Fabriquées à 5 000 exemplaires, les Kiva auront marqué le début de la mécanisation agricole dans le Jura et le Doubs notamment. Tous les deux ans, Camille Camp rassemble les passionnés de cette petite auto faucheuse attachante.
Avec ses 150 habitants, la petite commune de Leschères dans le canton de Saint-Claude, est le point de rencontre de tous les amateurs de Kiva. Depuis 2007, une fois tous les 2 ans, Camille Camp organise Mémoire de Kiva, le rendez-vous de tous ces passionnés de cette petite auto faucheuse « made in Jura ».
À l’instar de Francis Willmé un habitant de Bourbach-le-Bas dans le Haut-Rhin : «C’est un peu par hasard que j’ai découvert l’existence des Kiva », explique-t-il. Une entreprise de la région achetait en effet dans les années 90 des lots de matériels réformés en provenance de Domaines.
« Il y avait là des camions, des tracteurs, du matériel souvent à l’état d’épaves. » Et c’est là, parmi un stock de véhicules hétéroclites qu’il a découvert une Kiva. « Il s’agissait d’une Kiva qui appartenait aux Ponts et Chaussées de l’époque, de couleur jaune orange, je l’ai achetée 1 000 F »
Ces machines avaient servi notamment dans l’Est de la France pour faucher les bas-côtés des routes départementales. Brinquebalées entre toutes mains, ces Kiva n’étaient pas très connues en Alsace et c’est sur un coup de coeur pour cet engin pas comme les autres que Francis Willmé a craqué. Seulement voilà, que de travail pour remettre l’engin en état, dans sa configuration d’origine, peinture y compris !
« J’y ai consacré pas de moins de 400 heures, la boîte de vitesse était cassée, il manquait notamment une dent au pignon de la 3e vitesse et il a fallu par ailleurs que je la démonte pièce par pièce », raconte-t-il encore avec passion.
Encore au travail
Si la Kiva de Francis est sagement rangée au garage et ne sort que pour les rassemblements ou les fêtes, d’autres sont encore au labeur et ne rechignent pas à la tâche. Comme celle de Christian Decosterd, un retraité de Ponthoux dans le Jura. Sa Kiva, il l’a achetée, lui aussi sur un coup de coeur voici 20 ans.
Et, depuis cette date, il bricole avec. « Je vais au bois, je fauche, et je laboure mon jardin grâce aux 2 charrues alternatives dont elle est équipée ».
Dans sa livrée d’origine avec sa peinture caractéristique gris vert métal de fonderie, « elle n’est pas trafiquée, le seul problème que je rencontre avec elle réside dans sa mise en marche… J’ai beau lui parler avec douceur rien n’y fait, il faut un bon tour de bras pour qu’elle parte, et là je dois avoir recours à mon beau-fils ! » Bien réglé le mono cylindre qui tourne à 1 750 tours minute s’élance sans problème avec une régularité de métronome.
À Leschères, il y avait encore en septembre dernier des « Kive » génialement transformées comme celle de ce propriétaire équipée d’un treuil entraîné depuis l’excentrique de bielle de la barre de coupe de la faucheuse et semble-t-il d’une boîte de vitesse de 2 cv. Des engins qui rendent encore services dans les campagnes plus de 30 ans après l’arrêt de la fabrication en 1974.
Historique : Le génie d’Henri Daloz
C’est dans les années 30 que la faucheuse motorisée à 3 roues fait son apparition dans le Jura grâce au génie inventif d'Henri Daloz qui commercialisera son auto faucheuse sous le nom amusant de Kiva.
Les premières machines sont construites à Essia dans le Jura à partir de châssis de faucheuses de marque Deering. Les roues sont encore métalliques à l’image de celles qui se trouvaient à Leschères.
La motorisation est assurée par un moteur 500 cm3 Staub. Elles sont d’abord dotées d'une flèche en bois et d'une barre de coupe de 1,10 m et seule la roue arrière droite est motrice, l'arrière gauche pouvait être crabotée pour des besoins de traction exceptionnels et se sortir d’un patinage intempestif.
Après la guerre, les établissements Daloz déménagent dans les environs de Lons-le-Saunier. La production reprend et une nouvelle génération d'auto faucheuses voit le jour, avec une flèche métallique et un moteur Chaise à essence de 6 cv à 1 750 tours/mn, avec une boîte de vitesse à 3 rapports de travail dont un réservé à la route avec une vitesse de 10 km/h. La marche arrière est assurée par un inverseur.
Ce modèle est produit jusqu'en1954 et en 1959, les Kiva reçoivent un moteur Chaise de 8 cv a lorsque la flèche est raccourcie pour assurer une meilleure stabilité tandis qu’une masse de 25 kg est fixé sur l’unique roue avant pour assurer une meilleure direction et éviter qu’elle ne rippe.
De 1959 à1974, les moteurs Chaise cèdent la place à des moteurs Bernard plus puissants. Elles sont équipées d’un phare à partir d’une dynamo entraînée par le volant moteur et peuvent tracter sans risque une remorque de 1 000 à 1 500 kg en charge.
Par la suite, les Kiva sont munies d'un moteur diesel de marque VM avec démarreur électrique tandis que dans les dernières versions reçoivent un embryon de carénage et un variateur de vitesses par poulies et courroies alors que la barre de coupe est dotée d'un relevage hydraulique.
En tout, près de 5 000 Kiva furent construites durant ces 44 années de production.


