. Cette abondance a forcément influencé les actes d’achats des consommateurs.

La concurrence monétaire

La conjoncture internationale est également à considérer. Selon Vincent Guérin, la France exporte une pomme sur deux en marché frais, notamment en Angleterre, en Russie ou dans les pays du Maghreb.
La parité de l’euro en forte hausse face au dollar ou à la livre pénalise gravement nos exportations. «

Nous avons perdu des parts de marché qui ont eu pour effet d’augmenter les stocks français et italiens auxquels viennent s’ajouter des stocks résiduels de pommes de l’hémisphère sud importées en contre-saison », analyse l’économiste de l’ANPP.

Avec l’arrivée des premiers froids, l’espoir d’une relance de la consommation permet encore d’espérer le sauvetage d’une campagne bien mal partie. Car la pomme reste le premier fruit consommé en France et personne ne comprendrait que pour le seul profit de quelques opérateurs internationaux, notre patrimoine fruitier soit condamné. Si rien n’est fait c’est pourtant, hélas, ce qui se produira.




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